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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912170

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912170

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATLANTIC JURIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 novembre 2019 et le 2 août 2022, M. A B, représenté par Me Tertrais, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 avril 2019 par laquelle le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest l'a maintenu en disponibilité d'office pour une durée d'un an, à compter du 1er septembre 2018, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest de lui accorder le bénéfice d'un congé de longue durée, de reconstituer sa carrière et de régulariser sa situation administrative et financière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n° 1705154, 1705265, 1708823, 1802763 et 1805932 du tribunal du 23 juin 2020, qui annule notamment la décision du 8 décembre 2016 le plaçant initialement en disponibilité d'office ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché des vices de procédure au regard des dispositions de l'article 7 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 :

* le comité médical a eu recours à l'un de ses membres pour procéder à l'expertise de sa situation, alors que cet article prévoit que les comités médicaux peuvent recourir, s'il y a lieu, au concours d'experts pris en dehors d'eux ;

* il a été informé le 3 avril 2019 que le comité médical se réunirait le lendemain, de sorte qu'il n'a pas été en mesure d'exercer ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de faire entendre un médecin de son choix ;

- il est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, les pièces du dossier révélant qu'il est atteint d'un syndrome anxio-dépressif, relevant ainsi d'un congé de longue durée au regard de l'article 34, 4° de la loi du 11 janvier 1984 ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnaît l'obligation de reclassement telle que prévue par l'article 63 de la loi du 11 janvier 1984 et l'article 40 du décret n° 95-654 du 9 mai 1995.

Par une ordonnance du 29 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 ;

- le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Frelaut,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,

- et les observations de Me Tertrais, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, fonctionnaire de police depuis le 1er décembre 2000, au grade de brigadier, était affecté à la circonscription de sécurité publique de la Roche-sur-Yon, avant d'être radié des cadres à compter du 1er septembre 2019. Affecté d'une pathologie physique invalidante à la suite d'un accident domestique survenu pendant l'été 2013, qui lui a occasionné une rupture du tendon du biceps brachial, M. B a été en arrêt de travail à compter du 24 septembre 2013. Par un arrêté du 8 décembre 2016, après avis du comité médical interdépartemental du 1er décembre 2016, M. B a été placé en congé de longue maladie pour une première période d'un an, à plein traitement, du 24 septembre 2013 au 24 septembre 2014. L'article 3 de ce même arrêté a fixé une deuxième période de congé de longue maladie d'un an du 24 septembre 2014 au 23 septembre 2015 et son article 4 une ultime période d'un an, du 24 septembre 2015 au 23 septembre 2016, toutes deux à demi-traitement. Par ce même arrêté, M. B a enfin été placé en disponibilité d'office du 24 septembre au 31 décembre 2016. Par des arrêtés des 18 avril 2017, 30 juin 2017, 12 janvier 2018 et 3 mai 2018, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest a maintenu M. B en disponibilité d'office, du 1er janvier 2017 au 31 août 2018. Par un jugement n° 1705154, 1705265, 1708823, 1802763 et 1805932 du 23 juin 2020, le tribunal a annulé les arrêtés du préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest du 8 décembre 2016, du 18 avril 2017, du 30 juin 2017, du 12 janvier 2018 et du 3 mai 2018 en raison de l'illégalité de la décision de placement initial en disponibilité d'office, M. B n'ayant notamment pas été invité à présenter une demande de reclassement préalablement à cette décision. Par un arrêté du 12 avril 2019, le préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest a maintenu M. B en disponibilité d'office pour une durée d'un an, comprise entre le 1er septembre 2018 et le 31 août 2019. Le requérant a formé un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejeté par le préfet. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2019 du préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;

2. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

3. Par un jugement n° 1705154, 1705265, 1708823, 1802763 et 1805932 du 23 juin 2020, le tribunal a notamment annulé l'arrêté du préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest du 8 décembre 2016 plaçant initialement M. B en disponibilité d'office. L'arrêté du 12 avril 2019 litigieux portant renouvellement de cette mesure n'aurait pu être légalement pris en l'absence de cette décision du 8 décembre 2016. Ainsi, l'annulation de cette décision par le jugement précité du tribunal implique, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2019.

4. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 12 avril 2019 portant renouvellement du placement de M. B en disponibilité d'office doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision du 8 décembre 2016 plaçant initialement le requérant en disponibilité d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration prenne rétroactivement les mesures nécessaires pour placer M. B dans une situation régulière et qu'elle reconstitue sa carrière entre le 1er septembre 2018 et le 31 août 2019, au cours de laquelle il a été illégalement mis en disponibilité d'office, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet délégué pour la défense et la sécurité Ouest du 12 avril 2019 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'administration de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour placer M. B dans une situation régulière et reconstituer sa carrière pendant la période comprise entre le 1er septembre 2018 et le 31 août 2019, au cours de laquelle il a été illégalement mis en disponibilité d'office, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et la sécurité Ouest.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

L. FRELAUT

Le président,

S. DEGOMMIER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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