jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1914121 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ARGON-POLETTE-NOURANI- APPAIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 décembre 2019 et 12 avril 2022, Mme B F épouse G, représentée par Me Appaix, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 septembre 2018, notifiée le 2 octobre suivant, par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée en droit ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure entachée de vice dès lors que l'entretien prévu par les dispositions de l'article 36 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 n'a pas été effectué préalablement à l'intervention de la décision litigieuse ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'un plan d'apurement de la dette locative a été mis en place par l'ordonnance du 29 mai 2015 du président du Tribunal d'instance de Dijon. Au jour de l'introduction de la présente requête, elle a réglé sa dette locative en respectant le plan d'apurement fixé par le juge puis le protocole amiable qui a pris le relais.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Suite à la demande du 10 octobre 2018 de Mme B F épouse G, l'aide juridictionnelle totale lui a été accordée par une décision du 21 octobre 2019 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F épouse G, de nationalité marocaine, a sollicité la nationalité française auprès du préfet de la Côte d'Or, lequel a, par décision du 29 mars 2018, pris une décision d'ajournement à deux ans au titre de l'article 44 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 modifié, en raison de l'existence d'une dette locative. Mme F épouse G a formé un recours administratif contre cette décision. En application des articles 45 et 48 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a, par décision du 13 septembre 2018, rejeté le recours hiérarchique de l'intéressée et maintenu la décision préfectorale pour le même motif. Par la présente requête, Mme F épouse G demande au Tribunal l'annulation de la décision du 13 septembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par un décret du 28 septembre 2016, publié le lendemain au journal officiel de la république française, Mme D a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au journal officiel de la république française du 2 septembre suivant, Mme D a accordé à Mme E, attachée principale d'administration de l'État, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer les décisions relevant de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions prises sur les recours hiérarchiques précontentieux. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée mentionne les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé. Elle précise que Mme F épouse G est redevable de la somme de 2134,30 euros envers son bailleur, la société Grand Dijon Habitat. Par suite, contrairement à ce que soutient Mme F épouse G, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la motivation rappelée au point précédent, que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de Mme F épouse G.
6. En quatrième lieu, l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 dispose : " Toute demande de naturalisation () fait l'objet d'une enquête à laquelle procède l'autorité auprès de laquelle elle a été déposée (). Cette enquête, qui porte sur la conduite et le loyalisme du postulant, est effectuée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents. Elle peut être complétée par une consultation des organismes consulaires et sociaux () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'enquête prévue par les dispositions précitées a été diligentée par les services de police, ainsi qu'en atteste en particulier le rapport d'enquête versé aux débats par le ministre de l'intérieur. Par suite, alors qu'aucune disposition ne prévoit la tenue d'un entretien préalable obligatoire, Mme F épouse G n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance des dispositions citées au point 6.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
9. Il est constant que Mme F épouse G était redevable au 24 janvier 2018 d'une dette auprès de son bailleur d'un montant de 2134,30 euros. Il ressort de pièces du dossier que, par une ordonnance de référé du 29 mai 2015, le président du tribunal d'instance de Dijon a condamné M. C G et Mme B G à payer à l'Office public de l'habitat de Dijon la somme de 4 417,12 euros au titre des loyers, charges et indemnités d'occupation mais a toutefois autorisé le preneur à s'acquitter de sa dette selon 23 mensualités de 50 euros chacune, le moratoire pouvant être prorogé au-delà d'un commun accord entre les parties. A l'issue de ce délai, la totalité de la dette n'ayant pas été entièrement apurée, un accord avec son bailleur pour échelonner le paiement de sa dette a été conclu. Dans ces conditions, et en dépit de l'apurement de la dette au moment de l'introduction de la présente requête, le ministre de l'intérieur, en se fondant sur les manquements durables à ses obligations locatives de la requérante, n'a pas entaché d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation la décision ajournant à deux ans sa demande de naturalisation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F épouse G n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, doit être rejetée.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme F épouse G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F épouse G, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Appaix.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
N. A
Le président,
L. MARTINLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026