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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913298

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913298

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913298
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL OILLIC AUDRAIN ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2019 et 1er septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Henni, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2019 par laquelle le président de CAP Atlantique a rejeté sa demande de reprise de fonctions, et l'arrêté du 31 octobre 2019 par lequel cette même autorité l'a maintenue en disponibilité d'office pour raison de santé à compter du 18 avril 2019 ;

2°) d'enjoindre à CAP Atlantique de la rétablir dans ses droits ;

3°) de mettre à la charge de CAP Atlantique le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 31 octobre 2019 est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, en ce qu'elle n'a pas été, préalablement à l'intervention de cet arrêté, invitée à présenter une demande de reclassement ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, en ce, d'une part, qu'il est pris sur le fondement d'arrêtés des 5 février et 27 mars 2019 eux-mêmes entachés d'illégalité et d'autre part, en ce qu'il n'est pas établi que CAP Atlantique a examiné réellement les possibilités d'une adaptation du poste.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 avril 2020 et 4 novembre 2021, CAP Atlantique, représenté par Me Oillic, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

CAP Atlantique fait valoir que :

- les moyens de légalité externe sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique,

- les observations de Me Henni, représentant Mme B, en présence de celle-ci,

- et les observations de Me Oillic, représentant CAP Atlantique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédactrice territoriale titulaire employée par l'établissement public de coopération intercommunale CAP Atlantique, a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 18 décembre 2017 après avoir présenté un certificat d'arrêt de travail. Elle a, par la suite, présenté de nouveaux certificats d'arrêt de travail, qui ont justifié la prolongation de son congé de maladie jusqu'au 17 décembre 2018, terme de ses droits statutaires à congé de maladie ordinaire. Le comité médical, réuni le 13 décembre 2018, a estimé que l'arrêt de travail de Mme B était justifié du 18 décembre 2017 au 17 décembre 2018, mais que passé cette date, elle était apte à la reprise de ses fonctions à temps complet, en précisant qu'en cas d'absence de reprise, l'intéressée devrait être placée en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 18 décembre 2018 jusqu'à sa reprise effective. Mme B ayant présenté un nouveau certificat médical prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 28 février 2019, le président de CAP Atlantique a, par un arrêté du 5 février 2019, maintenu Mme B à demi-traitement à compter du 18 décembre 2018 et a prononcé son placement en disponibilité d'office à compter de la notification de cet arrêté, jusqu'à sa reprise de fonctions. Mme B a, avant l'intervention de cette décision, sollicité par courrier du 21 janvier 2019 son placement en congé de longue maladie. Le comité médical, saisi pour avis, a considéré le 21 mars 2019 que cette demande n'était pas recevable. Par un arrêté du 27 mars 2019, visant cet avis du comité médical, le président de CAP Atlantique a prononcé le placement de Mme B en disponibilité à compter du 8 février 2019, et confirmé que pour la période antérieure à cette date, elle bénéficierait du maintien d'un demi-traitement. Mme B ayant transmis un nouveau certificat médical prolongeant son arrêt de travail jusqu'au 30 juin 2019, le président de CAP Atlantique a, par un arrêté du 10 mai 2019, prolongé le placement de l'intéressée en disponibilité d'office pour raisons de santé à titre conservatoire dans l'attente de l'avis du comité médical sur la prolongation de cette disponibilité. Mme B, dans une requête n°1905691, a demandé l'annulation de ces trois arrêtés.

