jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1913761 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | ATLANTIC JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 décembre 2019, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2019 par lequel le maire de Bournezeau l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 11 octobre 2017 ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 13 août 2019 contre cet arrêté ;
2°) d'enjoindre à son employeur, au besoin sous astreinte, de communiquer l'avis favorable de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) ;
3°) d'enjoindre à son employeur de prendre un nouvel arrêté fixant la date de la décision de radiation des cadres postérieurement à l'avis conforme de la CNRACL ;
4°) de mettre à la charge de son employeur le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté du 16 juillet 2019 est illégal en tant qu'il le met rétroactivement à la retraite à la date du 11 octobre 2017, en méconnaissance du principe selon lequel les décisions administratives faisant grief ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir ;
- à la date du 11 octobre 2017, il était inapte à son poste mais pas à toutes fonctions ;
- la décision de radiation des cadres ne pouvait être prise qu'après réception de l'avis conforme de la CNRACL.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2020, la commune de Bournezeau, représentée par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant, dont le traitement a été maintenu entre le 11 octobre 2017 et le 16 juillet 2019 et s'est cumulé avec la pension de retraite versée par la CNRACL durant cette période ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en observation enregistré le 16 octobre 2020, la caisse des dépôts gestionnaire de la CNRACL conclut au rejet de la requête.
Par une lettre du 29 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Bournezeau de produire l'avis de la CNRACL sur la mise à la retraite du requérant dès lors que cet avis a été produit dans le cadre de la présente instance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de Me Gobé, substituant Me Tertrais, représentant la commune de Bournezeau.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, adjoint technique territorial de 2ème classe à la commune de Bournezeau, a été victime le 22 juin 2015 d'un accident qui a été regardé comme imputable au service par un arrêté du maire de la commune du 16 octobre 2015. Il a été placé en congé imputable au service du 24 juin 2015 au 7 novembre 2015. Après avoir considéré que l'état de santé de M. B en lien avec l'accident de service était consolidé à la date du 7 novembre 2015 et placé M. B en congé de maladie ordinaire, par des arrêtés successifs portant sur la période du 18 novembre 2015 au 6 novembre 2016, avant de le placer en disponibilité d'office à compter du 15 novembre 2016, le maire de Bournezeau a retiré les arrêtés plaçant M. B en congé de maladie ordinaire et en mise en disponibilité d'office et l'a placé en congé imputable à un accident de service à compter du 8 novembre 2015, dans l'attente de l'avis de la CNRACL sur une mise à la retraite pour invalidité. Par un arrêté du 16 juillet 2019, le maire de Bournezeau a admis M. B à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 11 octobre 2017. Le 13 août 2019, M. B a formé contre cet arrêté un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2019 ainsi que la décision implicite de rejeter son recours gracieux formé contre cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bournezeau :
2. Eu égard à la portée et aux effets de cette décision, qui ne se limitent pas à un aspect pécuniaire, un fonctionnaire devenu invalide à la suite d'un accident de service a intérêt à contester l'arrêté prononçant sa mise à la retraite pour invalidité et sa radiation des cadres d'office pour inaptitude physique en tant qu'il fixe rétroactivement la date de cette mise à la retraite, quand bien même il aurait continué de percevoir un plein traitement et qu'il se serait vu verser sa pension de retraite et sa rente d'invalidité entre la date de mise à la retraite et à la date d'édiction de cet arrêté. Par suite, la commune de Bournezeau n'est pas fondée à soutenir que la requête de M. B est irrecevable, faute d'intérêt à agir.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Les conclusions de M. B doivent être regardées, compte tenu de l'argumentation du requérant, comme tendant à l'annulation des dispositions de l'arrêté du 16 juillet 2019 relatives à la date de sa mise à la retraite.
4. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Aux termes de l'article 81 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction applicable : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi, emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. / () La mise en retraite d'office pour inaptitude définitive à l'exercice de l'emploi ne peut être prononcée qu'à l'expiration des congés de maladie, des congés de longue maladie et des congés de longue durée dont le fonctionnaire bénéficie en vertu des dispositions statutaires qui lui sont applicables () ". Enfin, aux termes de l'article 36 du même décret : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées () en service () peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office, à l'expiration des délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par dérogation à l'article 19, cette pension est revalorisée dans les conditions fixées à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale ".
5. Le droit, prévu par les dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, d'un fonctionnaire en congé de maladie à conserver l'intégralité de son traitement en cas de maladie provenant d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions.
6. Il résulte en outre de la combinaison des dispositions citées au point 4 que le fonctionnaire dont les blessures ou la maladie proviennent d'un accident de service et qui se trouve dans l'incapacité permanente d'exercer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. S'il ne demande pas son reclassement ou si celui-ci n'est pas possible, il peut être mis d'office à la retraite par anticipation. Il appartient à l'autorité compétente de se prononcer sur la situation de l'intéressé au vu des avis émis par le comité compétent, sans être liée par ceux-ci. En l'absence de modification de la situation de l'agent, l'administration a l'obligation de le maintenir en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du mémoire en défense de la commune de Bournezeau que le maire de cette commune, pour fixer la date d'admission à la retraite de M. B au 11 octobre 2017, s'est fondé sur la circonstance que c'est à cette date que l'intéressé avait épuisé " ses droits à congé ". Toutefois, comme il a été dit au point précédent, si la maladie de l'agent provient d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, l'administration a l'obligation de le maintenir en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement. Par conséquent, en donnant à sa décision de mise à la retraite une portée rétroactive à la date du 11 octobre 2017, qui ne correspond au demeurant pas à une date d'épuisement des droits à congés de maladie ordinaire mais à la date à laquelle la commission de réforme avait fixé le taux d'incapacité permanente partielle de M. B, augmentée d'un jour, le maire de Bournezeau a commis une illégalité. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2019, seulement en tant qu'il fixe rétroactivement la date de mise à la retraite de M. B pour invalidité imputable au service à la date du 11 octobre 2017.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Dès lors que l'avis de la CNRACL favorable à la mise à la retraite de M. B à compter du 11 octobre 2017 a été versé au dossier dans le cadre de la présente instance, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Bournezeau de communiquer ce document au requérant.
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation partielle de l'arrêté attaqué implique nécessairement que le maire de Bournezeau fixe, par un nouvel arrêté, la date de date de mise à la retraite de M. B pour invalidité imputable au service à la date de notification de l'arrêté du 16 juillet 2019 de mise à la retraite, soit le 19 juillet 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Bournezeau demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Bournezeau la somme que M. B, qui ne justifie pas avoir exposé de frais dans le cadre de la présente instance, demande au titre de cet article.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Bournezeau de communiquer à M. B l'avis de la CNRACL favorable à sa mise à la retraite à la date du 11 octobre 2017.
Article 2 : L'arrêté du 16 juillet 2019 du maire de Bournezeau est annulé en tant qu'il fixe rétroactivement la date de mise à la retraite de M. B pour invalidité imputable au service à la date du 11 octobre 2017.
Article 3 : Il est enjoint au maire de Bournezeau de fixer, par un nouvel arrêté, la date de date de mise à la retraite de M. B pour invalidité imputable au service à la date du 19 juillet 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Bournezeau présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administratives sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bournezeau.
Copie en sera adressée à la caisse des dépôts, gestionnaire de la caisse nationale de retraite des agents des collectivités territoriales.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026