jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1913972 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | DAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 décembre 2019 et 31 août 2020, M. E A, représenté par Me Daumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 octobre 2019 par laquelle la présidente de Nantes Métropole a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de sa maladie ;
2°) de mettre à la charge de Nantes Métropole le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'aucun spécialiste de sa pathologie n'a siégé au sein de la commission de réforme qui a examiné sa situation le 26 septembre 2019 ;
- l'avis de la commission de réforme est insuffisamment motivé ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2020, Nantes Métropole conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. A lui verse une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cordrie,
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique,
- les observations de Me Daumont, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent technique principal de deuxième classe de la fonction publique territoriale, est employé par la métropole de Nantes depuis le 1er janvier 2005 à la direction des déchets, au sein de laquelle il a d'abord exercé des fonctions de maintenance des véhicules, puis de ripeur (éboueur chargé de la collecte des déchets sur la voie publique) et en dernier lieu de conducteur de bennes remplaçant. Il a été placé en congé de maladie à compter du 27 octobre 2017, puis en disponibilité d'office pour raisons de santé à compter du 27 octobre 2018. Par un courrier du 31 octobre 2018, il a demandé à la présidente de Nantes Métropole de reconnaitre l'imputabilité au service du syndrome dépressif dont il souffre. Saisie pour avis, la commission de réforme a estimé, lors de sa séance du 26 septembre 2019, que cette maladie n'était pas imputable au service. Par une décision du 30 octobre 2019, dont M. A demande l'annulation, la présidente de Nantes Métropole a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date du 30 octobre 2017 à laquelle la maladie de M. A a été diagnostiquée et, par suite, applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident (). / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Pour rejeter la demande de M. A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome dépressif qu'il a déclaré, Nantes Métropole s'est fondée, en reprenant à son compte l'avis de la commission de réforme, sur le motif tiré de ce que l'état de santé de M. A était lié à une autre pathologie préexistante. Toutefois, l'existence d'une autre pathologie diagnostiquée antérieurement à la survenance de son syndrome dépressif, et qui aurait été de nature favoriser cette survenance, n'apparaît nullement établie. Si le Dr D, psychiatre, a estimé dans son rapport d'expertise du 18 janvier 2019 que certains des symptômes de M. A existaient " depuis de nombreuses années " et qu'il n'était pas possible de les relier uniquement à son travail, cet expert n'a pas précisé quels étaient ces symptômes, ni s'il les considérait liés au syndrome dépressif de M. A ou à une éventuelle pathologie préexistante. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le motif tiré de l'existence d'une pathologie antérieure est entaché d'une erreur d'appréciation. Nantes Métropole fait par ailleurs valoir qu'il n'est pas établi que le contexte professionnel dans lequel M. A exerçait ses fonctions ait été la cause de sa pathologie, en se prévalant des avis du Dr D et de la commission de réforme qui ont écarté l'imputabilité au service. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du rapport du 17 mai 2019 du Dr C, médecin de prévention, et du compte rendu du 25 mai 2018 du Mme B, psychologue clinicienne, que le requérant a été victime, en 2015, d'une agression commise par un usager au cours de son service, qui lui a causé une fracture du nez, M. A revivant régulièrement cette agression après avoir repris son poste. Par ailleurs, il a été victime d'une seconde agression en 2016, de la part d'un collègue éboueur qui lui reprochait d'avoir retardé de 45 minutes le départ de la tournée alors que M. A tentait de remédier à un problème technique constaté sur le camion qu'il devait conduire. M. A a, à cette occasion, subi des crachats, des insultes et des menaces de mort avec un couteau de la part de son collègue, et si ce dernier a fait l'objet d'une sanction disciplinaire, une partie des collègues de M. A ont pris le parti de l'agresseur. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'à compter du 1er octobre 2017, Nantes Métropole a mis en place une nouvelle organisation du service qui a provoqué des tensions et altercations entre collègues et une dégradation du climat social. C'est dans ce contexte que le supérieur de M. A lui a annoncé qu'il ne pouvait conserver son poste de conducteur et serait désormais affecté sur des missions de ripeur, ce qui a donné lieu à une altercation entre les deux agents, à la suite de laquelle M. A a été placé en congé de maladie à compter du 27 octobre 2017. Ainsi, les deux agressions très violentes qu'a subies M. A en service, associées au contexte de tensions apparu à la suite de la réorganisation du service, caractérisent des conditions de travail de nature à susciter le développement du syndrome dépressif dont souffre M. A. Si Nantes métropole fait valoir que la consultation de Mme B par M. A est intervenue à l'initiative de ce dernier et que le compte rendu établi par cette psychologue ne ferait que reprendre les dires de l'intéressé, elle ne conteste pas les éléments précis et circonstanciés qui s'y trouvent relatés. L'existence de telles conditions de travail n'est pas davantage remise en cause par la circonstance que le Dr D ait indiqué dans son rapport, de manière très générale, que M. A aurait connu des difficultés personnelles et familiales, cet expert ayant par ailleurs relevé que M. A bénéficiait d'un très bon soutien de ses proches.
5. Il résulte de ce qui précède que le syndrome dépressif dont souffre M. A doit être regardé comme imputable au service. Dès lors, il est fondé à soutenir qu'en refusant de reconnaitre cette imputabilité, la présidente de Nantes Métropole a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision du 30 octobre 2019 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Nantes Métropole demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
7. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Nantes Métropole le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la présidente de Nantes Métropole du 30 octobre 2019 est annulée.
Article 2 : Nantes Métropole versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par Nantes Métropole sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à Nantes Métropole.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
A. CORDRIE
La présidente,
V. GOURMELONLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026