2. Le comité médical, consulté le 19 septembre 2019 sur la possibilité de réintégrer Mme B, a estimé que l'intéressée était apte à la reprise de ses fonctions, sous réserve d'un changement d'affectation sur un poste adapté. Mme B s'est présentée dans les locaux de CAP Atlantique le 2 octobre 2019. Par courrier du même jour, la vice-présidente de CAP Atlantique déléguée à l'organisation et au fonctionnement général l'a informée de son maintien en position de disponibilité d'office pour raison de santé dans l'attente de sa réaffectation sur un poste adapté. Par un arrêté du 31 octobre 2019, le président de CAP Atlantique a maintenu Mme B en disponibilité d'office à compter du 18 avril 2019, jusqu'à la date de sa reprise de fonctions. Mme B demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté du 31 octobre 2019 vise les dispositions textuelles dont il fait application, et l'avis rendu par le comité médical le 19 septembre 2019 selon lequel Mme B est apte à la reprise des fonctions dans le cadre d'un changement d'affectation sur un poste adapté. Il prononce le maintien de la requérante en position de disponibilité d'office depuis le 18 avril 2019 jusqu'à sa reprise de fonctions dans les conditions précitées. Cet arrêté est ainsi suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il résulte de la combinaison des dispositions des articles 57, 72 et 81 de la loi du 26 janvier 1984, de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 et de l'article 2 du décret du 30 septembre 1985, que lorsqu'un fonctionnaire a été, à l'expiration de ses droits statutaires à congé de maladie, reconnu inapte à la reprise des fonctions qu'il occupait antérieurement et alors que, comme c'est le cas en l'espèce, le comité médical ne s'est pas prononcé sur sa capacité à occuper, par voie de réaffectation, de détachement ou de reclassement, un autre emploi, éventuellement dans un autre corps ou un autre grade, l'autorité hiérarchique ne peut placer cet agent en disponibilité d'office sans l'avoir préalablement invité à présenter, s'il le souhaite, une demande de reclassement. La mise en disponibilité d'office peut ensuite être prononcée, soit en l'absence d'une telle demande, soit si cette dernière ne peut être immédiatement satisfaite.

5. Ainsi qu'il a été précédemment dit, le comité médical n'a pas déclaré Mme B inapte à la reprise des fonctions qu'elle occupait antérieurement, mais apte à la reprise dans le cadre d'un changement d'affectation. Dès lors, aucune obligation de reclassement ne pesait sur CAP Atlantique qui n'avait, dès lors, pas à inviter la requérante à présenter une demande de reclassement, avant de la placer en disponibilité d'office par l'arrêté litigieux, un tel placement intervenant à titre conservatoire dans l'attente de sa reprise.

6. En troisième lieu, les arrêtés des 5 février et 27 mars 2019 portant placement de Mme B en disponibilité d'office à la suite des avis rendus par le comité médical respectivement les 13 décembre 2018 et 21 mars 2019 ne constituent pas le fondement légal de la décision du 2 octobre 2019, ni de l'arrêté du 31 octobre 2019 portant maintien en disponibilité d'office de Mme B dans l'attente de sa réintégration, qui sont pris au vu d'un nouvel avis rendu par le comité médical le 19 septembre 2019. Par suite, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions antérieures à l'encontre des décisions des 2 et 31 octobre 2019.

7. En quatrième lieu, si Mme B critique par ailleurs l'insuffisance des mesures engagées par CAP Atlantique pour adapter son poste, les termes de l'avis rendu par le comité médical le 19 septembre 2019 étaient trop imprécis pour permettre la mise en œuvre effective de cette adaptation. Ce n'est qu'à la suite d'une demande de précisions formulée par CAP Atlantique le 3 octobre 2019 que le secrétariat du comité médical, par courriel du 22 octobre 2019, a indiqué que cette reprise pouvait s'envisager sur des fonctions analogues, mais dans un autre service avec un rattachement hiérarchique différent. A la suite de ces précisions, par courrier du 31 octobre 2019, le président de CAP Atlantique a formulé à Mme B une proposition concrète de réaffectation sur un poste de chargé de gestion juridique et administrative des actes fonciers susceptible d'être créé, et l'a invitée à prendre l'attache de l'établissement pour évoquer cette perspective et son avenir professionnel. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que CAP Atlantique n'aurait pas examiné les possibilités de la réintégrer sur un poste adapté avant de la placer, à titre provisoire, en disponibilité d'office dans l'attente de cette réintégration. Le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation doit dès lors être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de CAP Atlantique, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par CAP Atlantique au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de CAP Atlantique présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à CAP Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILINLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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