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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913108

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913108

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2019, M. C B, représenté par Me Isabelle Guérin et Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2019 par laquelle le Chef de la Division des Courses du Service central des courses et jeux du Ministère de l'Intérieur a maintenu sa demande de suspension, pour une durée de 3 mois, de ses autorisations d'entrainer et de monter en qualité d'amateur ;

2°) d'annuler la décision du 13 novembre 2019 par laquelle les commissaires de la Société d'encouragement à l'élevage du cheval français ont suspendu, à compter du 24 novembre 2019, pour une durée de 3 mois, les autorisations d'entrainer et de monter qui lui ont été délivrées ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision prise par le Chef de la Division des Courses du Service central des courses et jeux du Ministère de l'Intérieur n'est pas suffisamment motivée ;

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 12 II du décret n° 97-456 du 5 mai 1997 modifié relatif aux courses de chevaux et au pari mutuel et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.

Il soutient que :

- les commissaires de la Société d'encouragement à l'élevage du cheval français sont en situation de compétence liée pour prendre une décision de suspension sur demande du ministre de l'intérieur ; les moyens dirigées contre cette décision sont inopérants ;

- les moyens soulevés contre la décision du 2 octobre 2019 ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 2 juin 1891 ayant pour objet de réglementer l'autorisation et le fonctionnement des courses de chevaux ;

- le décret n° 97-456 du 5 mai 1997 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022 :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, propriétaire de chevaux de courses, s'est vu délivrer, par la société d'encouragement du cheval français (SECF), une autorisation d'entraîner et une autorisation de monter des chevaux de courses au trot. Par courrier du 2 août 2019, le ministre de l'intérieur a demandé à la SECF de mettre en œuvre les dispositions du II de l'article 12 du décret n° 97-456 du 5 mai 1997 et d'engager ainsi une procédure contradictoire en vue de suspendre, pour une durée de 3 mois, les autorisations d'entraîner et de monter de M. B. Le ministre de l'intérieur a, par décision du 2 octobre 2019, confirmé et maintenu cette demande de suspension. Par une décision du 13 novembre 2019, les commissaires de la SECF ont prononcé la suspension de ces autorisations pour une durée de 3 mois. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision prise par le ministre de l'intérieur le 2 octobre 2019 et de la décision prise le 13 novembre 2019 par les commissaires de la SECF.

2. Aux termes de la loi du 2 juin 1891 ayant pour objet de réglementer l'autorisation et le fonctionnement des courses de chevaux : " Sont seules autorisées les courses de chevaux ayant pour but exclusif l'amélioration de la race chevaline et organisées par des sociétés dont les statuts sociaux auront été approuvés par le ministre de l'agriculture. / Ces sociétés participent, notamment au moyen de l'organisation des courses de chevaux, au service public d'amélioration de l'espèce équine et de promotion de l'élevage, à la formation dans le secteur des courses et de l'élevage chevalin ainsi qu'au développement rural. / Dans chacune des deux spécialités, course au galop et course au trot, une de ces sociétés de courses de chevaux est agréée comme société-mère. Chaque société-mère exerce sa responsabilité sur l'ensemble de la filière dépendant de la spécialité dont elle a la charge. (). ". Selon l'article 12 du décret n° 97-456 du 5 mai 1997 relatif aux sociétés de courses de chevaux et au pari mutuel : " () II. Les sociétés mères : () Délivrent les autorisations de faire courir, d'entraîner, de monter et de driver les chevaux de courses, selon les critères définis par leurs statuts et par le code des courses de chaque spécialité. Ces autorisations ne peuvent être accordées qu'après un avis favorable du ministre de l'intérieur émis au regard des risques de troubles à l'ordre public qu'elles sont susceptibles de créer. / Elles peuvent être suspendues, pour une durée maximale de six mois ou être retirées par la société mère concernée à l'issue d'une procédure contradictoire engagée de sa propre initiative ou à la demande du ministre de l'intérieur. La société mère est tenue de suspendre ou de retirer l'autorisation si le ministre de l'intérieur maintient sa demande au vu des observations émises à l'occasion de la procédure contradictoire ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 2 octobre 2019, par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu sa demande de suspension des autorisations d'entraîner et de monter des chevaux de courses au trot, est fondée sur des faits d'agression physique et verbale, commis le 4 octobre 2017, à Angers, sur le représentant du comité régional du trot de la Fédération régionale des courses hippiques d'Anjou-Maine, ainsi que sur des faits d'agression physique commis le 19 mars 2019 sur le propriétaire d'un cheval, avec lequel M. B a eu une altercation. Le ministre de l'intérieur a entendu invoquer les risques de troubles à l'ordre public et l'atteinte à l'image des courses hippiques générés par le comportement de l'intéressé. La suspension pour une durée de 3 mois, demandée par le ministre de l'intérieur et prononcée par les commissaires de la SECF, constitue ainsi une mesure de police.

