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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1911343

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1911343

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1911343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 octobre 2019 et 22 décembre 2020, M. B F, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2019 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer le titre de séjour demandé ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer un récépissé valant autorisation de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros qui sera versée à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ait été rendu conformément à la règlementation en vigueur, au regard en particulier, du fait que l'avis du collège de médecins de l'OFII n'ait pas été rendu " sous couvert " du directeur général de l'office, de l'absence de régularité de la procédure d'adoption de l'avis ainsi qu'à l'absence de régularité de nomination des médecins signataires de l'avis ;

- elle méconnaît l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers quant à l'accès effectif au traitement approprié dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'apréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2020, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 21 octobre 2019, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. F à l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 19 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant congolais (E) né en 1982, est entré en France le 4 septembre 2011, avec un visa de court séjour délivré par les autorités françaises à La Havane, valable pour une durée de 5 jours entre le 3 et le 23 septembre 2011, sur présentation d'un passeport de service. Le 5 décembre 2011, il a sollicité l'asile auprès de la préfecture du Val d'Oise. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 28 février 2013, puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 8 novembre 2013. Il s'est vu notifier un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 9 décembre 2013. Par jugement du 6 décembre 2014, le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé cette décision. Parallèlement, le 5 mars 2014, M. F a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Après avis du médecin de l'agence régionale de santé (ARS) du 15 mai 2014, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à sa demande, par décision du 22 juillet 2014, dont l'intéressé n'a pas contesté la légalité. Le 3 février 2015, il a renouvelé sa demande sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avis du médecin de l'ARS du 2 mars 2015, le préfet de Maine-et-Loire a remis à l'intéressé une carte de séjour temporaire valable 9 mois, jusqu'au 2 décembre 2015, régulièrement renouvelée jusqu'au 10 avril 2019. Dans le cadre de l'instruction de la demande de renouvellement de ce titre de séjour présentée par l'intéressé, le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et ainsi émis un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 27 août 2019, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer le titre de séjour demandé. Par la présente requête, M. F demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 313-11, 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. F, ainsi que la teneur de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur lequel le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé pour estimer que, si l'état de santé du requérant nécessitait des soins médicaux, dont le défaut de prise en charge devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Ainsi, et dans la mesure où le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation individuelle de l'intéressé, la décision contestée satisfait aux obligations mises à la charge de l'administration par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. () ". Aux termes de l'article R. 313-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 313-22. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 30 juillet 2019 et de son bordereau de transmission, produits en défense par le préfet, que cet avis a été transmis à cette même date au préfet de Maine-et-Loire par le directeur général de l'OFII. De même, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical sur l'état de santé de M. F, rédigé le 27 mai 2019 par le médecin rapporteur, a été transmis au collège composé de trois autres médecins, régulièrement désignés par décision du directeur général de l'OFII du 18 juillet 2019. En outre, il ressort également de l'avis en cause qu'il comporte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et la signature de chacun des membres du collège, cette mention et ces signatures établissant, en l'absence de preuve contraire, la régularité de la délibération du collège, en particulier son caractère collégial. Par suite, le moyen tiré par du caractère vicié de la procédure de traitement par l'OFII de sa demande de titre de séjour doit être écarté en ses diverses branches.

5. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un certificat de résidence. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un certificat de résidence dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser la délivrance à M. F d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point 3, le préfet de Maine-et-Loire s'est notamment fondé, comme il a été dit, sur l'avis du collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut bénéficier des soins appropriés à son état dans son pays d'origine vers lequel il lui est possible de voyager. Pour contredire l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII, le requérant produit le compte-rendu établi le 4 février 2016 par un médecin du département de la chirurgie osseuse, lequel indique qu'une arthrodèse avait été réalisée à Cuba, puis, celle-ci n'étant pas consolidée, l'intéressé a été de nouveau opéré à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris en 2013. Ce rapport précise également que le requérant ne présente pas une gêne majeure ou de douleurs plantaires en rapport avec le trouble positionnel de son pied et qu'il reste capable de marcher plusieurs kilomètres. Un deuxième certificat médical du 16 février 2017 mentionne qu'une ostéotomie malléolaire a été réalisée et que celle-ci est désormais consolidée. M. F se prévaut également de problèmes psychologiques et psychiatriques, qui ont justifié 7 consultations en 2017, puis 5 consultations en 2018, et enfin, une seule consultation en 2019 et qu'il suit depuis un traitement médicamenteux composé d'un antidépresseur (Sertraline), Pour contester la disponibilité d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, M. F fait valoir l'indisponibilité de l'une des molécules prescrites (Sertraline) et son coût plus élevé qu'en France, ainsi qu'un rapport d'organisation internationale du 19 juin 2018 mentionnant la faiblesse des infrastructures médicales et notamment psychiatriques en République démocratique du Congo. (dit C) alors qu'il est originaire de la République du Congo (dit E). Il n'apporte ainsi aucun élément de nature à établir que le médicament qui lui est prescrit n'est pas disponible dans son pays, ni n'établit le caractère non substituable de celui-ci. Il n'établit pas davantage qu'il se trouverait en cas de retour dans son pays d'origine dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait pas avoir accès à ce traitement. Dès lors, les éléments produits par l'intéressé ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins du service médical de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte des articles L. 312-1 et L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision en litige, que la commission du titre de séjour instituée dans chaque département est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

8. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, M. F ne remplissait pas les conditions lui permettant de bénéficier de plein droit de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine et-Loire n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet des Hauts-de-Seine d'avoir saisi préalablement la commission du titre du séjour, est inopérant et doit donc être écarté.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. F, âgé de 37 ans, célibataire et sans enfant, séjournait en France depuis huit ans. Il n'établit cependant pas avoir tissé des liens suffisamment anciens, intenses et stables en France. Il ne démontre pas non plus ne plus avoir de liens dans son pays d'origine, où il indique que vit sa famille, et dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, malgré un début d'insertion professionnelle du requérant d'un peu moins de deux ans à la date de la décision litigieuse, lié à des missions d'intérim, en qualité d'agent d'entretien, d'opérateur auprès de la SANSIC et d'ouvrier agroalimentaire et opérateur de production, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette mesure ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 9. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. La décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

N. A

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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