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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912956

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912956

mercredi 7 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête, enregistrée sous le n° 1911547 le 21 octobre 2019, Mme A B, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours préalable formé contre la décision du préfet de l'Essonne du 20 mai 2019 ayant rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que la décision préfectorale du 20 mai 2019 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision ministérielle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 21-24 du code civil dès lors que l'appréciation doit être globale et au regard des conditions dans lesquelles s'est déroulé l'entretien ; la circulaire du 16 octobre 2012 a été méconnue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre la décision préfectorale et a été enregistrée avant même que naisse une décision implicite de rejet du ministre de l'intérieur sur le recours préalable obligatoire formé par la requérante ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II - Par une requête, enregistrée sous le n° 1912956 le 26 novembre 2019, Mme A B, représentée par Me Saidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours préalable formé contre la décision du préfet de l'Essonne du 20 mai 2019 ayant rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que la décision préfectorale du 20 mai 2019 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision ministérielle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'appréciation doit être globale et au regard des conditions dans lesquelles s'est déroulé l'entretien.

Par un mémoires en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante mauritanienne, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de l'Essonne, qui, par décision du 20 mai 2019, a rejeté sa demande. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire le 24 juin 2019, le ministre de l'intérieur a confirmé cette décision. Par les présentes requêtes, Mme B demande l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes susvisées n° 1911547 et 1912956 présentent à juger les mêmes questions, sont dirigées contre les mêmes décisions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ".

4. L'institution d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, vise à laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Pour autant, dès lors que le recours administratif obligatoire a été adressé à l'administration préalablement au dépôt de la demande contentieuse, la circonstance que cette dernière demande ait été présentée de façon prématurée, avant que l'autorité administrative ait statué sur le recours administratif, ne permet pas au juge administratif de la rejeter comme irrecevable si, à la date à laquelle il statue, est intervenue une décision, expresse ou implicite, se prononçant sur le recours administratif. Il appartient alors au juge administratif, statuant après que l'autorité compétente a définitivement arrêté sa position, de regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours administratif préalable, qui s'y est substituée.

5. Il ressort des pièces du dossier que le 24 juin 2019, Mme B a saisi le ministre de l'intérieur d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du préfet de l'Essonne du 20 mai 2019. Si la requête n° 1911547 a été enregistrée au greffe du tribunal le 21 octobre 2019, soit avant l'expiration du délai de quatre mois imparti au ministre de l'intérieur pour se prononcer sur le recours de Mme B, une décision implicite est cependant intervenue avant que le tribunal ne statue sur la requête. Par suite, il y a lieu d'une part de regarder les conclusions de la requête comme étant dirigées exclusivement contre la décision implicite rejetant le recours administratif préalable de l'intéressée contre la décision du 20 mai 2019 précitée, à laquelle elle s'est substituée et, d'autre part, d'écarter la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur en défense.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B ait demandé au ministre de l'intérieur la communication des motifs de sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-24 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / A l'issue du contrôle de son assimilation, l'intéressé signe la charte des droits et devoirs du citoyen français. Cette charte, approuvée par décret en Conseil d'Etat, rappelle les principes, valeurs et symboles essentiels de la République française ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial ; c) A l'exercice de la citoyenneté française : il est attendu du postulant qu'il connaisse les principaux droits et devoirs qui lui incomberaient en cas d'acquisition de la nationalité, tels qu'ils sont mentionnés dans la charte des droits et devoirs du citoyen français ; d) A la place de la France dans l'Europe et dans le monde : il est attendu du postulant une connaissance élémentaire des caractéristiques de la France, la situant dans un environnement mondial, et des principes fondamentaux de l'Union européenne. Les domaines et le niveau des connaissances attendues sont illustrés dans un livret du citoyen dont le contenu est approuvé par arrêté du ministre chargé des naturalisations. Il est élaboré par référence aux compétences correspondantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture mentionné au premier alinéa de l'article L. 121-1-1 du code de l'éducation. Le livret du citoyen est remis à toute personne ayant déposé une demande et disponible en ligne ". Et aux termes de l'article 48 du même décret : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ".

9. En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement tenir compte de l'assimilation du postulant à la société française, notamment sur son niveau de connaissance des principes de la République et de ses institutions, tel qu'il est révélé par l'entretien individuel prévu par l'article 41 du décret précité du 30 décembre 1993.

10. Il ressort du compte-rendu d'entretien d'assimilation mené à la préfecture de l'Essonne le 26 octobre 2018 que Mme B, malgré dix années de présence en France, n'a pas été en mesure d'énoncer la devise de la République, de préciser les dates des deux guerres mondiales, ou ce que représente la date du 14 juillet. Elle n'a pas davantage été capable de préciser la durée du mandat présidentiel, d'énumérer les droits et devoirs que confèrent la nationalité française, ou d'expliciter le principe de laïcité. En se bornant à faire valoir que son incapacité à répondre à certaines questions serait imputable aux conditions dans lesquelles s'est déroulé l'entretien, Mme B ne remet pas sérieusement en cause les lacunes ainsi constatées. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de naturalisation de M. B, dont le niveau de connaissance révélé lors de l'entretien a fait l'objet d'une appréciation globale.

11. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la circulaire n° NOR INTK 1207286C du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, laquelle est dépourvue de caractère réglementaire.

12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes n° 1911547 et n° 1912956 présentées par Mme B doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 1911547 et 1912956 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

Mme Martel, première conseillère,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2022.

Le rapporteure,

C. C

La présidente,

M. D La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

B. GAUTIER

N° 1911547, 1912956

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