mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912791 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2019, Mme C D, épouse F, représentée par Me Thomas Gouard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française, au besoin sous astreinte.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme F.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme F par une décision du 4 octobre 2019 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. H a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, épouse F, est une ressortissante algérienne. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture de l'Aisne, département dans lequel elle est domiciliée, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 26 mars 2019, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande. Contestant cette décision, Mme F a, comme elle y était tenue en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 14 juin 2019, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être rejetée. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de cette décision du 14 juin 2019.
2. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.
3. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme A E, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à Mme B G, cheffe du bureau des affaires juridiques du précontentieux et du contentieux au sein de la sous-direction de l'accès à la nationalité française de la direction générale des étrangers en France, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département de résidence du postulant () déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, () 21-24 () du code civil ne sont pas remplies ". Selon l'article 48 du même décret : " () Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose () la naturalisation (). Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable. / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation de l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la sollicite. Il appartient à cette autorité, lorsqu'elle exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de sa demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-24 du code civil, le degré de connaissance, selon la condition de l'intéressée, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par les articles 37 et 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Il en résulte que le ministre de l'intérieur peut apprécier l'intérêt d'accorder la nationalité française au regard notamment du degré de connaissance, par la personne la sollicitant, des éléments fondamentaux relatifs, d'abord, aux grands repères de l'histoire de France concernant la construction historique de ce pays permettant d'identifier et situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale, ensuite, aux principes, symboles et institutions de la République, en ce qui concerne notamment le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, en particulier entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial, en outre, à l'exercice de la citoyenneté française recouvrant les principaux droits et devoirs attachés à l'acquisition de la nationalité, tels qu'ils sont mentionnés dans la charte des droits et devoirs du citoyen français, enfin, à la place de la France dans l'Europe et dans le monde, c'est à dire les caractéristiques de la France, la situant dans un environnement mondial, et les principes fondamentaux de l'Union européenne. Tous ces éléments fondamentaux figurent, selon les termes du dernier alinéa de ce même article 37, dans un livret du citoyen remis à toute personne ayant déposé une demande et disponible en ligne.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que la demande de naturalisation présentée par Mme F a été rejetée au motif qu'elle ne justifiait pas de connaissances suffisantes concernant les éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, s'agissant des principes, symboles et institutions de la République, et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté. La décision mentionne plus précisément que l'intéressée n'a pas su citer le nom d'une femme célèbre de l'histoire de France, ni celui du maire de la ville dans laquelle elle réside, et qu'elle n'a pas su donner des éléments de définition des principes de liberté, de fraternité et de laïcité, ainsi que de la citoyenneté et de la démocratie.
6. L'entretien d'assimilation de Mme F a été réalisé, le 18 mars 2019, dans les locaux de la préfecture en application des dispositions précitées de l'article 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Il ressort de la lecture du compte-rendu de cet entretien que l'intéressée a indiqué avoir oublié ce que signifiait la fraternité et la laïcité. Il en ressort également qu'elle a défini la liberté de la manière suivante : "chacun vit comme il veut c'est la vie privée", la démocratie comme étant le fait de "faire des grèves, des marches pour demander les droits" et la citoyenneté comme le fait d'"être citoyenne algérienne". La requérante, qui se prévaut d'une durée de séjour en France depuis douze années, ne peut se borner, pour contester le motif opposé par le ministre de l'intérieur, à relever qu'elle a suivi une formation portant notamment sur la lecture et qu'elle apprend tous les jours un peu plus sur la culture française grâce notamment aux liens personnels qu'elle a noués en France. Une telle argumentation ne permet pas de remettre en cause l'appréciation portée, en l'espèce, par le ministre de l'intérieur au regard des éléments précités, ressortant du compte-rendu d'entretien, lesquels montrent qu'elle ne dispose pas d'une connaissance suffisante de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont les éléments sont précisés par les dispositions évoquées ci-dessus de l'article 37 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. La circonstance, à la supposer établie, que l'intéressée ne pourrait pas se voir opposer son ignorance quant à l'identité du maire de Laon, ville dans laquelle elle réside, n'est pas davantage de nature à remettre en cause cette appréciation, au regard des insuffisances ressortant des réponses qu'elle a apportées aux questions portant sur les principes de liberté, de fraternité et de laïcité, sur la citoyenneté et sur la démocratie. Dans ces conditions, quand bien même Mme F possède tout de même quelques connaissances de la culture, de la société, de l'histoire et des institutions françaises, ce qui a été pris en compte par le ministre de l'intérieur dans sa décision de sorte que celle-ci ne peut, en tout état de cause, être regardée comme ayant été prise au mépris du processus d'intégration de la requérante, cette autorité n'a pas, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont elle dispose lorsqu'elle examine une demande de naturalisation, commis d'erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste en rejetant la demande de naturalisation présentée par Mme F.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision rejetant la demande de naturalisation présentée par Mme F, opposée par le ministre de l'intérieur le 14 juin 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse F, ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. H
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026