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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913583

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913583

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFLECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 décembre 2019, Mme C A B, représentée par Me Fleck, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours contre la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine rejetant sa demande de naturalisation, ainsi que cette dernière décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de Me Fleck, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 16 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B, ressortissante haïtienne, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 17 juillet 2019, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande au motif que la postulante n'a pas justifié d'une connaissance suffisante des éléments fondamentaux relatifs notamment aux grands repères de l'histoire de la France et aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française. Mme A B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, dont Mme A B demande au tribunal l'annulation ainsi que de la décision préfectorale du 17 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet :

2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il en résulte, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont, ainsi que l'oppose le ministre de l'intérieur en défense, irrecevables et doivent être rejetées et, d'autre part, que le moyen de légalité externe, exclusivement dirigé contre la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine et tiré de l'incompétence de sa signataire est inopérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre :

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte l'assimilation du postulant à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société française, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République.

4. Il ressort du compte-rendu d'entretien d'assimilation des candidats à l'acquisition de la nationalité française par décret qui a eu lieu le 12 juin 2019 à la préfecture d'Ille-et-Vilaine que la connaissance de Mme A B de l'histoire, de la culture, de la société française et des droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française a été jugée insatisfaisante dans la mesure où la postulante, qui réside alors pourtant sur le territoire français depuis près de quinze ans, bien qu'elle ait été capable d'apporter plusieurs réponses correctes aux questions qui lui ont été posées, n'a néanmoins pas su citer les dates marquantes de l'histoire de France ou un monument historique français et n'a pas davantage su nommer les départements bretons. La postulante n'a pas été en mesure de définir la notion de laïcité. Si Mme A B fait valoir qu'elle était particulièrement stressée par cet entretien, situation qui a été aggravée par le syndrome anxieux dont elle est atteinte, il ne ressort toutefois pas du compte-rendu d'entretien qu'elle aurait été déstabilisée par un quelconque désagrément causé par ce syndrome. Dans ces conditions, en se bornant à faire valoir que son incapacité à répondre à certaines questions serait imputable au stress lié aux enjeux de cet entretien, Mme A B ne remet pas sérieusement en cause les lacunes ainsi constatées. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de la requérante pour le motif énoncé au point 1, quand bien même elle justifierait avoir obtenu de bons résultats lors de sa scolarité et ferait preuve d'une bonne insertion sociale et professionnelle.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Fleck et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

La rapporteure,

S. DLe président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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