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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912210

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912210

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire enregistrés les 8 novembre 2019 et 14 avril 2021, le préfet de la Vendée demande au tribunal d'annuler la délibération du 24 avril 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de La Barre-de-Monts a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'il porte création d'un secteur Ntc2 route de la Grande côte et des documents annexés ainsi que la décision du 29 octobre 2019 par laquelle le maire de la commune a rejeté sa demande de retrait partiel de cette délibération.

Il soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme dès lors que le secteur Ntc2 constitue un espace proche du rivage, que l'activité d'accueil des enfants n'exige pas la proximité de la mer, que le SCOT approuvé le 18 décembre 2019 a été suspendu et que l'urbanisation de ce secteur n'est pas justifiée ni motivée dans le plan local d'urbanisme (PLU) alors que des lieux alternatifs existent pour implanter le projet ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le secteur Ntc2 constitue un espace dunaire et boisé inclus dans la forêt domaniale des Pays-de-Monts, qui présente une unité de milieu et représente une rupture d'urbanisation avec l'agglomération de Fromentine avec laquelle ce secteur n'a aucun lien fonctionnel, que la rue des Voiliers, la route de la Grande côte -qui n'a pas vocation à supporter une urbanisation mais uniquement à conduire au rivage- et la dune sur laquelle est implanté un sentier de randonnée constituent des limites d'urbanisation, que les constructions individuelles sur les parcelles jouxtant le secteur Ntc2 ne peuvent servir d'ancrage au développement de l'urbanisation, que ce secteur est identifié comme STECAL confirmant ainsi le caractère non-urbanisé du secteur et que La Coursive comprend une urbanisation récente et ne comporte aucun équipement et lieu collectif ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 121-27 du code de l'urbanisme dès lors que le secteur litigieux est inclus dans une ZNIEFF de type II, un réservoir de biodiversité au sens du schéma régional de cohérence écologique et la trame verte et bleue du plan local d'urbanisme, que ce secteur boisé, emblématique du territoire, fait partie d'un massif homogène dans un secteur non-urbanisé, que la commune a reconnu devant la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) qu'aucune étude précise du boisement et de sa qualité botanique n'a été réalisée et que les avis de cette instance ont préconisé la conservation de ce boisement en tant qu'espace boisé classé.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 avril 2020 et 24 août 2021, la commune de La Barre-de-Monts, représentée par Mes Maudet et Camus, conclut au rejet du déféré préfectoral et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- et les observations de Me Paulic, substituant Mes Maudet et Camus, représentant la commune de La Barre-de-Monts.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 novembre 2011, le conseil municipal de la commune littorale de La Barre-de-Monts a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme. Par une délibération du 24 avril 2019, il a approuvé le plan local d'urbanisme créant un secteur Ntc2 spécifique à la mise en œuvre d'un projet d'hébergement touristique route de la Grande côte, à proximité de la Cité joyeuse au sein de la zone NT correspondant aux équipements d'hébergements touristiques situés au sein de la forêt domaniale et dans laquelle seule l'évolution limitée du bâti est autorisée. Le 8 juillet 2019, le préfet de la Vendée a sollicité le retrait de cette délibération en tant qu'elle classe le secteur de " La Cité joyeuse " en zone constructible Ntc2. Par une décision du 29 octobre 2019, le maire de la commune de La Barre-de-Monts a rejeté ce recours gracieux. Le préfet de la Vendée demande l'annulation partielle de la délibération du 24 avril 2019 et de la décision du 29 octobre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord. () ". L'objectif d'urbanisation limitée visé par cet article implique que soit retenu dans sa totalité, comme espace proche du rivage, un territoire dont le développement urbain forme un ensemble cohérent. Si le critère de covisibilité est à prendre en compte pour la définition d'un tel espace proche du rivage, il n'implique donc pas que chacune des parcelles situées au sein de cet espace soit située en covisibilité de la mer, dès lors que ces parcelles ne peuvent être séparées de l'ensemble cohérent dont elles font partie. Une opération conduisant à étendre l'urbanisation d'un espace proche du rivage ne peut être légalement autorisée que si elle est, d'une part, de caractère limité, et, d'autre part, justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme selon les critères que l'article L. 121-13 énumère. Doivent être regardées comme une extension de l'urbanisation au sens de cet article l'ouverture à la construction de zones non urbanisées ainsi que la densification significative de zones déjà urbanisées. Le caractère limité de cette extension s'apprécie eu égard à l'implantation, à l'importance, à la densité, à la destination des constructions envisagées et à la topographie des lieux.

