lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1911099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ELMOKRETAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 octobre 2019 et 10 décembre 2019, Mme A C, représentée par Me Elmokretar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la décision du préfet du Nord du 19 avril 2019 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du préfet ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la naturalisation ou, à défaut, de réexaminer sa situation.
Elle soutient que :
- la décision préfectorale est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet d'avoir procédé à l'examen global de sa situation personnelle ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de son insertion professionnelle et du caractère suffisant de ses ressources ;
- les circonstances relatives à ses attaches personnelles et familiales auraient dû être prises en compte, à savoir le fait qu'elle réside en France depuis trente-huit ans, a suivi toute sa scolarité en France, a obtenu un BEP en 2005 et un diplôme d'accès aux études universitaires en 2016, maîtrise parfaitement la langue française ; sa vie conjugale a été un frein au développement de sa vie professionnelle, son conjoint ayant été condamné pour violences aggravées ; elle est mère de quatre enfants nés en France ; elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;
- elles méconnaissent la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet et de la décision implicite de rejet du ministre sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont en tout état de cause pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 3 novembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante marocaine née le 10 octobre 1981, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 19 avril 2019 le préfet du Nord a ajourné sa demande à deux ans. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a confirmé cet ajournement par une décision du 9 octobre 2019 au motif que le parcours professionnel de la postulante ne permet pas de considérer qu'elle a pleinement réalisé son insertion professionnelle, dès lors que les ressources qu'elle en tire ne s'avèrent pas suffisantes pour garantir son autonomie. Mme C demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet :
2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que la décision du ministre de l'intérieur en date du 9 octobre 2019, prise sur recours préalable obligatoire, s'est substituée à la décision du préfet du Nord du 19 avril 2019. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision préfectorale sont, ainsi que l'oppose le ministre en défense, irrecevables et les moyens soulevés à l'encontre de cette décision doivent être écartés comme inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, d'une part, a été prise sur le fondement des articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 susvisé et, d'autre part, indique le motif énoncé au point 1. Dès lors, elle comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable des ressources lui permettant de demeurer en France.
5. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, qu'à la date de la décision attaquée Mme C était employée en qualité de chargée de clientèle par la société Capdune sous contrat à durée déterminée de mai à novembre 2019, et percevait à ce titre une rémunération mensuelle brute de 1 521 euros. Il ressort aussi des pièces du dossier qu'hormis les salaires perçus au titre de l'exécution du contrat à durée déterminée susmentionné, les ressources de l'intéressée, ainsi qu'il ressort de l'attestation de la caisse d'allocations familiales produite par le ministre de l'intérieur, sont essentiellement constituées de prestations sociales telles que le revenu de solidarité active, la requérante n'ayant déclaré aucun revenu au titre des années 2016 et 2017 ainsi qu'il ressort des avis d'imposition produits. Dans ces conditions, en dépit des circonstances relatives à la durée de son séjour en France, l'obtention d'un BEP en 2005 et le suivi d'une formation intitulée " diplôme d'accès aux études universitaires " en 2016, le ministre de l'intérieur a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite, ajourner à deux ans la demande de Mme C pour le motif énoncé au point 1 sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième et dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir du contenu des circulaires du 12 mai 2000 relative aux naturalisations, réintégrations dans la nationalité française et perte de la nationalité française et du 27 juillet 2010 relative à la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique, lesquelles sont dépourvues de caractère réglementaire et ne fixent pas de lignes directrices.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Elmokretar et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
M. Huin, premier conseiller,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
La rapporteure,
S. BLe président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026