4. En premier lieu, en vertu des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision individuelle constituant une mesure de police doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncer des considérations de droit et de fait qui la fondent.

5. La décision du 2 octobre 2019 fait seulement état des faits commis par M. B le 19 mars 2019. Cette décision ne précise pas les dispositions sur lesquelles le ministre se fonde pour demander la suspension des autorisations d'entraîner et de monter dont bénéficie le requérant, et ne mentionne pas les faits reprochés commis le 4 octobre 2017. Toutefois, le courrier du 2 août 2019 par lequel le ministre de l'intérieur a demandé à la SECF d'engager une procédure contradictoire cite les dispositions du II de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 et fait état des faits reprochés commis le 4 octobre 2017. La décision attaquée du 2 octobre 2019 fait implicitement référence à ce courrier du 2 août 2019 dans la mesure où elle indique qu'elle fait suite à la lettre du 9 septembre 2019 adressé par l'avocate du requérant en réponse à ce courrier. La décision du 2 octobre 2019 précise par ailleurs que la gravité des faits, leur caractère réitéré et proche dans le temps révèlent l'existence d'un risque sérieux de trouble à l'ordre public et ont été fortement relayés dans le monde des courses de sorte qu'ils portent atteinte à l'image des courses hippiques. Par suite, cette décision doit être regardée comme comportant les considérations de droit et de fait qui fondent la demande de suspension. Elle est ainsi motivée au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En deuxième lieu, la décision en litige ne pouvait être prise, conformément aux dispositions précitées du II de l'article 12 du décret n°97-456 du 5 mai 1997, qu'à l'issue d'une procédure contradictoire, engagée en l'espèce à la demande du ministre de l'intérieur. Cette procédure, rendue également applicable aux décisions individuelles constituant des mesures de police, en application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, induit, conformément à l'article L. 122-1 de ce code, que l'intéressé soit mis à même de présenter ses observations sur la mesure envisagée et sur les motifs qui sont susceptibles de la fonder, qui doivent être portés à sa connaissance.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été rendu destinataire du courrier du 8 octobre 2019 adressé par les commissaires de la SECF, auquel était joint le courrier du 2 août 2019 formalisant la demande initiale de suspension formulée par le ministre de l'intérieur et que, pris dans leur ensemble, ces documents, qui précisaient la nature et la durée de la mesure envisagée, exposaient de manière suffisamment précise les faits reprochés à M. B et établissaient un lien entre ces faits et l'existence d'un risque de troubles à l'ordre public que le comportement de l'intéressé pouvait générer. Dans ces conditions, le requérant a été mis à même de présenter des observations circonstanciées pour contester le motif sur lequel la demande de suspension a été présentée. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que l'existence d'un tel risque n'aurait pas été étayée lors de l'instruction de la mesure prononcée à son encontre.

8. En troisième lieu, M. B, qui ne conteste pas avoir commis des faits d'agression, le 4 octobre 2017, sur le représentant du comité régional du trot de la Fédération régionale des courses hippiques d'Anjou-Maine, faits pour lesquels il s'est vu infliger une amende de 1 000 euros par les commissaires de la SECF, soutient, s'agissant des faits de violences survenus le 19 mars 2019, qu'il a été en réalité agressé par le propriétaire d'un cheval et qu'il a porté plainte contre lui. Toutefois, le ministre de l'intérieur fait valoir, sans être contesté, que cette plainte a été classée sans suite alors que celle du propriétaire avec qui le requérant a eu l'altercation, a abouti à la convocation de M. B auprès du tribunal correctionnel d'Angers le 29 octobre 2019. L'intéressé ne fournit aucune indication sur l'issue des poursuites ainsi engagées à son encontre pour violences ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours. Au regard de la nature des faits qu'il a commis, quand bien ceux du 19 mars 2019 se seraient produits dans un cadre privé et alors que les attestations produites par le requérant ne se rapportent pas aux faits en cause, M. B n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait fait une inexacte application des dispositions précitées du II de l'article 12 du décret du 5 mai 1997 en sollicitant des commissaires de la SECF le prononcé d'une mesure de suspension de ses autorisations d'entraîner et de monter des chevaux de courses au trot pour une durée de 3 mois.

9. En dernier lieu, le ministre de l'intérieur ayant maintenu sa demande de suspension, les commissaires de la SECF étaient tenus, en application des dispositions précitées du II de l'article 12 du décret du 5 mai 1997, de prononcer cette suspension sans avoir à porter une appréciation sur les faits de l'espèce, le seul constat de la demande du ministre de l'intérieur les obligeant à prendre une telle décision. Par suite, tous les moyens que M. B invoquerait à l'encontre de la décision des commissaires de la SECF du 13 novembre 2019 doivent être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions prises à son encontre par le ministre de l'intérieur le 2 octobre 2019 et par les commissaires de la SECF le 13 novembre 2019. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie en sera adressée pour information à la Société d'encouragement à l'élevage du cheval français.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. D

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 1913108

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