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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912935

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912935

mercredi 28 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJOYEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 novembre 2019 et le 31 janvier 2020, Mme B A, représentée par Me Cogoluegnes, demande au tribunal:

1°) d'annuler la décision n° 2019-268 du 11 juillet 2019 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes l'a positionnée au 7ème échelon du corps de psychologue de classe normale avec une ancienneté du 13 août 2016 dans l'échelon compte tenu d'une bonification pour services similaires antérieurs accomplis, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Nantes de la positionner au 9ème échelon du corps de psychologue de classe normale à compter du 1er juillet 2019 et de reconstituer sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Nantes la somme 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article 10 du décret du 31 janvier 1991 portant statut particulier des psychologues de la fonction publique hospitalière en ce qu'elle n'a pas repris l'intégralité de son ancienneté en tant que praticien contractuel pour tenir compte de l'exercice de son activité à temps partiel ;

- les dispositions de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 ne lui sont pas opposables en ce qu'elles n'évoquent que le traitement accordé à l'agent public et non les modalités de reprise d'ancienneté ;

- ni les dispositions du décret du 15 mai 2007 fixant les dispositions statutaires communes applicables à certains corps de fonctionnaires de catégorie A de la fonction publique hospitalière ni la circulaire du 20 septembre 2007 en tant qu'elle interprète les dispositions de l'article 7 de ce décret ne sont opposables pas à sa situation professionnelle ;

- l'article 5 du décret du 31 janvier 1991 lui permettait, compte tenu de son expérience acquise, d'être classée directement au 9ème échelon de son grade.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2020, le centre hospitalier universitaire de Nantes, représenté par la directrice générale par intérim, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens présentés pour établir l'illégalité de sa décision n'est fondé.

La clôture de l'instruction est intervenue le 13 octobre 2020.

Les parties ont été informées par courrier du 30 mai 2023 que le tribunal était, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, susceptible de fonder la décision à venir sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête en ce qu'elle avait été enregistrée tardivement.

Par un courrier enregistré le 31 mai 2023 Mme A a présenté des observations en réponse au moyen soulevé d'office.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 91-129 du 31 janvier 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau,

- les conclusions de Mme Dubus, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cogoluegnes représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, psychologue clinicienne au sein du CHU de Nantes depuis le 16 octobre 2006, a conclu avec cet établissement des contrats de travail à durée déterminée puis a signé avec ce dernier un contrat à durée indéterminée à compter du 9 février 2012. Ayant été admise au concours réservé pour l'accès au corps des psychologues de la fonction publique hospitalière, elle a été nommée, à compter du 1er juillet 2019, comme stagiaire en qualité de psychologue de classe normale au 7ème échelon avec une ancienneté conservée, par une décision du 11 juillet 2019 du directeur du CHU de Nantes. Par une décision antérieure elle a été titularisée à compter du 13 août 2016. Par courrier reçu par le CHU de Nantes le 16 septembre 2019, Mme A a demandé à l'établissement de la faire bénéficier d'une reprise totale de son ancienneté, reprochant à l'établissement d'avoir appliqué un prorata en fonction de la quotité de travail effectuée pendant ses périodes d'activité à temps partiel notamment pour des établissements de soins privés. Le CHU de Nantes a rejeté sa demande par une décision datée du 20 septembre 2019. Mme A demande l'annulation de la décision n° 2019-268 du 11 juillet 2019 du directeur général du CHU de Nantes en tant qu'il l'a positionnée au 7ème échelon du corps de psychologue de classe normale, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 10 du décret du 31 janvier 1991 portant statut particulier des psychologues de la fonction publique hospitalière : " Les fonctionnaires régis par le présent décret qui, antérieurement à leur recrutement, ont été employés et rémunérés en qualité de fonctionnaire ou d'agent public dans un établissement de soins public ou dans un établissement social ou médico-social public, ou en qualité de salarié dans un établissement de soins privé ou dans un établissement social ou médico-social privé, ou dans un laboratoire d'analyses de biologie médicale ou un cabinet de radiologie, dans des fonctions correspondant à celles dans lesquelles ils sont nommés, bénéficient, lors de leur nomination dans un emploi, d'une reprise d'ancienneté égale à la totalité de la durée des services visés ci-dessus, sous réserve qu'ils justifient qu'ils possédaient les titres, diplômes ou autorisations exigés pour l'exercice desdites fonctions antérieures. La demande de reprise d'ancienneté, accompagnée de toutes les pièces justificatives, devra être présentée dans un délai de six mois à compter de la nomination. ".

3. Les dispositions précitées n'opèrent aucune différence entre les services effectués à temps complet et ceux effectués à temps partiel. Aucune disposition légale ou réglementaire ne lie la quotité de travail et le calcul de la reprise d'ancienneté en prévoyant que celle-ci devrait être appréciée en équivalent temps plein. Toutefois, lorsque l'agent concerné était employé à temps partiel par un ou plusieurs employeurs au cours d'une même période d'activité, cette période ne doit être prise en compte qu'une fois.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été employée à temps partiel en qualité de psychologue par la fondation Rostchild depuis le mois d'octobre 1999. Le CHU de Nantes l'a employée du 16 octobre 2006 au 9 février 2012 sous contrats à durée déterminée, puis à compter de cette date jusqu'au 1er juillet 2019 sous contrat à durée indéterminée, l'intéressée ayant alterné pendant toutes ces périodes des temps pleins et des temps partiels. Dans ces conditions, et dès lors que le CHU de Nantes ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir du contenu de la circulaire DHOS/P3 n° 2007-350 du 20 septembre 2007 qui n'est pas applicable à la situation de Mme A, celle-ci est fondée à se prévaloir d'une reprise d'ancienneté d'une durée lui permettant d'être reclassée au 9ème échelon de son grade. Par ailleurs, le principe d'égalité ne peut avoir pour effet de faire différer un niveau de rémunération ou d'avancement d'un agent à temps partiel par rapport aux agents ayant exercé les mêmes fonctions à temps plein. Par suite, c'est à tort que le directeur du CHU de Nantes a limité la reprise d'ancienneté de Mme A en fonction de la quotité de travail effectuée par l'intéressée et en ne retenant que 14 ans 4 mois et 18 jours pour sa reprise d'ancienneté.

5. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision n° 2019-268 du 11 juillet 2019 du directeur général du CHU de Nantes en tant qu'il l'a positionnée au 7ème échelon du corps de psychologue de classe normale, ainsi que le rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs de l'annulation prononcée, il y a lieu d'enjoindre au directeur général du CHU de Nantes, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative de procéder au reclassement de Mme A en prenant en compte l'intégralité des services effectués antérieurement conformément aux dispositions de l'article 5 du décret du 31 janvier 1991, qu'ils aient été accomplis à temps complet ou à temps partiel.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Nantes la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision n° 2019-268 du 11 juillet 2019 du directeur général du centre hospitalier universitaire de Nantes en tant qu'elle classe Mme A au 7ème échelon du corps de psychologue de classe normale, ensemble le rejet de son recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Nantes de reclasser Mme A dans le corps des psychologues de la fonction publique hospitalière en prenant en compte l'intégralité des services effectués antérieurement conformément aux dispositions de l'article 5 du décret du 31 janvier 1991, qu'ils aient été accomplis à temps complet ou temps partiel.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Nantes versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Nantes.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 28 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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