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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1911971

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1911971

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1911971
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er novembre 2019, M. A C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du recours formé contre la décision du 18 avril 2019 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes, lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours ;

3°) à défaut, d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonction d'une astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une décision du 4 novembre 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant érythréen qui est né le 1er janvier 1987. Il a déposé une demande d'asile en France le 26 septembre 2018. Par deux arrêtés du 10 octobre 2018, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de l'intéressé vers la Suède, dont les autorités ont été considérées comme responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par une décision du 18 avril 2019, la directrice territoriale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) à Nantes a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à l'intéressé. Cette décision comportant la mention de la nécessité, pour la contester, de former "un recours administratif préalable obligatoire" devant le directeur général de l'OFII, M. C a saisi cette autorité, laquelle, en réponse, lui a notifié, par un courrier du 17 mai 2019, son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil en l'invitant à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. L'intéressé a formulé des observations par un courrier reçu par l'OFII le 5 juin 2019. Estimant qu'aucune réponse à ce courrier n'ayant été adressé par l'OFII, le directeur général de cet établissement avait implicitement rejeté son recours, M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'objet des conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités () ; 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. ".

3. La décision du 18 avril 2019 de la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a indiqué à M. C que, s'il entendait la contester, il devait former un recours administratif auprès du directeur général de l'OFII. Un tel recours était effectivement obligatoire préalablement à la saisine éventuelle du juge administratif en vertu des dispositions alors inscrites à l'article D. 744-37-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions ont été annulées par la décision nos 428530 et 428564 du 31 juillet 2019 rendue par le Conseil d'Etat statuant au contentieux. Dans ces conditions, le recours hiérarchique formé par M. C doit être regardé comme ne présentant pas un caractère obligatoire. Il constitue un recours administratif de droit commun qu'il est toujours loisible à la personne intéressée de former et qui n'a d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position. Ce recours, reçu le 2 mai 2019, n'a pas été implicitement rejeté, contrairement à ce qu'indique le requérant, dans la mesure où les services de l'OFII ont notifié à M. C, dans un premier temps, l'intention du directeur général de cet établissement, non pas de retirer, mais de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'invitant à présenter ses observations, dans un second temps, la décision du 16 juin 2019 de cette autorité prononçant cette suspension. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être regardées comme tendant à l'annulation de cette décision qui, eu égard à son objet, s'est substituée à la décision du 18 avril 2019, quand bien même elle procède de l'exercice d'un recours administratif qui ne présente pas de caractère obligatoire.

Sur les moyens d'annulation :

4. En premier lieu, il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle vise les dispositions sur lesquelles le directeur de l'OFII s'est fondé pour la prendre, en particulier l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, et qu'elle mentionne qu'elle est opposée au motif que l'intéressé n'a pas respecté l'obligation de se présenter auprès des autorités. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, durant la période d'exécution de son assignation à résidence, M. C n'a pas satisfait à l'obligation de présentation auprès du commissariat de Police d'Angers, qui lui a été opposée par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 10 octobre 2018 relatif à son assignation à résidence. Dans ces conditions, M. C devait être regardé comme n'ayant pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités au sens des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil pouvait être suspendu, quand bien même, à la date de la décision attaquée, son transfert n'avait pas encore été exécuté et sa prise en charge par les autorités suédoises n'était pas effective.

7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité ayant pris la décision en litige n'aurait pas appréhendé la situation de M. C pour vérifier en particulier s'il ne relevait pas des catégories de personnes vulnérables au sens des dispositions alors inscrites au deuxième alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions visent en particulier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. Le requérant soutient qu'il se retrouve sans aucune ressource, qu'il ne peut plus ni se vêtir, ni se nourrir, qu'il n'a aucune solution de relogement et qu'il est contraint de dormir à la rue. Pour regrettable qu'elle soit, la situation dans laquelle l'intéressé se trouve ne permet pas de considérer qu'il est en situation de vulnérabilité au sens des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de cette situation doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 juin 2019 prise par le directeur général de l'OFII à l'encontre de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

D. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BARBERA

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