mardi 14 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1911037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 9 octobre 2019 et le 22 janvier 2021, la commune du Gué-de-Velluire, représentée par Me Tertrais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interministériel du 16 juillet 2019 en tant que cet arrêté inclut la commune du Gué-de-Velluire dans la liste des communes non reconnues en état de catastrophe naturelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que les ministres se sont crus liés par l'avis de la commission interministérielle relative aux dégâts non assurables causés par les catastrophes naturelles ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il s'appuie sur un maillage et des critères qui ne sont prévus par aucun texte réglementaire ;
- à supposer qu'un tel texte réglementaire existe, la loi n'autorise pas le pouvoir réglementaire à fixer des critères tels que leur application puisse avoir pour effet de ne pas reconnaitre une telle intensité anormale d'un agent naturel pourtant manifestement effective, comme le critère de la saison qui empêche d'appréhender d'un phénomène d'une intensité anormale au cours de l'année ou à cheval sur plusieurs années ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure dès lors que la méthodologie et les critères retenus ne constituent pas la procédure devant normalement être appliquée dans le cadre d'une appréciation objective de l'intensité normale d'un agent naturel ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors que les ministres ont retenu des critères dans le seul but de limiter le risque pour l'Etat de devoir supporter les conséquences financières des catastrophes naturelles ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation qui sont révélées par les mouvements des bâtiments.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2020, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune du Gué-de-Velluire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code des assurances;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Gobé, substituant Me Tertrais, avocat de la commune du Gué-de-Velluire.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 janvier 2019, la commune du Gué-de-Velluire a sollicité la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle sur son territoire du 1er janvier au 31 décembre 2018, sur le fondement de l'article L. 125-1 du code des assurances, pour les dommages résultant des mouvements de terrains différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols. Par l'arrêté contesté du 16 juillet 2019, le ministre de l'économie et des finances, le ministre de l'intérieur et le ministre de l'action et des comptes publics ont fixé la liste des communes pour lesquelles a été constaté l'état de catastrophe naturelle au titre des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols pour l'année 2018, au nombre desquelles ne figure pas la commune du Gué-de-Velluire. Cet arrêté a été notifié à cette dernière par une lettre du préfet de la Vendée du 14 août 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " () Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises. L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où s'est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture. De manière exceptionnelle, si la durée des enquêtes diligentées par le représentant de l'Etat dans le département est supérieure à deux mois, l'arrêté est publié au plus tard deux mois après la réception du dossier par le ministre chargé de la sécurité civile. () "
3. En premier lieu, si les dispositions citées au point 2 exigent que la décision des ministres, assortie de sa motivation, soit, postérieurement à la publication de l'arrêté, notifiée par le représentant de l'État dans le département à chaque commune concernée, elles ne sauraient être interprétées comme imposant une motivation en la forme de l'arrêté de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle qui serait une condition de légalité de ce dernier. Contrairement à ce que soutient la commune requérante, la lettre préfectorale de notification est accompagnée d'une motivation, la circonstance que la commune contesterait celle-ci étant sans incidence sur l'existence de cette motivation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la commission interministérielle prévue par la circulaire interministérielle du 27 mars 1984 relative à l'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles n'a pour mission que d'éclairer les ministres compétents sur l'application à chaque commune des méthodologies et paramètres scientifiques permettant de caractériser les phénomènes naturels en cause, notamment ceux issus des travaux de Météo France, les avis qu'elle émet ne liant pas les autorités dont relève la décision. Si les ministres compétents ont visé l'avis de la commission interministérielle du 9 juillet 2019 et se sont appuyés sur les résultats issus de la méthodologie élaborée par Météo France ainsi que sur l'avis de la commission pour apprécier l'existence, dans les communes concernées, d'un état de catastrophe naturelle, il ne ressort pas de l'arrêté contesté ni de la lettre de notification du préfet de la Vendée que les ministres se seraient crus en situation de compétence liée et auraient méconnu l'étendue de leur compétence.
5. En troisième lieu, le pouvoir réglementaire n'était pas tenu de prendre un texte pour préciser les critères permettant de caractériser l'intensité anormale d'un agent naturel au sens de l'article L. 125-1 du code des assurances, ce que le législateur n'a, d'ailleurs, pas prévu. Les ministres compétents peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée ni ne dispensent les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le moyen soulevé par la voie de l'exception de ce que le pouvoir réglementaire n'avait pas la compétence pour déterminer le maillage géographique, les critères et les périodes d'instruction pour caractériser l'intensité anormale d'un agent naturel doit être écarté.
