jeudi 13 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1912906 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHAUTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2019, et des mémoires, enregistrés les 11 décembre 2019 et 7 mars 2022, M. B A, représenté par Me Ingrid Schauten, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire du 23 septembre 2019 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, de prescrire à cette même autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente de la décision, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à verser à son avocate en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé est entachée d'un vice de procédure ;
- le refus de séjour est entaché d'un autre vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- le préfet s'est abstenu d'examiner sa demande au regard du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour méconnait ces dispositions ;
- il méconnait également le 7° de ce même article ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2021 et 1er août 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 25 janvier 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien relatif à l'entrée et séjour du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 septembre 2022 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Schauten représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant de nationalité tunisienne qui est né le 11 décembre 1981. Il est entré en France le 27 janvier 2012 muni d'un visa revêtu de la mention "travailleur saisonnier" valable du 19 janvier au 18 avril 2012. Il a bénéficié, au titre de la période du 27 janvier 2012 au 26 janvier 2015, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié". Sa demande du 20 mai 2015 tendant à la délivrance d'une nouvelle autorisation de séjour en cette même qualité de salarié a été rejetée par une décision du 26 février 2016, assortie d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour en France pendant une durée de 15 mois. Le 1er décembre 2016, soit après le rejet de l'appel formé contre le jugement du tribunal rejetant son recours dirigé contre ces décisions du 26 février 2016, M. A a sollicité, du préfet de Maine-et-Loire, la délivrance d'un titre de séjour en lien avec son état de santé. Par un arrêté du 29 décembre 2017, cette autorité a rejeté cette demande et assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour en France pendant une durée de 23 mois. Le 4 septembre 2018, l'appel formé contre le jugement du tribunal rejetant son recours dirigé contre ces décisions du 29 décembre 2017 a été rejeté. M. A a sollicité la délivrance d'un nouveau titre de séjour le 4 septembre 2019. Par la décision attaquée, le préfet de Maine-et-Loire lui a opposé un refus de séjour. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que, comme le soutient le requérant, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en qualité de conjoint d'une ressortissante française, qu'il a épousée le 13 juillet 2019 à Angers.
3. Aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date du refus litigieux : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 4° à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Selon l'article L. 311-7 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, l'octroi de la carte de séjour temporaire et celui de la carte de séjour "compétences et talents" sont subordonnés à la production par l'étranger d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ". Les 2ème et 4ème alinéas de l'article L. 211-2-1 du même code disposent : " Le visa mentionné à l'article L. 311-7 ne peut être refusé à un conjoint de Français qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. / () / Lorsque la demande de visa de long séjour émane d'un étranger entré régulièrement en France, marié en France avec un ressortissant de nationalité française et que le demandeur séjourne en France depuis plus de six mois avec son conjoint, la demande de séjour est présentée à l'autorité administrative compétente pour la délivrance d'un titre de séjour ". Le dépôt de la demande de carte de séjour sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile vaut implicitement dépôt d'une demande de visa de long séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 211-1-2 du même code.
4. Il ressort de la motivation de la décision attaquée qu'après avoir indiqué que, malgré le prononcé, le 29 décembre 2017, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai à destination de la Tunisie et d'une interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée de 23 mois, M. A avait déposé, le 4 septembre 2019, une demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, le préfet de Maine-et-Loire s'est borné à relever que l'intéressé avait "fait l'objet d'une inscription au casier judiciaire nationale B2 pour des faits de recel de vol et de vol en date de septembre 2014 et condamné par le TC d'Angers en date du 09 avril 2015 avec 10 mois d'emprisonnement dont 5 mois avec sursis" et, après avoir visé l'article L. 513-1 du code, à indiquer "qu'aucune circonstance nouvelle, de fait ou de droit, ne fait obstacle à l'exécution de cette obligation de quitter le territoire français". Il ne ressort pas de cette motivation, ni de l'ensemble de l'arrêté, que le préfet de Maine-et-Loire, qui relève, en particulier, dans son mémoire en défense, qu'il n'a pas entendu considérer, par la référence au passé pénal de l'intéressé, que sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public, aurait procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A au regard des dispositions précitées du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'arrêté ne se référant en particulier à aucune des conditions inscrites au sein de ces dispositions pour indiquer que le requérant ne les remplirait pas. En s'abstenant d'apprécier si M. A bénéficiait d'un droit au séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens examinés, présentés au soutien des conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 23 septembre 2019 rejetant la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour à M. A, que cette décision doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement annule une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, au motif d'un défaut d'examen. Il implique seulement qu'il soit procédé à un examen, par l'autorité préfectorale compétente, de la demande de titre de séjour présentée par M. A sur le fondement des dispositions relatives à la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" délivrée au conjoint d'une ressortissante française. Ces dispositions sont désormais inscrites au sein des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En exécution du présent jugement, une nouvelle décision doit être prise à l'issue de cet examen au regard des circonstances de droit et de fait ressortant à la date à laquelle il y sera procédé. Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre à l'autorité préfectorale compétente de procéder à ce nouvel examen et de prendre cette nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Schauten, avocate de M. A, qui a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de Maine-et-Loire du 23 septembre 2019 rejetant la demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour à M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale compétente de procéder à un examen de la situation de M. A au regard des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en qualité de conjoint d'une ressortissante française et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Schauten la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Ingrid Schauten.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026