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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1911444

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1911444

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1911444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEBORD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 octobre 2019, M. A B, représenté par Me Debord, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 20 octobre 2019 rejetant implicitement son recours hiérarchique à l'encontre de la décision du sous-préfet de

Saint-Germain-en-Laye prononçant l'ajournement à quatre ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît le principe du contradictoire et les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été mis en position de faire valoir de quelconques observations préalablement à la notification de la décision défavorable ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 20 novembre 2018, le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye a décidé d'ajourner cette demande à quatre ans. Le 3 mars 2019, M. B a exercé un recours hiérarchique contre cette décision, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet le

3 juillet 2019 dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation. Le 19 août 2019, le ministre de l'intérieur a pris une décision explicite de rejet de ce recours.

En ce qui concerne la décision implicite du ministre de l'intérieur :

2. Aux termes de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours () constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet.

3. Un requérant n'est pas recevable à contester une décision expresse confirmative d'une décision de rejet devenue définitive. Il en va différemment si la décision de rejet n'est pas devenue définitive, le requérant étant alors recevable à en demander l'annulation dès lors qu'il saisit le juge dans le délai de recours contre la décision expresse confirmant ce rejet. D'autre part, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première.

4. Par application de ces dispositions, la décision expresse du ministre de l'intérieur du 19 août 2019 s'est substituée à la décision du sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye du 20 novembre 2018 et à la décision implicite de rejet du recours hiérarchique de l'intéressé. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre cette décision implicite doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 19 août 2019.

En ce qui concerne la décision du ministre de l'intérieur du 19 août 2019 :

5. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, si la décision du 19 août 2019 du ministre de l'intérieur doit être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, en revanche, elle n'est pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable, s'agissant d'un cas où il est statué sur une demande et dès lors qu'elle n'est pas une sanction. En outre, il ne résulte ni des dispositions du décret du 30 décembre 1993, ni d'aucune autre disposition législative ou réglementaire que le ministre soit tenu de mettre à même le demandeur de faire valoir ses observations avant l'édiction de la décision envisagée. Enfin, la décision par laquelle l'administration statue sur demande de naturalisation d'un ressortissant étranger d'un pays tiers n'entrant pas dans le champ d'application du droit de l'Union européenne, le moyen tiré de ce que le principe du contradictoire, rappelé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'a pas été respecté, doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

8. Pour ajourner à quatre ans la demande de naturalisation présentée par

M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé avait été condamné à six reprises entre 2006 et 2017 pour des faits délictueux.

9. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait du bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressé que M. B a été condamné le 21 juillet 2006 par le tribunal correctionnel d'Evry à 400 euros d'amende délictuelle pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis le 10 septembre 2005, le 23 janvier 2008 par le tribunal correctionnel d'Evry à 700 euros d'amende en répression du délit de conduite sans permis commis le 11 novembre 2007, le 7 mai 2008 par le tribunal correctionnel d'Evry à 400 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis commis le

12 juillet 2007, le 13 mai 2008 par le tribunal correctionnel d'Evry à 600 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans permis (récidive) commis le 12 avril 200, le 31 août 2015 par le tribunal correctionnel de Versailles à 500 euros d'amende et à l'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière en répression du délit de conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points commis le 21 mars 2015 et enfin, le 26 avril 2017 par le tribunal correctionnel de Versailles à 300 euros d'amende pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points commis le 13 mars 2015. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite considérer que faits délictueux s'opposaient à la naturalisation du requérant et ainsi ajourner à quatre ans cette demande sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

10. Les circonstances soulevées par le requérant sont incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2022.

Le rapporteur,

Y. C

La présidente,

C. LOIRATLa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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