7. En quatrième lieu, dans le courrier de notification de l'arrêté contesté, le préfet de la Vendée indique que l'état de catastrophe naturelle pour le phénomène des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols n'a pas été reconnu sur le territoire de la commune du Gué-de-Velluire pour la période demandée. En effet, si les données du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) démontrent la présence de sols sensibles à l'aléa sécheresse et réhydratation des argiles sur 100 % du territoire communal (critère géologique), le caractère anormal de la sécheresse n'est établi pour aucune des périodes étudiées sur le territoire de la commune, découpé en quatre mailles géographiques, au regard des données relatives au niveau d'humidité des sols superficiels recueillies par Météo France dans son rapport du 13 mai 2019 et détaillées dans la fiche de notification annexée au courrier (critères météorologiques relatifs aux sécheresses hivernale, printanière et estivale).
8. Le critère météorologique a été évalué, pour chacune des saisons, sur la base d'un indicateur d'humidité des sols superficiels moyen, indicateur devant présenter une durée de retour supérieure à vingt-cinq ans, c'est-à-dire présenter une faible fréquence. Sur chacune des quatre saisons, chacune des mailles géographiques de la commune requérante présentait une durée de retour inférieure à ce critère.
9. D'une part, la commune requérante peut être regardée comme soutenant que les critères retenus sont inappropriés pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation. A supposer même qu'elle ait entendu soutenir que le maillage géographique retenu pour l'application des critères n'était pas approprié, elle n'apporte aucun élément au soutien de cet argument. Par ailleurs, les critères rappelés au point 8 ne sont pas sans rapport avec la mesure de l'intensité et de l'anormalité d'un phénomène météorologique, tout comme les périodes, liées aux saisons, sur lesquelles ils sont appliqués. Enfin, alors que l'administration se borne, dans la notice explicative de la fiche de notification des motivations des arrêtés portant reconnaissance et non-reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle à indiquer que, lorsque la commune a effectué plusieurs demandes sur des périodes non consécutives, par exemple du 1er janvier au 31 mars 2016 et du 1er octobre au 31 décembre 2016, chaque demande fait l'objet d'une instruction pour la période sollicitée, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les communes sollicitant cette reconnaissance aient été tenues de déposer une demande pour un trimestre entier. Si les critères retenus pour apprécier l'intensité du phénomène ont été modifiés par la circulaire du 10 mai 2019 sur la révision des critères de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, cette dernière indique que l'évolution des connaissances scientifiques a conduit, au fil des années, à l'élaboration d'une série de critères dont la pertinence a atteint ses limites en raison des progrès les plus récents accomplis dans la connaissance de cet aléa et du manque de lisibilité des critères initiaux. Dans ces conditions, la seule circonstance que les méthodes utilisées aient évolué n'est pas de nature à elle seule à mettre en cause la méthode précédemment retenue au point d'aboutir à une appréciation erronée de cette intensité et de cette anormalité en l'état des connaissances scientifiques à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le maillage géographique, les critères retenus et les périodes d'instruction sont appropriés, en l'état de ces connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation et répondent aux objectifs posés à l'article L. 125-1 du code des assurances.
10. D'autre part, les critères rappelés au point 8 n'étant pas sans rapport avec la mesure de l'intensité et de l'anormalité du phénomène de sécheresse, ne constituent pas des conditions nouvelles à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit que les ministres compétents se sont appuyés sur la méthodologie et les critères mentionnés ci-dessus.
11. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à ce qui vient d'être dit précédemment s'agissant du caractère approprié des critères retenus, que les ministres aient entaché l'arrêté contesté d'un détournement de procédure dans le seul objectif de limiter la prise en charge financière des conséquences d'une catastrophe naturelle.
12. En sixième lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit aux points 9 à 11, la circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que trois bâtiments situés sur la commune aient subi des dégâts matériels, notamment des fissures intérieures et extérieures, ne démontre pas en elle-même l'existence d'un phénomène de sécheresse d'une intensité anormale lors de l'année 2018, ni que ce dernier ait été la cause déterminante de ces dommages. Par suite, les moyens tirés des erreurs de fait et d'appréciation doivent être écartés.
13. En septième lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui vient d'être dit que la requête présentée par la commune du Gué-de-Velluire doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la commune du Gué-de-Velluire une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'Etat présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la commune du Gué-de-Velluire est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de l'Etat présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune du Gué-de-Velluire, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique. Copie en sera adressée au préfet de la Vendée.
Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.
La rapporteure,
C. B
Le président,
A. A DE BALEINE La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026