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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913115

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913115

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2019, M. B A, représenté par

Me Martin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 22 octobre 2019 par lesquels le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ou, subsidiairement, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 313-14 et L313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : elle est entachée d'illégalité dès lors qu'il vit depuis de nombreuses années en France et justifie y avoir développé une vie privée et familiale solide ;

- elle méconnaît les articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire entache d'illégalité la mesure d'assignation à résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2019, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du

13 juin 2022, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

29 novembre 2019.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 17 janvier 1985, est entré pour la première fois en France en 2004 et y est revenu définitivement en 2013 selon ses déclarations. Il a obtenu une carte de séjour temporaire pour raisons de santé le 7 octobre 2005, régulièrement renouvelée jusqu'au 6 octobre 2010. Le 22 janvier 2015, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande par un arrêté du 30 mars 2015 assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes rendu le 18 septembre 2015. M. A s'est maintenu sur le territoire et, par courrier du 19 mai 2016, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 janvier 2017, le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande, lui a fait obligation quitter le territoire et lui a interdit le retour en France pour une durée de 24 mois. Par un jugement du 4 juillet 2017, le tribunal administratif de Nantes a annulé l'interdiction de retour en France et rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. A dirigées contre l'arrêté préfectoral du 5 janvier 2017. M. A a introduit une demande d'asile le 21 novembre 2017, qui a été rejetée le 13 février 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Il a formé un recours contre la décision de l'OFPRA devant la Cour nationale du droit d'asile, dont il s'est désisté le 24 janvier 2019. Le 31 janvier 2019, M. A a adressé au préfet de la Sarthe une demande de titre de séjour, sur laquelle le préfet s'est prononcé par l'arrêté du 22 octobre 2019 en litige.

2. Par un jugement du 6 décembre 2019, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nantes a rejeté les conclusions de M. A dirigées contre les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français, lui fait interdiction de retour sur le territoire français et portant assignation à résidence. Il a par ailleurs renvoyé les conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressé dirigées contre la décision du 16 octobre 2019 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et sa demande tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 devant une formation collégiale du tribunal, laquelle y statue par le présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de titre de séjour:

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-2 ".

4. M. A fait valoir qu'il réside en France depuis de nombreuses années, qu'il vit avec Mme M. et avec leur fils et sa compagne devait donner naissance à leur second enfant en février 2020. Il fait valoir qu'il est parfaitement inséré dans la société française et qu'il justifie d'une vie privée et familiale solide en France. Toutefois, en se bornant à ces affirmations, et alors que le préfet soutient au contraire que l'intéressé ne vit pas avec la mère de son enfant et qu'il n'entretient pas de liens avec eux, M. A n'établit pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. A se prévaut des mêmes éléments que ceux rappelés au point 4. Cependant, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé déclare être entré sur le territoire français pour la dernière fois en 2013 et il n'a produit aucun justificatif probant de sa présence en France en 2013 et 2014. Il est constant qu'il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant ne démontre pas avoir tissé des liens intenses, stables et anciens en France et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. M. A est célibataire, père d'un enfant de nationalité guinéenne né en France le 10 août 2018 qui vit avec sa mère et avec lequel il ne justifie aucunement entretenir de liens Enfin, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et ne méconnaît donc ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. M. A se prévaut des mêmes circonstances que celles évoquées au point 4 et verse à l'instance un courrier de la mère de son enfant du 28 novembre 2019, lequel est postérieur à la décision attaquée et sans influence sur sa légalité. M. A ne vit pas avec la mère de son enfant et il ne démontre pas entretenir de liens avec son fils. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et sa demande tendant à l'application des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Anne-Laure Martin et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe 26 octobre 2022.

Le rapporteur,

Y. C

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°1913115

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