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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913146

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913146

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGENDREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2019, et un mémoire, enregistré le 10 mai 2022, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) La Nobletière, représentée par Me Carl Gendreau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le préfet de la région des Pays de la Loire a refusé de lui délivrer l'autorisation d'exploiter à des fins agricoles des parcelles, d'une contenance de 54,6937 hectares, cadastrées section T nos 29, 33, 38, 42, 92, 95, 97, 98, 100, 101, 168J, 168K, section V nos 88J, 88K, 95, 97, 557J, 557K, 557L et section XC nos 2, 3A, 3B, 8AJ, 8AK, 8B et 35, situées sur le territoire de la commune du Poiré-sur-Vie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus est entaché d'incompétence ;

- le refus repose sur plusieurs erreurs d'appréciation dès lors qu'il n'est pas justifié de l'existence d'une demande de M. D, que l'autorisation d'exploiter qui lui a été délivrée ne lui a pas été notifiée et que cette autorisation était périmée à la date du refus.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2021, le préfet de la région Pays de la Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par la SCEA La Nobletière.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 2 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 septembre 2022 à partir de 9h45 :

- le rapport de M. G,

- et les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 avril 2018, le préfet de la région Pays de la Loire a délivré à M. H D l'autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées section T nos 29, 33, 38, 42, 92, 95, 97, 98, 100, 101, 168J, 168K, section V nos 88J, 88K, 95, 97, 557J, 557K, 557L, et section XC nos 2, 3A, 3B, 8AJ, 8AK, 8B et 35, situées sur le territoire de la commune du Poiré-sur-Vie (Vendée). Pour l'exploitation de ces mêmes parcelles, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) La Nobletière a sollicité la délivrance d'une autorisation qui a été refusée par un arrêté du préfet de la région Pays de la Loire pris le 14 octobre 2019. La SCEA La Nobletière demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de région peut donner délégation de signature () : () 4° Pour les matières relevant de leurs attributions, aux chefs ou responsables des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans la région. / () Ces chefs ou responsables de service () peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. (). ".

3. L'arrêté du 14 octobre 2019 formalisant la décision attaquée a été signé par M. B C en qualité de directeur adjoint à la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt des Pays de la Loire. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 13 septembre 2019 publié au recueil des actes administratifs du département de la Loire-Atlantique du 20 septembre suivant, M. B E, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt des Pays de la Loire, à qui le préfet de la région Pays de la Loire avait lui-même donné délégation, par un arrêté du 30 novembre 2018 publié le même jour dans ce même recueil, à l'effet de signer les décisions statuant sur des demandes d'autorisation d'exploiter, avait, comme le permettent les dispositions précitées de l'article 38 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004, délégué cette signature à M. B C. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de cette autorité à signer l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, une autorisation d'exploiter à des fins agricoles " peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ". Le schéma directeur régional des exploitations agricoles applicable en Pays de la Loire, approuvé par un arrêté du préfet de cette région du 10 juin 2016, fixe l'ordre de priorité au regard duquel les autorisations d'exploiter sont accordées. Il mentionne, dans son article 3 relatif à l'ordre des priorités, que l' " agrandissement pour confortation d'une exploitation () dont le coefficient économique par actif avant reprise est inférieur à 0,7, dans la limite d'un coefficient économique par actif après reprise de 1, et dans le cas d'une distance entre siège et parcelle à reprendre inférieure à 10 km. () " est au quatrième rang de priorité et au neuvième rang de priorité au-delà d'un coefficient économique par actif après reprise de 1 et que les autres projets ne relevant pas des rangs de priorité précédents sont au dixième rang de priorité.

5. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 14 octobre 2019 que, pour rejeter la demande présentée par la SCEA La Nobletière, tendant à la délivrance d'une autorisation d'exploiter les parcelles mentionnées au point 1, le préfet de la région Pays de la Loire a estimé que la demande de M. D était prioritaire. Le projet de ce dernier a été qualifié de projet d'agrandissement de son exploitation, dont le coefficient économique par actif était supérieur à 1 après reprise, de sorte que sa demande a été considérée comme étant de quatrième rang, au sens du schéma directeur régional des exploitations agricoles applicable en Pays de la Loire, pour la reprise d'une surface permettant d'atteindre un coefficient économique par actif de 1 après reprise et de neuvième rang, pour la reprise du surplus des hectares en cause. La demande de la SCEA La Nobletière s'est vu attribuer un rang de priorité n° 10 pour l'ensemble des hectares.

6. Le préfet, saisi de demandes concurrentes d'autorisation d'exploiter portant sur les mêmes terres, doit, pour statuer sur ces demandes, observer l'ordre des priorités établi par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. Il peut être conduit à délivrer plusieurs autorisations lorsque plusieurs candidats à la reprise relèvent du même rang de priorité et qu'aucun autre candidat ne relève d'un rang supérieur. En revanche, le préfet ne peut légalement accorder successivement à deux agriculteurs l'autorisation d'exploiter les mêmes parcelles qu'à la condition que sa seconde décision soit prise au bénéfice d'un agriculteur dont la demande, soit relève du même rang de priorité, soit doit être regardée comme plus prioritaire que la première demande en application des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles.

7. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la région Pays de la Loire a estimé que la demande de la SCEA La Nobletière et celle de M. D étaient des demandes, non pas concurrentes, mais successives. La société requérante ne conteste pas la détermination des rangs de priorités telle qu'elle ressort de la décision attaquée. Elle soutient en revanche, d'une part, qu'il n'est pas justifié de l'existence d'une demande déposée par M. D, d'autre part, que le préfet de la région Pays de la Loire ne pouvait se fonder sur la délivrance à ce dernier, par son arrêté du 12 avril 2018, d'une autorisation d'exploiter les parcelles en cause dès lors que cette autorisation n'a pas été notifiée à son bénéficiaire et qu'en tout état de cause, elle est périmée.

8. D'une part, comme cela a été rappelé au point 6, pour apprécier s'il peut successivement accorder deux autorisations d'exploiter les mêmes parcelles à deux agriculteurs différents, l'autorité préfectorale doit apprécier si la demande sur laquelle il doit statuer relève d'un même rang de priorité que la demande d'autorisation à laquelle il a fait droit ou d'un rang de priorité supérieur à cette demande. Ainsi, en faisant référence, dans l'arrêté attaqué, à la demande présentée par M. D, considérée par l'autorité préfectorale comme d'un rang de priorité supérieur à celui de la demande déposée par la SCEA La Nobletière, le préfet de la région Pays de la Loire s'est référé à la demande enregistrée le 11 janvier 2018, qui est jointe au mémoire en défense, ayant donné lieu à la délivrance, à M. D, de l'autorisation d'exploiter par son arrêté du 12 avril 2018. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié de l'existence d'une demande ne peut qu'être écarté.

9. D'autre part, aux termes des dispositions du III de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " Le préfet de région notifie sa décision aux demandeurs () par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé. Cette décision fait l'objet d'un affichage à la mairie de la commune sur le territoire de laquelle sont situés les biens. Elle est publiée au recueil des actes administratifs ". Selon l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration, relatif aux règles d'entrée en vigueur des décisions administratives : " Sauf dispositions législatives ou réglementaires contraires ou instituant d'autres formalités préalables, une décision individuelle expresse est opposable à la personne qui en fait l'objet au moment où elle est notifiée. ".

10. Aux termes, par ailleurs, de l'article L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation est périmée si le fonds n'a pas été mis en culture avant l'expiration de l'année culturale qui suit la date de sa notification ou, dans le cas prévu à l'article L. 330-4, avant l'expiration de l'année culturale qui suit celle de la fin du versement des aides. Si le fonds est loué, l'année culturale à prendre en considération est celle qui suit le départ effectif du preneur, sauf si la situation personnelle du demandeur au regard des dispositions du présent chapitre est modifiée. ".

11. Si les dispositions du III de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime prévoient que la décision du préfet de région statuant sur la demande d'autorisation d'exploiter est notifiée au demandeur par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise contre récépissé, le défaut de justification, par le préfet, d'un accusé de réception ou d'un récépissé, ne fait pas, par elle-même, obstacle à l'entrée en vigueur de l'autorisation régie par les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 7 septembre 2018, que M. D a adressé aux services de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt des Pays de la Loire, l'auteur de ce courrier a indiqué qu'il venait d'obtenir, le 12 avril 2018, l'autorisation d'exploiter les parcelles en cause, de sorte que cette autorisation doit être regardée comme lui ayant été notifiée, au sens des dispositions précitées de l'article L. 221-8 du code des relations entre le public et l'administration, au plus tard le 7 septembre 2018.

12. Si, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime une autorisation d'exploiter est périmée lorsque le fonds n'a pas été mis en culture avant l'expiration de l'année culturale, la SCEA La Nobletière ne peut se prévaloir de cette disposition pour soutenir que le préfet de la région Pays de la Loire ne pouvait estimer être saisi d'une demande successive à celle de M. D, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que cette société a exploité en fait, au moins au cours des années 2018 et 2019, par l'intermédiaire de deux groupements agricoles d'exploitation en commun, les parcelles en cause, dont Mme F de Sesmaisons, qui était l'une des associées de cette société, est la propriétaire, et que la mise en valeur de celles-ci par M. D était, par suite, impossible, faisant ainsi obstacle au déclenchement du délai de péremption institué à l'article L. 331-4 du code.

13. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que la SCEA La Nobletière n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la région Pays de la Loire aurait commis une erreur d'appréciation en se fondant sur l'autorisation délivrée à M. D pour considérer que la demande en litige était successive à la sienne et pour rejeter, au regard du rang de priorité de cette demande, celle présentée par la société requérante.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 octobre 2019 rejetant la demande d'autorisation d'exploiter présentée par la SCEA La Nobletière concernant les parcelles mentionnées au point 1 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SCEA La Nobletière est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA La Nobletière, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à M. H D.

Une copie en sera adressée au préfet de la région Pays de la Loire.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. G

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

No 1913146

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