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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913309

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913309

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMATTLER LAURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pension militaires d'invalidité de Rennes a transmis au tribunal administratif de Rennes le dossier de l'instance introduite par M. D C par requête du 14 octobre 2019.

Par ordonnance du 3 décembre 2019 enregistrée le 4 décembre 2019 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal la requête présentée par M. C.

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2019 au greffe du tribunal des pensions de Rennes, M. D C, représenté par Me Mattler, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2019 par laquelle le ministre des Armées lui a refusé le bénéfice d'une pension d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui verser une pension militaire d'invalidité au grade de second maître pour un taux d'invalidité de 30 % au titre de la maladie de Crohn et de 50 % au titre de l'emphysème pulmonaire droit ;

3°) à titre subsidiaire d'ordonner une expertise médicale confiée à un gastro-entérologue afin de déterminer le taux d'invalidité résultant tant de la maladie de Crohn que de l'emphysème pulmonaire, et de donner son avis sur l'imputabilité au service de ces deux maladies ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les deux maladies dont il souffre entraînent une gêne fonctionnelle importante.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 août 2020 et 13 avril 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 18 juin 1973, s'est engagé dans la Marine nationale le 16 juin 1993 et a été radié des contrôles le 4 août 2008. Par une demande enregistrée le 25 octobre 2013, il a sollicité une pension militaire d'invalidité pour une maladie de Crohn et un emphysème pulmonaire, exposant avoir été exposé à l'amiante pendant son service. Par décision du 25 mars 2019, sa demande a été rejetée au motif que ces deux pathologies n'entraînaient pour lui aucune gêne fonctionnelle. Par sa requête, M. C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat () ". Aux termes, par ailleurs, de l'article 3 de ce décret : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : / 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er ; () ".

3. En l'espèce, la décision du 4 juin 2018 portant délégation de signature, régulièrement publiée au Journal Officiel de la République française le 7 juin suivant, précise à son article 1er qu'une délégation est donnée à M. A, administrateur civil, adjoint au sous-directeur des pensions à l'effet de signer, au nom du ministre des armées, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions de la sous-direction. Or, il résulte de l'arrêté du 20 avril 2012 portant organisation de la direction des ressources humaines du ministère de la défense, alors applicable, que la sous-direction des pensions est compétente, " en matière d'invalidité, d'accidents de service, d'accidents de travail et de maladies professionnelles ", pour " proposer au service des retraites de l'Etat les bases de liquidation des pensions accordées, en vertu du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, aux invalides et, le cas échéant, à leurs ayant-cause ". Par suite, M. A, signataire de la décision litigieuse, était bien compétent pour ce faire et le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, qu'elle vise le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre et notamment ses articles L. 4 et L. 5, alors applicables, qu'elle mentionne les pathologies au titre desquelles M. C demande l'ouverture de ses droits à pension ainsi que la circonstance que ces pathologies n'entraînent aucune gêne fonctionnelle justifiant qu'un refus lui soit opposé. Il s'ensuit que, contrairement à ce que fait valoir M. C, la décision litigieuse est suffisamment motivée en droit et en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 %. " Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / () / 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : / a) 30 % en cas d'infirmité unique ; / b) 40 % en cas d'infirmités multiples. ".

6. Il résulte de l'instruction que M. C s'est vu, en août 2003, diagnostiquer la maladie de Crohn puis un emphysème pulmonaire droit, pathologies que le requérant impute au service, faisant valoir avoir été exposé à de l'amiante. Il expose que la maladie de Crohn a nécessité des interventions chirurgicales en 2004, et qu'elle lui occasionne encore des occlusions intestinales et des maux de ventre à raison de deux ou trois fois par an. Il ajoute qu'à raison de l'emphysème pulmonaire il souffre de problèmes respiratoires. Toutefois, si les éléments médicaux que l'intéressé produit confirment l'existence de ces pathologies, ils ne mettent en évidence aucune gêne fonctionnelle à la date de la demande de pension, les expertises réalisées en novembre 2015 et en avril 2018 dans le cadre de la demande de pension d'invalidité formulée par M. C concluant même, s'agissant de la maladie de Crohn, que celle-ci reste asymptomatique. En outre, l'expert pneumologue qui a examiné le requérant estime que l'emphysème pulmonaire dont il est atteint n'a pas de retentissement fonctionnel. S'agissant de ces deux pathologies, les experts concluent qu'il n'y a pas lieu de prévoir un taux d'invalidité. Les circonstances qu'en août 2003 il ait été déclaré inapte au service en mer, puis qu'il se soit vu reconnaître, à compter d'avril 2007, la qualité de travailleur handicapé, sans que ne soit précisé un taux d'invalidité, sont insuffisantes à remettre en cause ces conclusions. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'imputabilité au service des pathologies de M. C, le taux d'invalidité à la date de la demande formulée par le requérant n'étant pas supérieur au taux d'invalidité minimum indemnisable de 30 %, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2019 par laquelle lui a été refusé le bénéfice d'une pension militaire d'invalidité.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. C sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Tiger-Winterhalter, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

N. TIGER-WINTERHALTER La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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