mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1911033 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DAGHER-PINERI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2019 et régularisée le 10 octobre 2019, M. A B, représenté par Me Véronique Daguer-Pineri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 mars 2019 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté le recours dirigé contre cette décision préfectorale ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que :
- il a expressément statué sur le recours formé contre la décision préfectorale par une décision du 16 octobre 2019 ;
- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale et de la décision implicite de rejet de son recours formé contre la décision préfectorale ne sont pas recevables dès lors que sa décision du 16 octobre 2019 s'y est substituée ;
- cette décision est suffisamment motivée et elle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant algérien. Il a présenté, auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 29 mars 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision, M. B a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été implicitement rejeté le 20 septembre 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision implicite de rejet et de la décision préfectorale.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :
2. Eu égard au caractère obligatoire du recours institué à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur statue sur ce recours se substitue à celle de l'autorité préfectorale. Seule la décision ministérielle est, par suite, susceptible de faire l'objet d'un recours devant le tribunal. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône du 29 mars 2019 sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, irrecevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :
3. Si le silence gardé par une autorité administrative sur un recours obligatoire fait naître une décision implicite de rejet de ce recours, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à cette décision implicite. Si les conclusions à fin d'annulation de cette dernière décision sont dès lors privées d'objet, il appartient cependant au juge de considérer qu'il se trouve en réalité saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision expresse de rejet.
4. Le 16 octobre 2019, soit postérieurement à l'expiration du délai d'instruction de quatre mois du recours formé devant le ministre de l'intérieur contre la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 29 mars 2019, délai à l'issue duquel est née une décision implicite de rejet du recours, est intervenue une décision expresse de rejet de ce recours. Il y a lieu, par suite, de regarder comme étant privées d'objet les conclusions dirigées contre cette décision implicite de rejet, mais de considérer que ces conclusions tendent en réalité à l'annulation de la décision expresse du 16 octobre 2019 ajournant à deux années à compter du 29 mars 2019 la demande de naturalisation de M. B.
5. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ".
6. La décision du 16 octobre 2019 se réfère aux articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 qui permettent au ministre de l'intérieur d'ajourner jusqu'à l'expiration d'un certain délai une demande de naturalisation. Elle mentionne que la demande de naturalisation présentée par M. B est ajournée à deux années au motif que son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de revenus stables. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ".
8. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'insertion sociale et professionnelle de la personne sollicitant sa naturalisation. La légalité de l'appréciation portée par le ministre de l'intérieur concernant cette insertion est examinée au regard des éléments de la situation de l'intéressé constitués antérieurement à la date de la décision attaquée.
9. M. B se prévaut d'énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, concernant l'appréciation de l'insertion professionnelle dans le cadre de l'examen d'une demande de naturalisation. Cependant, les dispositions de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, instituant un mécanisme de garantie de la possibilité de se prévaloir de l'interprétation d'une règle contenue dans un document que son auteur a souhaité rendre opposable ne permet pas de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit. Or, une personne de nationalité étrangère ne détient aucun droit à l'exercice, par l'autorité administrative compétente, de son pouvoir d'accorder la nationalité française. Par ailleurs, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 16 octobre 2012 évoquées ci-dessus constituent des orientations générales pour l'exercice de ce pouvoir et non pas des lignes directrices. En conséquence, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ces énonciations.
10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. B exerçait différentes activités professionnelles uniquement en qualité d'intérimaire lui procurant des revenus qui ne peuvent être regardés comme présentant un caractère de stabilité et qui ne sont pas d'un niveau suffisant pour assurer les besoins du foyer que forme l'intéressé avec son épouse, à propos de laquelle il est seulement allégué qu'elle occupe un emploi d'aide à domicile, et leurs quatre enfants. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'a pas, en ajournant à deux années la demande de naturalisation présentée par M. B, entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En dernier lieu, le requérant soutient qu'il remplit certaines des conditions requises pour ne pas se voir refuser l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation en faisant valoir divers éléments relatifs à sa situation. Cependant, la décision attaquée est fondée sur un motif qui permet à lui seul de légalement la justifier. En conséquence, même s'ils sont dignes d'intérêt, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de cette décision.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision ajournant à deux ans à compter du 29 mars 2019 la demande de naturalisation présentée par M. B, opposée par le ministre de l'intérieur le 16 octobre 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
13. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. B présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 29 mars 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026