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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912604

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912604

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat : Mme CARO - R. 222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2019, M. C B, représenté par Me Iosca demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 27 septembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de points de son permis de conduire, a invalidé son titre de conduite et a enjoint sa restitution ainsi que les décisions individuelles de retraits de points rapportées à la suite d'infractions constatées les 13 février 2019, 19 janvier 2018, 22 août 2018, 16 février 2017, 31 juillet 2017, 10 juin 2016, 15 octobre 2015 et 12 octobre 2015 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés de son permis de conduire dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information préalable conformément aux dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route en ce qui concerne les infractions relevées à son encontre ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 avril 2020, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48 SI " du 27 septembre 2019 en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant pour solde de points nul et contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 10 juin 2016, 15 octobre 2015, 16 février et 31 juillet 2017 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés consécutivement aux infractions relevées les 10 juin 2016 et 15 octobre 2015 ont été restitués ;

- les mentions relatives aux infractions relevées les 16 février et 31 juillet 2017 ont été supprimées du dossier du requérant et ces infractions ne donnent plus lieu à retrait de points ;

- le solde de points du permis de conduire n'étant pas nul, l'administration est réputée avoir retiré la décision du " 48 SI " du 27 septembre 2019 ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions de retrait de points ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée au 15 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de plusieurs infractions au code de la route, M. B a fait l'objet d'une décision référencée " 48 SI ", du 27 septembre 2019 portant notification d'un retrait de 3 points sur son titre de conduite consécutif à l'infraction commise le 13 février 2019 ainsi que de l'ensemble des retraits de points antérieurs, et informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points. Par la présente requête, M. B demande au Tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retraits de points consécutives aux infractions constatées.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () en cas de commission d'une infraction ayant entrainé le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ().

3. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral de l'intéressé qu'en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, les points retirés consécutivement aux infractions relevées les 10 juin 2016 et 15 octobre 2015 ont été restitués au requérant respectivement les 26 avril 2017 et 27 juillet 2016. Ainsi, l'administration doit être regardée comme ayant, postérieurement à l'introduction de la requête, procédé au retrait de ces décisions. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions précitées sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

4. D'autre part, les mentions afférentes aux infractions commises les 16 février 2017 et 31 juillet 2017 ont été supprimées du relevé d'intégral d'information, dès lors elles n'entraînent plus de retraits de points. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions et de la décision " 48 SI " du 27 septembre 2019, en tant qu'elle a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. B en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux, sont sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu de statuer sur ces conclusions ni, par voie de conséquence, sur les conclusions accessoires à fin d'injonction de restitution.

Sur les conclusions à fin d'annulation des autres décisions de retrait de points :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ".

6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ".

7. L'information prévue par les dispositions précitées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points.

S'agissant des infractions commises les 13 février 2019 et 22 août 2018 :

8. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issu d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19, issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

9. Pour les deux infractions susmentionnées, constatées avec interception de véhicule par procès-verbal électronique, le ministre de l'intérieur produit une copie des procès-verbaux d'infraction, lesquels mentionnent les deux retraits respectifs de trois points et les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Les documents sont également pourvus de la signature de l'intéressé, laquelle établit que les informations prévues par le code de la route lui ont été communiquées. Faute pour le requérant de démontrer que les avis de contravention seraient inexacts ou incomplets, il en résulte que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation qui lui incombe de délivrer préalablement au paiement de l'amende forfaitaire les informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, les retraits de points opérés à raison de ces infractions sont intervenus selon une procédure régulière.

S'agissant de l'infraction commise le 12 octobre 2015 :

10. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire. Il ressort des pièces du dossier qu'avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

11. Il résulte de l'attestation de paiement émise par le trésorier du CNT-CSA (centre national de traitement-contrôle des sanctions automatisées), produite par le ministre, que le requérant a réglé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 12 octobre 2015. Il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que M. B a nécessairement reçu l'avis de contravention pour cette infraction et que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 19 janvier 2018 :

12. En présence d'une condamnation pénale définitive, l'éventuel défaut de délivrance de l'information préalable n'a aucune conséquence sur la légalité de la procédure de retrait de point puisque que le requérant a eu la possibilité de contester la réalité de l'infraction devant le juge pénal.

13. En l'espèce, le défaut de délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à le supposer établi, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité le retrait de points consécutif à l'infraction du 19 janvier 2018 relevée à l'encontre de M. B, portant sur un excès de vitesse d'au moins 40 km/h et inférieur à 50 km/h dans la mesure ou la réalité de cette infraction a été établie par une condamnation pénale prononcée le 8 juin 2018 par le tribunal de police de Nantes, devenue définitive le 18 mars 2019, à charge pour le requérant d'apporter la preuve contraire. M. B ne produisant aucun élément sur ce point, l'omission de la formalité prévue par les articles précités est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de cette condamnation.

En ce qui concerne la réalité des infractions constatées les 13 février 2019, 22 août 2018, 12 octobre 2015 et 19 janvier 2018 :

14. En application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

15. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

16. Il résulte de l'instruction que le ministre de l'intérieur a versé au dossier le relevé d'information intégral de M. B, extrait du système national du permis de conduire. Il résulte des mentions de ce document que le requérant s'est acquitté du paiement des amendes majorées correspondant aux infractions des 13 février 2019, 21 août 2018 et 12 août 2015. En outre, l'infraction relevée le 19 janvier 2018 a fait l'objet d'une condamnation définitive. Il s'ensuit que la réalité de ces infractions est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route et le moyen invoqué sera écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions individuelles de retraits de points rapportées à la suite d'infractions constatées ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 27 septembre 2019 et des décisions de retraits de points relatives aux infractions des 10 juin 2016, 15 octobre 2015, 16 février et 31 juillet 2017.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

N. A

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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