3. D'une part, le secteur Ntc2, inclus dans la forêt domaniale des Pays-de-Monts qui recouvre une très grande partie du territoire de la commune de La Barre-de-Monts, est situé à l'ouest de l'agglomération de Fromentine, dans le secteur de la Coursive. La portion de la forêt domaniale incluant le secteur Ntc2 est située, dans son intégralité, en zone naturelle, entre le rivage et la route de Noirmoutier et se trouve en covisibilité avec la mer. Le secteur Ntc2, bien que situé à l'extrémité sud-est de cette portion, est inclus dans cet ensemble cohérent et doit, dès lors, être regardé comme un espace proche du rivage.

4. D'autre part, il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme litigieux que le choix d'urbaniser ce secteur, pourtant situé dans un espace proche du rivage, procède de la nécessité de se situer à proximité des plages, des équipements communaux en matière d'école de voile, de char à voile mais également de l'agglomération de Fromentine, lieu de nombreuses manifestations, notamment à destination des enfants en période estivale, afin de répondre aux enjeux concernant l'implantation d'un centre d'accueil pour enfants, qui y sont détaillés. Ce rapport a examiné quatre scenarii d'implantation et analysé les contraintes en matière notamment de risques de submersion, de proximité des infrastructures, d'accessibilité aux sites pour des groupes d'enfants et d'impacts environnementaux et paysagers. Si les dispositions du plan de prévention des risques littoraux s'opposent à la réalisation de deux de ces scenarii, il apparaît possible à ce titre de réaliser le projet dans l'un des secteurs d'orientations d'aménagement et de programmation (OAP) définies par le PLU. L'éloignement du site vis-à-vis des principaux lieux d'activités pour les enfants accueillis, les difficultés de circulation, la " dureté foncière " ne permettant une faisabilité qu'à long terme et la volonté de la commune de densifier ces espaces pour animer le bourg à l'année en introduisant une part de logements sociaux ont conduit la commune de La Barre-de-Monts à retenir le secteur litigieux que les auteurs du PLU ont qualifié de " lieu idéal d'implantation " en raison de sa situation géographique. Toutefois, et alors que qu'un centre d'hébergement pour enfants ne constitue pas une activité économique exigeant la proximité immédiate de l'eau au sens de l'article L. 121-13 précité du code de l'urbanisme, la collectivité ne justifie pas que la configuration des lieux, qui ne peut s'entendre uniquement par la situation géographique eu égard à la finalité des dispositions de protection du littoral, justifie cette extension limitée de l'urbanisation d'un espace proche du rivage compte tenu de l'existence d'alternatives réalistes situées dans des espaces ne bénéficiant pas d'une telle protection.

5. Dans ces conditions, l'extension limitée de l'urbanisation dans un espace proche du rivage induite par la création du secteur Ntc2 et l'implantation du projet de centre d'hébergement pour enfants dans ce secteur n'est pas spécialement justifiée par le plan local d'urbanisme de la commune de La Barre-de-Monts.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Vendée est fondé à demander l'annulation de la délibération du 24 avril 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de La Barre-de-Monts a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'il porte création d'un secteur Ntc2 situé route de la Grande côte et des documents annexés ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du 29 octobre 2019 portant rejet de son recours gracieux.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens du déféré ne paraissent pas de nature à justifier l'annulation prononcée par le présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, au titre des frais exposés par la commune de La Barre-de-Monts et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La délibération du 24 avril 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de La Barre-de-Monts a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'il porte création d'un secteur Ntc2 situé route de la Grande côte ainsi que la décision du 29 octobre 2019 portant rejet du recours gracieux du préfet sont annulées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de La Barre-de-Monts au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Vendée et à la commune de La Barre-de-Monts.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mlle Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

La rapporteure,

H. ALa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLe greffier,

Y. LECLERC

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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