mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912545 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2019, Mme B A, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 24 septembre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans le délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui verser rétroactivement les allocations non versées depuis l'enregistrement de sa nouvelle demande d'asile, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure tenant au non-respect d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un second vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article
L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'OFII n'a pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit par la méconnaissance de l'article L. 744-8 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du
13 septembre 2022, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2019.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 28 novembre 1990, de nationalité nigériane, soutient être entrée en France le 24 janvier 2012. En 2014, elle s'est présentée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture des Alpes-Maritimes, où elle a déposé une demande d'asile, enregistrée par les services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 1er avril 2014. Par décision du 26 mai 2014 notifiée le 5 juin 2014 et non contestée, l'OFPRA a rejeté cette demande d'asile. L'intéressée soutient par la suite s'être rendue en Italie. Les
12 juillet 2015 et 25 avril 2017, Mme A a donné naissance en Allemagne à deux enfant de sexe masculin et de nationalité nigériane. Le 24 septembre 2019, la requérante s'est présentée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de Loire-Atlantique, où elle a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile, enregistrée en procédure accélérée. Par une décision du même jour, notifiée par remise en main propre et dont l'intéressée demande au tribunal l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé à
Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par décision du 31 janvier 2020 notifiée le 24 février 2020, l'OFPRA a rejeté la demande de réexamen de l'intéressée. Par décision du 1er octobre 2020 notifiée le 12 octobre 2020, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours de l'intéressée contre la décision de l'OFRPA.
Sur les conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par décision du 6 décembre 2019 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que la requérante soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation:
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise le motif de refus des conditions matérielles d'accueil. Elle expose ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation sera donc écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes du 2° de l'article L. 744-8 alors applicable, si la requérante " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : (); 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. L'étranger, présent sur le territoire français, peut introduire une action en paiement dans un délai de deux ans à compter de la date d'ouverture de ses droits. Ce délai est également applicable, à compter du paiement des prestations entre les mains du bénéficiaire, à l'action en recouvrement des prestations indûment payées, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration. La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. ". Par ailleurs, aux termes de l'article D. 744-38 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du 1° de l'article L. 744-8 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. Lorsque la décision est motivée par la circonstance que le demandeur a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères sur sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, elle entraîne la restitution des montants indûment versés au titulaire de l'allocation. ".
5. En l'espèce, la décision attaquée a été prise sur le fondement du 2° de l'article
L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, les dispositions de l'article D.744-38 renvoyant aux seules dispositions du 1° de l'article L.744-8 sont inopérantes s'agissant d'un refus des conditions matérielles d'accueil en cas de demande de réexamen. Le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit par conséquent être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines.() ". Aux termes de l'article R. 744-14 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptées à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis. ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié, le
24 septembre 2019, lors de l'enregistrement de sa demande de réexamen au guichet unique des demandeurs d'asile (GUDA), qui regroupe des agents des services de la préfecture et de l'OFII, d'un entretien mené par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'elle comprend, durant lequel sa situation, notamment médicale, a été évaluée. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'OFII n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité n'est pas fondé et doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur: / () /c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ". Par ailleurs, les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 permettent à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en cas de demande de réexamen. Aux termes de l'article L. 723-15 du même code : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ".
9. En l'espèce, la première demande d'asile déposée par Mme A
a été définitivement rejetée par décision de l'OFPRA du 26 mai 2014, notifiée le 5 juin 2014. L''intéressée n'a pas exercé de recours à l'encontre de cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile. La nouvelle demande, enregistrée le 4 octobre 2019 par l'OFPRA ne peut dès lors qu'être regardée comme une demande de réexamen de la première demande d'asile. Ce réexamen a donné lieu au rejet de la contestation portée par la requérante devant la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 1er octobre 2020 notifiée le 20 octobre suivant. Par ailleurs, si Mme A fait valoir que sa première demande d'asile, en 2014, n'a pas été sérieusement examinée car, étant exploitée par un réseau de prostitution, elle n'a pas pu défendre sa cause, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée de l'OFII dès lors qu'il est constant que la décision de rejet opposée par l'OFPRA en 2014 est devenue définitive et que, par conséquent, la nouvelle demande d'asile est une demande de réexamen. Enfin, si l'évaluation de la vulnérabilité de l'intéressée fait état de la présence d'enfants, d'un état de santé fragile ainsi que d'un hébergement d'urgence pour un mois et si Mme A soutient que faute de bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile, elle est privée de toute ressources avec deux enfants à charge, celle-ci n'apporte cependant à l'instance aucun élément complémentaire probant étayant la situation de vulnérabilité dont elle se prévaut. Dès lors, c'est sans commettre ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation que l'OFII a pu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Thibaut Philippon et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
Le rapporteur,
Y. C
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026