jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1913430 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat : Mme CARO - R. 222-13 |
| Avocat requérant | GUILBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 décembre 2019, M. D F A, représenté par Me Guilbaud, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui accorder l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de procéder à l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son avocate qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de cette décision n'est pas démontrée ;
- la décision litigieuse n'est pas suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le requérant n'a jamais été invité par l'administration à présenter ses observations concernant le permis de conduire soudanais qu'il a remis en préfecture aux fins de délivrance d'un permis de conduire français ;
- le défaut de motivation révèle une absence d'examen sérieux de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'adaptant pas ses diligences à son statut de réfugié et à l'impossibilité pour lui de demander aux autorités soudanaises la certification de l'authenticité de son permis de conduire soudanais ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la prétendue inauthenticité de son permis de conduire ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est de nature à créer un doute sur la légalité de la décision attaquée.
Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée le 15 avril 2022.
M. F A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 janvier 2020.
Vu :
- l'ordonnance n°1913449 du 21 janvier 2020 du juge des référés du Tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de la route ;
- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. F A, ressortissant soudanais né en 1983, qui s'est vu octroyer le statut de réfugié par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 avril 2017, a demandé, le 20 avril 2018, au préfet de la Loire-Atlantique l'échange de son permis de conduire, délivré le 6 octobre 2014 par les autorités soudanaises, contre un permis de conduire français. Suite à l'expertise du titre original effectuée avec le concours de la division de l'expertise en fraude documentaire et à l'identité (DEFDI) rattachée à la direction de la police aux frontières (DPAF), par une décision du 12 juillet 2019, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif que son permis de conduire soudanais était un document contrefait ne pouvant être authentifié. Le recours gracieux formé contre cette décision par M. F A a fait l'objet d'un rejet implicite. Par la présente requête, M. F A demande au Tribunal l'annulation de la décision du 12 juillet 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C E, directrice du centre d'expertise et de ressources titres (CERT) de la Loire-Altantique, titulaire d'une délégation de signature, en application de l'arrêté préfectoral du 27 juin 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 49 du 28 juin 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision litigieuse se réfère à l'article R. 222-3 de code de la route et à l'article 7 de l'arrêté susvisé du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen. Elle expose en détails les raisons qui ont conduit le préfet de la Loire-Atlantique à estimer que le permis de conduire présenté par le requérant était falsifié. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, le requérant soutient que le principe du contradictoire aurait été méconnu par le préfet qui ne l'a pas invité à présenter des observations avant de prendre la décision attaquée. Cependant, aucune disposition applicable au régime de l'échange de permis de conduire n'instaure une procédure contradictoire tandis que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoit que les décisions soumises à l'obligation de motivation sont précédées d'une telle procédure, n'est pas applicable aux décisions qui sont, comme en l'espèce, prises sur demande de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen circonstancié de la situation du requérant.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3 Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. " Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, dans sa version applicable au litige : " A. - Avant tout échange, l'autorité administrative compétente s'assure de l'authenticité du titre de conduite et, en cas de doute, de la validité des droits. / B. - Pour vérifier l'authenticité du titre de conduite, l'autorité administrative compétente sollicite, le cas échéant, l'aide d'un service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire. / C. - Si l'authenticité du titre de conduite est établie, celui-ci peut être échangé sous réserve de satisfaire aux autres conditions. / D. - Néanmoins, quand bien même l'authenticité du titre de conduite est établie, l'autorité administrative compétente peut, avant de se prononcer sur la demande d'échange, en cas de doute selon les informations dont elle dispose, consulter l'autorité étrangère ayant délivré le titre afin de s'assurer des droits de conduite de son titulaire. / () / E.- Si le caractère frauduleux du titre est établi, l'échange n'a pas lieu et le titre est retiré par l'autorité administrative compétente, qui saisit le procureur de la République en le lui transmettant. "
7. Lorsque la personne qui demande, sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, l'échange d'un permis de conduire délivré par un État ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen a la qualité de réfugié, en raison des craintes de persécution de la part des autorités de cet État, les dispositions citées ci-dessus doivent être appliquées en tenant compte des stipulations de l'article 25 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, aux termes desquelles : " 1. Lorsque l'exercice d'un droit par un réfugié nécessiterait normalement le concours d'autorités étrangères auxquelles il ne peut recourir, les États contractants sur le territoire desquels il réside veilleront à ce que ce concours lui soit fourni, soit par leurs propres autorités, soit par une autorité internationale. / 2. La ou les autorités visées au paragraphe 1er délivreront ou feront délivrer sous leur contrôle, aux réfugiés, les documents ou les certificats qui normalement seraient délivrés à un étranger par ses autorités nationales ou par leur intermédiaire. / 3. Les documents ou certificats ainsi délivrés remplaceront les actes officiels délivrés à des étrangers par leurs autorités nationales ou par leur intermédiaire, et feront foi jusqu'à preuve du contraire () ". Il en résulte que trois cas peuvent alors se présenter.
