mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEXCAP RENNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 novembre 2019, le 11 juin 2020 et le 9 décembre 2020, M. C B demande au tribunal d'annuler la décision du 30 septembre 2019 par laquelle le maire de la commune d'Herbignac a refusé de réviser le plan local d'urbanisme approuvé le 31 mars 2017 et modifié par la délibération du 8 novembre 2019, en tant qu'il classe en zone agricole le lieu-dit de Kercouret, et en particulier sa parcelle cadastrée section YA n°132.
Il soutient que :
- le classement contesté se fonde sur une erreur de fait ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le principe de réciprocité autour de bâtiments agricoles a déjà été méconnu par des autorisations d'urbanisme précédemment délivrées.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 juin 2020 et le 6 octobre 2020, la commune d'Herbignac, représentée par Me Lahalle, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) de mettre à la charge de M. B le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de M. B et de Me Messéant, représentant la commune d'Herbignac.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 7 mai 2013, le conseil municipal d'Herbignac a prescrit la révision du plan local d'urbanisme de cette commune. Ce plan a été arrêté par une délibération du 13 mai 2016, puis approuvé par une délibération du conseil municipal du 31 mars 2017. M. B, propriétaire de la parcelle cadastrée section YA n°132 au lieudit de Kercouret, doit être regardé comme ayant demandé la révision du plan local d'urbanisme en tant qu'il classe ce lieudit en zone agricole. Par une décision du 30 septembre 2019, dont M. B demande au tribunal l'annulation, le maire a refusé de faire droit à cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". L'article R. 151-23 du même code précise que " Peuvent être autorisées, en zone A : / 1° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole ou au stockage et à l'entretien de matériel agricole par les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime ; / 2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ".
3. Une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
4. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), du rapport de présentation et de l'étude village / Hameaux annexée au plan local d'urbanisme de la commune d'Herbignac, que les auteurs de ce plan ont, notamment, eu pour objectif de développer l'activité agricole en la pérennisant du fait de son caractère dynamique et afin qu'elle soit une source d'emploi pour le territoire, la commune d'Herbignac étant située au cœur du bassin laitier de la Presqu'île Guérandaise. Pour protéger cette activité, ils ont souhaité définir des " zones agricoles pérennes " en compatibilité avec le schéma de cohérence territoriale " Cap Atlantique ", fournir les conditions nécessaires à la création et au développement des sièges d'exploitations et contribuer à limiter le mitage des terres agricoles notamment autour des nombreux hameaux présents sur la commune. Par ailleurs, au titre de la maîtrise de son développement, ces mêmes auteurs ont entendu recentrer l'urbanisation sur le bourg d'Herbignac et les deux villages de Marlais et Pompas par comblement des " dents creuses " et renouvellement urbain afin de répondre aux objectifs de limitation de la consommation d'espace. Dans certains hameaux désignés, des nouvelles constructions pourront être réalisées mais seulement en comblement de " dents creuses " et de manière ponctuelle alors que les autres hameaux, écarts et habitations isolées, tel que le lieudit de Kercouret, n'ont plus la possibilité de recevoir de nouvelles habitations.
6. Il ressort encore des pièces du dossier, notamment du rapport de présentation du plan local d'urbanisme que le lieudit de Kercouret se situe au sud du bourg d'Herbignac au cœur d'un secteur identifié comme un " espace agricole fort ". La commune d'Herbignac soutient, par ailleurs, sans être contredite, et ainsi qu'il résulte notamment de l'identification des terrains au titre de la politique agricole commune, que ce lieudit s'inscrit dans un espace à vocation culturale, constitué de vastes prairies et de cultures céréalières, de bonne valeur agricole et facilement exploitables. Il ressort en outre des pièces du dossier que ce lieudit, inséré pour partie à l'est dans la marge de recul inconstructible de la route départementale RD n°774, et entouré au nord, sud, nord-ouest et sud-ouest par de vastes parcelles à vocation agricole, est composé d'un bâti diffus, d'une quarantaine d'habitations, implantées sans cohérence particulière de manière linéaire le long d'une route. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces versées aux débats que ce lieudit se serait développé autour d'un centre urbanisé ancien et significatif à préserver. Par ailleurs, ce lieudit comprend en son centre plusieurs parcelles non bâties mais exploitées ainsi que plusieurs bâtiments à vocation agricole. Si certains de ces bâtiments n'étaient plus à la date d'adoption du plan local d'urbanisme, le siège d'une exploitation agricole, ces bâtiments conservent toutefois effectivement leur vocation agricole, et présentent un potentiel certain pour une activité d'une telle nature, la possibilité pour un plan local d'urbanisme de classer en secteur en zone agricole n'étant, au demeurant, pas subordonnée à la condition que les parcelles le constituant fassent effectivement l'objet d'une exploitation agricole. Dans ces conditions, il ressort des pièces du dossier que le classement en zone A du lieudit de Kercouret participe effectivement de la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la commune d'Herbignac. De surcroît, contrairement à ce que soutient le requérant, sa parcelle YA n°132 ne constitue pas une " dent creuse " dès lors qu'elle s'insère dans un vaste espace cultivé au nord et la superficie de celle-ci ne suffit pas à lui retirer sa vocation agricole. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que, compte tenu du parti d'urbanisme qu'ils ont défini, les auteurs du plan local d'urbanisme ont classé le lieudit de Kercouret en zone agricole.
7. En deuxième lieu, M. B fait valoir que le classement du lieudit de Kercouret en zone agricole repose sur une erreur de fait, dès lors que le règlement graphique du plan local d'urbanisme fait mention d'un périmètre de réciprocité, au sens de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime, autour de bâtiments, alors que ceux-ci ne sont plus depuis 2016 le siège d'aucune exploitation agricole. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone agricole du lieudit de Kercouret serait intervenu en considération de que ces bâtiments auraient encore été le siège d'une exploitation agricole, mais a pris en compte la circonstance que ces bâtiments conservent leur vocation agricole et sur la possibilité qu'ils accueillent à l'avenir une nouvelle activité agricole en étant situés dans un espace à fort potentiel agricole. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que le classement contesté en zone agricole de ce lieu-dit se serait fondé sur des faits matériellement inexacts.
8. En troisième et dernier lieu, le règlement sanitaire départemental, qui régit l'implantation des constructions à usage agricole par rapport aux autres constructions, notamment à usage d'habitation, ne s'applique qu'aux autorisations d'urbanisme et n'est pas au nombre des règles au regard desquelles s'apprécie la légalité d'un plan local d'urbanisme. Les circonstances que des autorisations d'urbanisme auraient, selon le requérant, pu être antérieurement délivrées au lieudit de Kercouret en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime et de ce règlement sanitaire départemental et que le conseil municipal a pris le 8 novembre 2019, après la décision attaquée, une délibération autorisant sous conditions le changement de destination de certains bâtiments agricoles identifiés, sont des circonstances distinctes, sans incidence sur l'appréciation de la légalité du classement par le plan local d'urbanisme du lieudit en zone A. Elles ne sont pas de nature à constituer un changement de circonstances entachant d'une erreur manifeste d'appréciation le maintien, à la date de la décision attaquée, du classement en zone A approuvé le 31 mars 2017 que le requérant conteste. Il en résulte que le moyen tiré de ces circonstances doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Herbignac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Herbignac présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune d'Herbignac.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
La rapporteure,
S. D
Le président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne
au préfet de Loire-Atlantique en ce qui la concerne
ou à tous commissaires de justice à ce
requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026