mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912039 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MORABITO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2019, et un mémoire, enregistré le 31 mars 2022, M. A B, représenté par Me Antoine Morabito, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du "4 mars 2019" par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à trois ans jusqu'au 4 mars 2022 sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande, dans un délai de 15 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative et une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il satisfait aux conditions de résidence habituelle et d'assimilation ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée, est entachée d'erreur de fait et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le nouveau motif avancé par le mémoire en défense ne permet pas de justifier légalement cette décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient que :
- il a expressément statué sur le recours formé contre la décision préfectorale par une décision du 30 octobre 2019 ;
- le motif de la décision en litige est entaché d'erreur de fait ;
- cette décision peut être toutefois légalement fondée sur un autre motif, qu'il demande de substituer au motif initial, tiré du comportement fiscal du requérant, qui est sujet à critiques ;
- à titre subsidiaire, compte tenu des différentes étapes de la procédure conduisant à l'intervention d'un décret de naturalisation, la décision matérialisant le réexamen de la demande ne pourra pas intervenir avant un délai de six mois.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant tunisien. Il a présenté, auprès des services de la préfecture de police de Paris, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 4 mars 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de trois ans avant que l'intéressé ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision, M. B a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté, cette autorité estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à trois ans à compter du 4 mars 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui a été prise le 30 octobre 2019.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ".
3. La décision attaquée indique que la première demande de naturalisation présentée par M. B a été ajournée à deux ans par une décision du 23 février 2011 au motif qu'il avait fait l'objet d'une procédure pour violences volontaires par conjoint ou concubin le 26 juin 2003. Cette même décision précise que l'intéressé a persisté dans son comportement délictueux dès lors qu'il a fait l'objet d'une procédure pour violences habituelles par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 23 septembre 2014. La décision en litige vise par ailleurs les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 en vertu desquels le ministre de l'intérieur peut décider d'ajourner une demande de naturalisation en fixant un délai. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, comme le ministre de l'intérieur le reconnait dans son mémoire en défense, la plainte pour "violences habituelles par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité" initiée le 23 septembre 2014 a été retirée par la plaignante, celle-ci ayant reconnu qu'il n'y avait aucune violence et cette plainte a été classée sans suite. Dès lors, la décision attaquée repose sur un motif qui est entaché d'une erreur de fait.
5. Toutefois, le ministre de l'intérieur peut faire valoir devant le juge que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif différent de celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, le juge peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas l'intéressé d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
6. Le ministre de l'intérieur fait valoir pour la première fois dans son mémoire en défense, en produisant un bordereau de la situation fiscale de M. B établi par les services fiscaux le 4 janvier 2018, que l'intéressé s'est, au titre des années 2015 et 2017, systématiquement acquitté des sommes dues avec retard et après l'application de majorations.
7. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de cette personne. Au nombre de ces renseignements figurent ceux relatifs à son comportement au regard de ses obligations fiscales. Eu égard au large pouvoir dont le ministre de l'intérieur dispose lorsqu'il examine une demande de naturalisation, l'appréciation qu'il porte ne peut être censurée par le juge qu'en cas d'erreur manifeste.
8. Il ressort du bordereau de la situation fiscale produit en défense que des majorations ont été appliquées au titre de l'impôt solidarité sur la fortune 2015 et de l'impôt sur le revenu 2015, au titre de la taxe d'habitation 2016 et de la taxe foncière 2016 dus par M. B, et qu'une pénalité a été appliquée au titre de la taxe foncière 2017 qu'il devait acquitter. L'intéressé soutient que les retards de paiement de ces impositions procèdent du comportement fautif de sa banque, au sein de laquelle il avait ouvert le compte qu'il utilisait pour payer ses impôts. Il produit, aux fins d'étayer cette allégation, un courrier de cette banque du 27 avril 2016 l'informant de sa décision de dénoncer la convention relative à ce compte, cette dénonciation prenant effet à l'expiration du préavis de deux mois courant à compter de la réception de ce courrier. Toutefois, la production de ce courrier du 27 avril 2016 ne permet pas de justifier des raisons pour lesquelles M. B a réglé avec retard les impositions établies en 2015. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant n'aurait pas pu prendre ses dispositions, compte tenu notamment du délai de préavis précité, afin d'assurer le règlement à l'échéance des impositions dont le règlement lui a été réclamé au cours de l'année 2016, alors que la taxe foncière et la taxe d'habitation ont été respectivement mises en recouvrement le 31 août 2016 et le 31 octobre 2016. Eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, il résulte de l'instruction que, compte tenu des éléments précités, le ministre de l'intérieur aurait pu initialement, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner à trois ans la demande de naturalisation de M. B en se fondant sur les renseignements défavorables concernant le respect par l'intéressé de ses obligations fiscales. Par suite, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre, qui n'a pas pour effet de priver M. B d'une garantie de procédure.
9. Enfin, eu égard au motif qui fonde la décision attaquée et au large pouvoir dont dispose le ministre de l'intérieur pour décider s'il y a lieu d'accorder la naturalisation, la circonstance que M. B règle désormais ses impositions à l'échéance fixée et que d'autres éléments de sa situation lui permettraient de satisfaire à certaines des conditions pour ne pas se voir opposer un refus d'acquérir la nationalité française est sans incidence sur la légalité de cette décision.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision ajournant à trois ans à compter du 4 mars 2019 la demande de naturalisation présentée par M. B, opposée par le ministre de l'intérieur le 30 octobre 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement des articles
L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.
11. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. B présente une nouvelle demande de naturalisation, ce qu'il lui était d'ailleurs loisible de faire depuis le 4 mars 2022, date d'expiration du délai d'ajournement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026