mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912080 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CAMOIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2019, Mme B E C épouse A, représentée par Me Barbara Camoin puis par Me Maéva Laurens, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) "d'enjoindre à l'autorité compétente de proposer en conséquence la naturalisation de Mme A au besoin en procédant à une nouvelle instruction de sa demande" ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Camoin en application des articles 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure ;
- elle procède d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, compte tenu des différentes étapes de la procédure conduisant à l'intervention d'un décret de naturalisation, la décision matérialisant le réexamen de la demande ne pourra pas intervenir avant un délai de six mois.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 9 juin 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B E C épouse A est une ressortissante marocaine. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône, département dans lequel elle est domiciliée, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 1er février 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'elle ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision, Mme A a, comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 6 septembre 2019, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans, et ce à compter du 1er février 2019. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à celle du préfet des Bouches-du-Rhône.
Sur les moyens de légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision () ajournant () une demande () de naturalisation () doit être motivée ".
3. La décision attaquée mentionne que la demande de naturalisation présentée par
Mme A est ajournée à deux années au motif que son parcours professionnel apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables, par ailleurs actuellement tirées, pour l'essentiel, de prestations sociales. Ces considérations ont conduit le ministre de l'intérieur à ajourner à deux ans cette demande en vertu de son large pouvoir d'appréciation qui n'est encadré par aucun texte, de sorte que la décision attaquée pouvait se borner à viser les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatifs, respectivement, au recours dont doit être saisi le ministre et aux différentes décisions qu'il peut prendre. Dès lors, cette décision est motivée au sens des dispositions précitées de l'article 27 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article 36 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Toute demande de naturalisation () fait l'objet d'une enquête à laquelle procède l'autorité auprès de laquelle elle a été déposée (). Cette enquête, qui porte sur la conduite et le loyalisme du postulant, est effectuée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents. (). Selon l'article 41 du même décret : " Le postulant se présente en personne devant un agent désigné nominativement par le préfet (). / Après un entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française et, sous réserve des dispositions de l'article 21-24-1 du code civil, sa connaissance de la langue française. () ".
5. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense que la demande de naturalisation présentée par Mme A a fait l'objet de l'enquête portant sur la conduite et le loyalisme de l'intéressée et qu'elle a pu s'entretenir individuellement avec un agent de la préfecture des Bouches-du-Rhône afin que soient constatés notamment son degré d'assimilation à la communauté française ainsi que son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait intervenue en l'absence d'enquête et d'entretien manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.
Sur les moyens de légalité interne :
6. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ".
7. En premier lieu, l'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'insertion sociale et professionnelle de la personne ayant sollicité la naturalisation. Ces considérations peuvent être prises en compte par l'autorité administrative quand bien même les dispositions de l'article 37-1 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, dont l'objet se limite à énoncer les pièces qui doivent être jointes au dossier de demande de naturalisation qui doit être déposé, ne se réfèrent à aucune pièce relative à l'insertion professionnelle ou au niveau des ressources de la personne. Par suite, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur de droit en opposant le motif exposé au point 3 pour ajourner la demande de naturalisation présentée par Mme A.
8. En second lieu, contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort de la motivation de la décision attaquée que l'appréciation portée par le ministre de l'intérieur sur son parcours professionnel a été globale. Au 6 septembre 2019, date de la décision attaquée, l'intéressée n'exerçait aucune activité professionnelle. Elle ne justifie que de périodes d'activités à temps partiel pendant la période ayant couru du mois d'avril au mois de septembre de l'année 2015, en qualité de couturière, puis, pendant la période correspondant aux mois d'avril et de mai de l'année 2018 en qualité d'adjointe technique au sein d'une école primaire. Mme A fait état de périodes d'activités plus importantes, mais l'exercice de ces activités remonte aux années 1990 et au début des années 2000. La circonstance qu'elle avance pour expliquer cette situation, tenant en particulier au choix qui a été fait d'arrêter son activité professionnelle à la naissance de son troisième enfant en septembre 2002, démontre que l'intéressée ne manquait pas nécessairement de volonté, ni de capacités pour l'exercice d'une activité professionnelle. Cependant, une telle circonstance ne permet pas de considérer, au regard de la très longue période d'inactivité de la requérante et compte tenu du large pouvoir dont dispose le ministre de l'intérieur pour apprécier s'il y a lieu d'accorder la nationalité française, que la décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme A repose sur une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision ajournant à deux ans à compter du 1er février 2019 la demande de naturalisation présentée par Mme A, opposée par le ministre de l'intérieur le 6 septembre 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
10. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que Mme A présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 6 septembre 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E C épouse A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026