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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912426

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912426

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2019, M. B C, représentée par Me Kaddouri, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 18 avril 2019, par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2020, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 août 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée le 2 septembre 2022.

Par une décision du 15 janvier 2020, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais, né le 15 décembre 1975 à Brazzaville, est entré régulièrement sur le territoire français le 6 février 2017, en étant muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, valable du ler février au 17 février 2017. Le 20 mars 2017, il a déposé une demande d'asile qui a été instruite en France, après refus de prise en charge par les autorités espagnoles le 17 avril 2017. Sa demande d'asile a fait 1'objet d'un rejet par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), le 16 avril 2018, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 1er octobre 2018. Le 27 novembre 2018, le préfet de Maine-et-Loire a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire qui lui a été adressé en recommandé avec accusé de réception et dont il a été avisé le 30 novembre 2018. Par la suite, il a présenté, par courrier du 6 décembre 2018 reçu en préfecture le 18 décembre 2018, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une décision implicite de rejet de sa demande est née le 18 avril 2019. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / () ".

3. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, soit dans sa notification si la décision est expresse, soit dans l'accusé de réception de la demande l'ayant fait naître. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-12 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 alors en vigueur du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Le manquement à l'obligation de mention des voies et délais du recours contentieux a pour conséquence de faire obstacle à ce que le délai à l'intérieur duquel, en application de l'article R 421-1 du code de justice administrative, doit en principe être exercé le recours contentieux contre une décision administrative, soit opposé à la recevabilité de ce recours. Toutefois, la formation d'un recours juridictionnel tendant à l'annulation d'une décision administrative établit que l'auteur de ce recours a eu connaissance de cette décision au plus tard à la date à laquelle il a formé ce recours. Dans ce cas, le délai de recours contentieux court à compter de la date d'introduction de la requête. Ce délai est opposable au demandeur pour l'application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration permettant à toute personne de demander la communication des motifs de la décision implicite rejetant sa demande.

7. Il résulte de ce qui précède que si le délai de recours contentieux n'était pas opposable au recours contentieux formé par le requérant contre la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet sur sa demande de titre de séjour, en raison de l'absence de transmission par le préfet de l'accusé de réception de cette demande prévu par les dispositions précitées de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration, le délai dont le requérant disposait pour demander au préfet de lui communiquer les motifs de sa décision, laquelle devait être motivée, expirait au plus tard deux mois après l'introduction de son recours contre cette décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour que M. C a présentée le 18 décembre 2018, a fait naître quatre mois plus tard suivant sa réception, par les services de la préfecture, une décision implicite de rejet, soit le 18 avril 2019. Cette décision est intervenue dans un cas où la décision explicite de refus de délivrance d'un titre de séjour, qui est une mesure de police, aurait dû être motivée. M. C a alors sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, par courrier du 28 octobre 2019, reçu par les services préfectoraux par lettre recommandée avec accusé de réception le 4 novembre 2019, soit dans le délai imparti. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision implicite litigieuse n'était pas motivée faute pour le préfet d'avoir répondu à sa demande de communication des motifs, dans le délai d'un mois suivant cette demande.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite née le 18 avril 2019, par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation de la décision litigieuse implique seulement, compte tenu des motifs du présent jugement, que la demande de titre de séjour présentée par M. C soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. C n'ayant pas obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, ni lui, ni son avocat ne peuvent se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 18 avril 2019, par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour de M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

M. Labouysse, premier conseiller,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

La rapporteure,

N. A

Le président,

L. MARTINLa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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