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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913209

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913209

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIAWARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2019, M. B A, représenté par

Me Abdallahi Diawara, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 novembre 2018 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 30 novembre 2018 a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait également l'article 44 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale ne sont pas recevables dès lors que sa décision implicite de rejet s'y est substituée ;

- les moyens soulevés ne sont pas opérants ;

- sa décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 17 avril 2019 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Melun en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant malien. Il a présenté, auprès des services de la préfecture du Val-de-Marne, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 30 novembre 2018, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Ainsi que cela est admis en défense, le ministre de l'intérieur a été saisi du recours que M. A était tenu de former, auprès du ministre de l'intérieur, en application l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, avant de saisir le juge. En l'absence d'intervention d'une décision expresse antérieurement à l'expiration du délai de quatre mois prévu à cet article pour l'instruction de ce recours, une décision implicite de rejet est née. Eu égard au caractère obligatoire de ce recours, cette décision implicite de rejet s'est substituée à celle de l'autorité préfectorale. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, qui sont dirigées contre la décision opposée par le préfet du Val-de-Marne, sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, irrecevables. Il appartient cependant au juge de considérer qu'il se trouve en réalité saisi de conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet, par le ministre de l'intérieur, du recours formé à l'encontre de cette décision préfectorale.

3. En premier lieu, comme cela a été relevé au point précédent, la décision du ministre de l'intérieur s'est substituée à la décision préfectorale du 30 novembre 2018. S'il est soutenu que cette dernière décision est signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin et qu'elle n'est pas suffisamment motivée, de tels vices sont propres à cette décision et ont nécessairement disparu avec elle. Par suite, ces moyens ne peuvent être utilement invoqués et doivent dès lors être écartés.

4. En deuxième lieu, si en vertu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dont le requérant invoque la méconnaissance, toute personne bénéficie du droit d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article par une autorité d'un Etat membre ne peut, en tout état de cause, être utilement invoqué.

5. En dernier lieu, M. A n'a pas usé de la possibilité qui lui est offerte par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, de demander à l'autorité ayant opposé la décision implicite de rejet en litige d'en communiquer les motifs. Dans ce cas, et lorsque le mémoire en défense expose le motif de cette décision, l'autorité ayant pris cette décision doit être regardée comme ayant retenu ce même motif.

6. Il ressort des termes du mémoire en défense que, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur a estimé que l'intéressé ne justifiait pas de connaissances suffisantes concernant les éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société, s'agissant des principes, symboles et institutions de la République, et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté. Le ministre de l'intérieur a plus précisément relevé, à partir de l'examen du compte-rendu, produit en défense, de l'entretien d'assimilation de M. A réalisé, le 23 avril 2018, dans les locaux de la préfecture du Val-de-Marne, en application des dispositions de l'article 41 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, que l'intéressé méconnait notamment les événements commémorés les 8 mai, 14 juillet et 11 novembre, les symboles de la République, sa devise, l'identité du fondateur de la Vème République et des membres du gouvernement en fonction à la date de l'entretien, et qu'il n'a pas su définir les principes de liberté, d'égalité, de fraternité et de laïcité, ainsi que la démocratie.

7. A l'appui de sa requête, M. A, qui n'a pas répliqué à la suite de la communication du mémoire en défense, se borne à relever qu'il a été fait "une mauvaise appréciation de la situation sociale et professionnelle", "qu'il est parfaitement intégré en France", "qu'il a réussi le test d'entretien pour évaluer son niveau de connaissance de la langue française", qu'il "est locataire d'un logement", "dispose également d'un contrat de travail à durée indéterminée", qu'il "est en règle avec l'administration fiscale" et qu'il " a durablement fixé le centre de ses intérêts familiaux et matériels en France". Si cette argumentation met en avant des éléments de la situation de l'intéressé qui ne sont pas dépourvus d'intérêt, elle est sans rapport avec le motif de la décision attaquée tel qu'il a été exposé ci-dessus. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le ministre de l'intérieur en retenant ce motif qui est au nombre de ceux qui lui permettent de rejeter une demande de naturalisation, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 30 novembre 2018 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a rejeté la demande de naturalisation présentée par M. A, et de la décision implicite de rejet, par le ministre de l'intérieur, du recours formé contre cette décision préfectorale, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions que le requérant présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Abdallahi Diawara.

Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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