jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1914035 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HUVEY & PAYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2019, M. B A, représenté par Me Philippe Huvey, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2019 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une autorisation de regroupement familial afin d'être rejoint en France par son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à son épouse un titre de séjour de même nature que celui dont il dispose, dans un délai d'1 mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il devra être justifié que la signataire de la décision attaquée bénéficiait d'une délégation ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle procède d'un défaut d'examen de ses conséquences au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle méconnait cet article.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 15 décembre 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique du 29 septembre 2022 qui s'est tenue à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est un ressortissant de nationalité tunisienne qui est né le 26 novembre 1974. Il a sollicité, au cours du mois de mars de l'année 2019, le bénéfice du regroupement familial pour son épouse, ressortissante de même nationalité née le 18 juin 1989. Le 4 novembre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aucune des stipulations de cet accord n'a pour objet de réglementer les conditions de délivrance d'une autorisation de regroupement familial. Dès lors, cet accord ne fait pas obstacle à ce qu'il soit fait application, aux ressortissants tunisiens, des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à ces conditions.
3. Aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, (). ". En application des dispositions du 3° de l'article L. 411-5 de ce code, l'autorité préfectorale peut refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le bénéfice du regroupement familial lorsqu'elle dispose d'éléments précis et concordants de nature à établir que, notamment dans le cadre de sa vie familiale et à raison de son comportement, le demandeur ne respecte pas les principes essentiels régissant la vie familiale en France, tels que la monogamie, l'égalité de l'homme et de la femme, le respect de l'intégrité physique de l'épouse et des enfants, le respect de la liberté du mariage, l'assiduité scolaire, le respect des différences ethniques et religieuses et l'acceptation de la règle selon laquelle la France est une République laïque.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. A afin d'être rejoint par son épouse, le préfet de Maine-et-Loire s'est exclusivement fondé sur le motif tiré de l'absence de respect par l'intéressé des principes essentiels régissant la vie familiale en France. Pour retenir ce motif, l'autorité préfectorale s'est fondé sur les faits pour lesquels M. A avait été condamné le 21 mai 2014 par le président du tribunal correctionnel d'Angers, pour violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant.
5. Les faits pour lesquels M. A a été condamné ont été commis sur sa fille, née le 10 novembre 2009 d'une précédente relation. Toutefois, ils remontent au mois de janvier de l'année 2013, soit plus de 6 ans avant la décision attaquée. La condamnation de l'intéressé pour ces faits n'a consisté qu'au prononcé d'une amende de 1 000 euros avec sursis. Ces faits demeurent isolés. Une relation apaisée entre M. A et sa fille qui, par un jugement du tribunal pour enfants d'Angers du 25 octobre 2018, a été confiée à l'aide sociale à l'enfance au titre de l'assistance éducative, en raison de l'état de santé de sa mère, chez qui elle résidait, se reconstruisait depuis plusieurs années à la date de la décision attaquée. En particulier, le tribunal pour enfants d'Angers, par son jugement du 11 octobre 2019 prolongeant le placement au titre de l'assistance éducative, a élargi les droits de M. A puisqu'outre le droit de visite dont il bénéficiait en vertu du jugement du 25 octobre 2018, il s'est vu reconnaître un droit d'hébergement de cette enfant au minimum 2 fois par mois et pendant une partie des vacances scolaires. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de Maine-et-Loire, en se fondant sur les seuls faits ayant donné lieu à la condamnation pénale prononcée le 21 mai 2014 pour considérer que M. A, dont la carte de résident, qui expirait le 7 juillet 2017, a été renouvelée le lendemain, ne se conformait pas aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, que la décision du 4 novembre 2019 du préfet de Maine-et-Loire doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure () ". Selon l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction () prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". L'article L. 911-3 de ce code dispose : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte (). ".
8. Un jugement d'annulation, même pour un motif de fond, d'une décision rejetant une demande tendant à l'obtention d'une autorisation de regroupement familial, n'implique pas la délivrance directe du titre de séjour auquel cette autorisation donne droit. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer une carte de résident à l'épouse du requérant ne peuvent qu'être rejetées. Il appartient seulement à cette autorité de statuer de nouveau sur la demande de M. A, dont elle se retrouve saisie compte tenu de l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. M. A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. Il n'a pas demandé que soit versée à son avocat la somme correspondant aux frais exposés que cet avocat lui aurait réclamée s'il n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'application au bénéfice de M. A de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 4 novembre 2019 du préfet de Maine-et-Loire rejetant la demande tendant à la délivrance d'une autorisation de regroupement familial à M. A est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Nathalie Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTINLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
No 1914035
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026