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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1912983

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1912983

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1912983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante n° 1912343 :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2019, et un mémoire, enregistré le 28 février 2020, Mme B A, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du recours formé contre la décision du 25 mars 2019 de la directrice territoriale de cet établissement à Nantes lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours ;

3°) à défaut, d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision n° 2019/20850 du 29 novembre 2019 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours formé contre la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes du 25 mars 2019.

II - Vu la procédure suivante n° 1912983 :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2019, et un mémoire, enregistré le 28 février 2020, Mme B A, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2019 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours ;

3°) à défaut, d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois ;

4°) d'assortir l'une ou l'autre de ces injonctions d'une astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision n° 2019/23564 du 6 novembre 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ainsi que les décrets n° 91-1266 du 19 décembre 1991 et n° 2020-1616 du 28 décembre 2020.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 23 juin 2022 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est une ressortissante guinéenne qui est née le 5 août 1998. Le 12 février 2019, elle a déposé une demande d'asile en France. Le même jour, elle a accepté de bénéficier des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII). Cependant, par une décision du 25 mars 2019, la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a retiré le bénéfice de ce dispositif au motif qu'elle avait refusé la proposition d'hébergement qui lui avait été soumise le 4 mars 2019. Cette décision comportant la mention de la nécessité, en cas de contestation, de former "un recours administratif préalable obligatoire" devant le directeur général de l'OFII, Mme A a formé un tel recours en s'adressant au préfet de Maine-et-Loire, lequel, dès lors qu'il n'était pas compétent, l'a transmis aux services de l'OFII à Nantes. A la suite de la réception de ce recours, la directrice territoriale de cet établissement a notifié à l'intéressée, par un courrier du 3 octobre 2019, son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil pour le même motif que celui opposé par la décision du 25 mars 2019, en l'invitant à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Estimant qu'aucune décision expresse statuant sur son recours n'avait été adressée par l'OFII et qu'ainsi l'autorité compétente avait implicitement rejeté ce recours, Mme A demande au tribunal, dans l'instance n° 1912343, l'annulation de cette décision. Cependant, le 4 novembre 2019, antérieurement à l'enregistrement de la requête introductive de cette instance, intervenu le 12 novembre 2019, la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a décidé de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordées à l'intéressée le 12 février 2019. Mme A demande, dans l'instance n° 1912983, l'annulation de cette décision.

2. Les instances nos 1912343 et 1912983 se présentent comme ayant pour objet la contestation de deux décisions mettant fin, pour le même motif, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordées à une même personne. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu d'en joindre l'examen pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours formé contre la décision de la directrice territoriale de l'OFII à Nantes du 25 mars 2019 :

3. A la suite de la réception, le 19 juin 2019, du recours formé par Mme A à l'encontre de la décision de la directrice territoriale de l'OFII à Nantes du 25 mars 2019, cette autorité lui a notifié, par un courrier du 3 octobre 2019, son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait l'intéressée. Ce courrier l'invitait à faire parvenir ses observations dans un délai de quinze jours et mentionnait expressément qu'en l'absence de réception de telles observations dans ce délai, la décision de suspension deviendra effective. Par ailleurs, par une décision du 4 novembre 2019, la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a expréssément suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordées à Mme A. A supposer même qu'une telle décision n'eût pas été prise, aucune décision implicite de rejet n'aurait pu naître dès lors qu'il ressort des mentions du courrier du 3 octobre 2019 que la décision de suspension aurait été formalisée par ce même courrier et aurait été ainsi regardée comme ayant été prise expressément. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation présentées dans l'instance n° 1912343 sont dirigées contre une décision implicite de rejet qui n'existe pas et qui ne pouvait d'ailleurs pas exister. Il suit de là que ces conclusions ne sont pas recevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de la directrice territoriale de l'OFII à Nantes du 4 novembre 2019 :

4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement (). Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé () entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. ".

5. Par sa décision nos 428530 et 428564 du 31 juillet 2019, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a jugé que les dispositions précitées de l'article L. 744-7 et celles de L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui créaient, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie étaient incompatibles avec les objectifs de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. Il a, par suite, annulé les dispositions réglementaires prises pour leur application. Toutefois, le Conseil d'Etat a, par la même décision, précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes pouvaient, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code, limiter ou supprimer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux demandeurs d'asile. Ainsi, il reste possible à l'OFII, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions.

6. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle vise les dispositions sur lesquelles le directeur de l'OFII a entendu se fonder pour la prendre, en particulier l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, ainsi que la décision du Conseil d'Etat du 31 juillet 2019 précitée et qu'elle mentionne qu'elle est opposée au motif que l'intéressée a refusé une proposition d'hébergement le 8 mars 2019. Cette décision est, par suite, motivée au sens des dispositions mentionnées au point 6.

8. En second lieu, Mme A soutient que la proposition qu'elle a refusée ne tenait pas compte de sa situation dès lors, d'une part, que l'hébergement proposé était situé à 850 kilomètres d'Angers, commune dans laquelle elle est établie avec son conjoint qui bénéficie d'un contrat en qualité de jeune majeur et qui ne peut la suivre dans un autre département, d'autre part, qu'elle est enceinte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le début de la grossesse de Mme A a été estimé au 4 mars 2019, date à laquelle la proposition d'hébergement a été formulée par les services de l'OFII, lesquels ignoraient, comme la requérante elle-même, qu'elle était enceinte à cette date ainsi qu'à la date à laquelle elle n'a pas donné suite à la proposition. Il ressort également des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, la grossesse de Mme A avait cessé, un curetage aspiratif ayant été effectué le 22 mai 2019. Enfin, elle ne produit aucune pièce concernant la situation de la personne dont elle se borne à alléguer qu'elle est son conjoint. Dans ces conditions, la décision attaquée du 4 novembre 2019 ne peut être regardée comme reposant sur une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 novembre 2019 prise par la directrice territoriale de l'OFII à Nantes à l'encontre de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle accordée au titre de l'instance n° 1912343 :

10. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions pénales éventuellement encourues, le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré, en tout ou partie, dans les cas suivants : () / 4° lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée () manifestement irrecevable () ". L'article 51 de cette loi précise que : " () Le retrait est prononcé : () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ". Ces dispositions instaurent au profit du juge, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le pouvoir de prononcer le retrait total de l'aide juridictionnelle accordée pour une requête qu'il juge manifestement irrecevable. Lorsqu'il est prononcé d'office, un tel retrait traduit la mise en œuvre d'un pouvoir propre du juge qui, lorsqu'il en fait usage, ne soulève pas d'office un moyen d'ordre public et n'est en conséquence pas de tenu de procéder à la communication prescrite par les dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les conclusions à fin d'annulation présentées dans l'instance n° 1912343 sont manifestement irrecevables. Il y a lieu, par suite, de prononcer le retrait de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à Mme A au titre de l'instance n° 1912343 par une décision n° 2019/20850 du 29 novembre 2019 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes présentées par Mme A sont rejetées.

Article 2 : La décision n° 2019/20850 du 29 novembre 2019 par laquelle la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de l'instance n° 1912343 est retirée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.

Une copie en sera adressée à la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. BARBERA

Nos 1912343 et 1912983

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