mercredi 27 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1913433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | WEINKOPF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2019, M. E G, représenté par Me Aurélie Weinkopf, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter du jugement et sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans ce délai et sous la même astreinte, une nouvelle décision statuant sur sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est également entachée d'erreur d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2020, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. G.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité ;
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, il n'appartient pas au juge de substituer sa décision à celle de l'administration et compte tenu des différentes étapes de la procédure conduisant à l'intervention d'un décret de naturalisation, la décision matérialisant le réexamen de la demande ne pourra pas intervenir avant un délai de six mois.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 août 2023 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. F ;
- les observations de Me Zoé Guilbaud, substituant Me Weinkopf, représentant
M. G.
Considérant ce qui suit :
1. M. E G est un ressortissant russe. Il a présenté, auprès des services de la préfecture d'Indre-et-Loire, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 1er avril 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision,
M. G a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 15 octobre 2019, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 1er avril 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à la décision préfectorale.
2. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.
3. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, dans sa version résultant de sa modification par la décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme A D, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à M. C B, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux au sein de la sous-direction de l'accès à la nationalité française de la direction générale des étrangers en France, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de cette personne.
5. Pour prononcer un ajournement à deux ans de la demande de naturalisation présentée par M. G, le ministre de l'intérieur lui a opposé la circonstance qu'il avait fait l'objet d'une procédure pour circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance le 23 novembre 2014 qui a donné lieu à une ordonnance pénale.
6. La triple circonstance qu'à raison de la commission de l'infraction mentionnée au point précédent, M. G n'ait été condamné, par l'ordonnance n° 825/2014 du 2 décembre 2014 de la juge au tribunal de grande instance de Bourges statuant en matière délictuelle, qu'à une amende, que cette peine n'aurait pas été inscrite dans son casier judiciaire et qu'elle ne ferait pas l'objet d'un effacement par suite notamment d'une réhabilitation ne fait pas obstacle à ce que le ministre chargé des naturalisations se fonde sur les faits ayant justifié le prononcé de cette amende pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. G. Cette même circonstance ne fera pas davantage obstacle à ce que l'intéressé présente, à compter de l'expiration de ce délai de deux ans et s'il s'y croit fondé, une nouvelle demande de naturalisation susceptible d'être accueillie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté.
7. L'appréciation portée par le ministre de l'intérieur lorsqu'il décide d'ajourner, pour une certaine durée, une demande de naturalisation n'est susceptible d'être censurée qu'en cas d'erreur présentant un caractère manifeste.
8. M. G a été condamné, par une décision de la juridiction pénale devenue définitive, à une amende pour avoir fait circuler un véhicule terrestre à moteur sans être couvert par une assurance garantissant sa responsabilité civile à raison des dommages corporels ou matériels qui pourraient être causés à des tiers par ce véhicule. Cette décision est revêtue de l'autorité absolue de la chose jugée concernant les faits dont la matérialité a été considérée comme établie. Par ailleurs, les faits en cause ont été commis le 23 novembre 2014, soit près de cinq ans avant la décision attaquée de sorte qu'ils ne peuvent être regardés comme anciens. Ils ne sont pas dénués de gravité au regard de leur nature délictuelle et des conséquences financières, décrites dans le mémoire en défense, de la survenance d'un accident imputable au conducteur d'un véhicule sans assurance. Le ministre de l'intérieur, compte tenu tant de la nature de cette seule infraction remontant à environ cinq années à la date de la décision en litige que du large pouvoir d'appréciation dont il dispose lorsqu'il examine une demande de naturalisation, n'a pas, en ajournant pendant une durée de deux années la demande de M. G, commis d'erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste.
9. En dernier lieu, le requérant fait valoir des éléments de sa situation, relatifs notamment à son intégration professionnelle et aux qualités qui sont les siennes dans l'exercice de sa profession d'agent de sécurité, ressortant de nombreuses attestations qu'il produit. Cependant, la décision attaquée est fondée sur un motif qui permet à lui seul de légalement la justifier. En conséquence, même s'ils sont dignes d'intérêt, ces éléments sont sans incidence sur la légalité de cette décision, notamment quant à l'absence d'erreur manifeste d'appréciation relevée au point précédent.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision ajournant à deux ans à compter du 1er avril 2019 la demande de naturalisation présentée par M. G, opposée par le ministre de l'intérieur le 22 juillet 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction de procéder à un nouvel examen de la demande de naturalisation. Doivent enfin être rejetées les conclusions que le requérant présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.
Le rapporteur,
D. F
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026