8. D'une part, si, après avoir le cas échéant saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire placé auprès du ministre de l'intérieur aux fins qu'il se prononce sur l'authenticité du titre de conduite étranger, l'autorité compétente estime que cette authenticité est établie sans que subsiste, par ailleurs, de doute sur la validité des droits à conduire de son titulaire, l'échange ne peut être légalement refusé, dès lors que ses autres conditions sont satisfaites.
9. D'autre part, si, après avoir le cas échéant saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire, l'autorité compétente estime que le caractère falsifié du titre de conduite est établi, elle rejette la demande d'échange de permis de conduire, sans être tenue de mettre préalablement en mesure l'intéressé, alors même qu'il a le statut de réfugié, de lui soumettre des éléments de nature à établir l'authenticité de son titre ou la validité de ses droits à conduire.
10. Enfin si, après avoir saisi le service spécialisé dans la détection de la fraude documentaire déjà mentionné, l'autorité compétente conserve un doute sur l'authenticité du titre de conduite ou si elle conserve un doute sur la validité des droits à conduire du demandeur, il lui appartient, faute de pouvoir se fonder sur une consultation des autorités du pays à l'égard duquel le demandeur a obtenu le statut de réfugié, de mettre ce dernier en mesure de lui soumettre tous éléments de nature à faire regarder l'authenticité de son titre ou la validité de ses droits à conduire comme suffisamment établis et d'apprécier ces éléments en tenant compte de sa situation particulière. L'administration ne peut légalement refuser l'échange sans avoir invité le demandeur à fournir de tels éléments. Si, à l'issue de cette procédure, le doute persiste, l'échange ne peut légalement avoir lieu.
11. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande présentée par M. F A, le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que le titre dont il était demandé l'échange présentait les caractéristiques d'un document contrefait. La direction de la police aux frontières, après expertise technique par un policier spécialiste de la fraude documentaire du titre présenté à l'échange, conclut dans son rapport du 12 février 2019, versé à l'instance, que le permis de conduire présente les caractéristiques d'une falsification documentaire par substitution des mentions biographiques dès lors que la personnalisation normalement imprimée en thermique est abrasée et réimprimée en toner. En outre l'analyse complémentaire réalisée le rapport du 10 décembre 2019, également produite, aboutit aux mêmes conclusions. Le requérant ne produit aucun document ni aucun élément sérieux de nature à remettre en cause les appréciations claires portées par l'analyste en fraude documentaire des services de la police aux frontières. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique était fondé à retenir l'inauthenticité du titre de conduite du requérant pour refuser de procéder à son échange contre un permis français. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur d'appréciation.
12. En sixième et dernier lieu, si le requérant indique que la possession d'un permis de conduire français lui est nécessaire dans le cadre de sa vie familiale et professionnelle dès lors qu'il est père de trois enfants en bas-âge dont deux sont scolarisés et que le refus d'échanger son permis de conduire le prive de la possibilité de travailler, ces circonstances sont sans influence sur la légalité de la décision préfectorale. Il s'ensuit que le requérant ne peut utilement soulever le moyen tiré de la méconnaissance du droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés à l'appui du recours formé contre un refus d'échange de permis de conduire motivé par la falsification du titre de conduite.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'échanger son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions par M. F A.
16. En l'absence de dépens exposés, les conclusions présentées ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F A, au ministre de l'intérieur et à Me Guilbaud.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La magistrate désignée,
N. B
La greffière,
S. BARBERA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
S. Barbera
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026