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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1913847

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1913847

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1913847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 décembre 2019, et un mémoire, enregistré le 4 février 2021, M. A C, représenté par Me Denis Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire du 18 novembre 2019 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de 2 mois, à défaut, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de la délivrance d'un avis régulier du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été opposée en méconnaissance du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre 2020 et 15 février 2021, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. C.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une décision du 19 janvier 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté de la ministre des affaires sociales et de la santé et du ministre de l'intérieur du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 septembre 2022 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est un ressortissant de nationalité congolaise (République démocratique du Congo) qui est né le 11 avril 1987. Il a saisi, le 23 février 2018, le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant son état de santé et, ainsi, le bénéfice des dispositions alors inscrites au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 18 novembre 2019, dont M. C demande au tribunal l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande.

2. En premier lieu, en vertu des dispositions alors inscrites aux articles L. 313-11, R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale apprécie s'il y a lieu de délivrer la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" prévue au 11° de l'article L. 313-11 au regard d'un avis d'un collège de médecins à compétence nationale du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel avis doit être émis au vu notamment d'un rapport médical établi par un médecin instructeur de l'OFII ne devant pas siéger au sein du collège. Cet avis, selon les dispositions de l'article 6 de l'arrêté interministériel du 27 décembre 2016, doit être signé par les trois médecins composant le collège. En revanche, il ne résulte d'aucune de ces dispositions, non plus que d'aucun principe, que ce même avis devrait porter mention du nom du médecin qui a établi ce rapport médical.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été prise au regard d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII, que ce collège était composé de trois médecins l'ayant chacun signé et que cet avis, émis le 18 juillet 2018, a été rendu au vu du rapport établi par un autre médecin de cet établissement. Par suite, les moyens du requérant relatifs à la procédure suivant laquelle a été prise la décision attaquée doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 18 novembre 2019 que le rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. C est fondé sur les circonstances qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en République démocratique du Congo, l'intéressé peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque vers cet Etat. L'autorité préfectorale s'est notamment appuyée sur les termes de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 18 juillet 2018. Pour émettre cet avis, le collège de médecins s'est fondé en particulier, ainsi que cela résulte des dispositions des articles R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 visé ci-dessus, sur un rapport médical d'un médecin instructeur de l'OFII établi à partir d'un certificat médical délivré par un médecin ayant suivi l'intéressé et, d'autre part, des informations sur ses possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, mis à la disposition des médecins faisant partie du collège grâce à des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires publiés au Journal Officiel de la République française, en annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017. Cette annexe, également intitulée "bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine" recense, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées. Reprise sous la rubrique "ressources documentaires internationales de santé" en accès libre sur le site internet de l'OFII, cette annexe doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.

6. Contrairement à ce que soutient le requérant, il n'appartient pas au préfet de Maine-et-Loire d'apporter la preuve qu'il pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le juge doit forger sa conviction au regard de l'ensemble des éléments versés au dossier et il peut écarter des allégations du requérant qui seraient insuffisamment étayées. M. C indique qu'il est atteint de diabète et d'hypertension artérielle. Il ne produit aucune donnée issue de la rubrique "ressources documentaires internationales de santé" en accès libre sur le site internet de l'OFII qui vient d'être évoquée. Il verse un certificat médical d'un médecin généraliste, établi le 6 janvier 2020, indiquant que ces deux pathologies sont responsables "de multiples complications en l'absence de suivi médical pouvant avoir des conséquences létales". Ce certificat ne précise toutefois pas la nature du suivi médical de l'intéressé, et il ne se prononce a fortiori pas, de manière circonstanciée, sur la possibilité effective d'un tel suivi en République démocratique du Congo. L'absence de telles précisions ne peut conduire qu'à écarter par ailleurs le document présenté par le requérant, daté du 29 janvier 2021, intitulé "rapport médicale" et qui émanerait de trois médecins d'un centre hospitalier de "l'archidiocèse de Kinshasa", faisant état de l'inefficacité des seuls médicaments dont disposerait cet Etat et qui n'a au surplus pas été établi après un examen médical de M. C. Enfin, les données évoquées du rapport d'information médicale du Bureau européen d'appui en matière d'asile, outre qu'elles remontent au mois de décembre de l'année 2020, soit près d'un an après la décision attaquée, montrent bien qu'il existe des médicaments en République démocratique du Congo permettant de suivre et traiter les patients atteints de diabète. Si ce rapport évoque le coût de ce suivi et des médicaments, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C, qui est le seul à même d'apporter des éléments sur sa situation personnelle au regard de la prise en charge de dépenses de santé, ne serait pas en mesure de faire face à de telles dépenses, alors encore une fois que l'intéressé ne fournit aucune précision sur la consistance de son suivi et sur la nature des médicaments qui lui auraient été prescrits. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas qu'il peut voyager sans risque, n'est pas fondé à soutenir que les motifs du refus de séjour qui lui ont été opposés, mentionnés au point 5, seraient entachés d'une erreur d'appréciation et que cette décision méconnaîtrait ainsi les dispositions précitées du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, le requérant soutient que le refus de séjour qui lui a été opposé est entaché d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation. Toutefois, il ne précise aucun élément de sa situation en dehors de ceux concernant son état de santé. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été relevé au point précédent, l'ultime moyen qu'il invoque ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire du 18 novembre 2019 refusant la délivrance à M. C d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

Le rapporteur,

D. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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