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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000093

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000093

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000093
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2020, Mme B C, représentée par Me Paulhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours dirigé contre la décision du 2 mai 2019 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît le principe de présomption d'innocence ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles R. 40-29 et suivants du code pénal ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Vu les pièces du dossier

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Benveniste, substituant Me Paulhac, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme C, ressortissante de la République du Congo née le 19 mars 1978, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du

26 novembre 2019 par laquelle le préfet a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation à compter du 2 mai 2019, laquelle s'est substituée à sa décision implicite née le 5 novembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision attaquée vise notamment les articles 45 et 48 du décret visé ci-dessus du

30 décembre 1993 et mentionne que Mme C a fait l'objet d'une procédure pour violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime le 15 avril 2015. La décision attaquée mentionnant de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du

30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1,

L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article

L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; /

2° Les agents individuellement désignés et spécialement habilités des services spécialisés de renseignement mentionnés à l'article R. 234-2 du code de la sécurité intérieure ; / 3° Les agents du service à compétence nationale dénommé " service national des enquêtes administratives de sécurité ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la police nationale ; / 4° Les agents du service à compétence nationale dénommé " Commandement spécialisé pour la sécurité nucléaire ", individuellement désignés et spécialement habilités par le directeur général de la gendarmerie nationale ; / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été l'auteur de violence sans incapacité sur un mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, le 15 avril 2015. Si la requérante conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur s'est fondé sur un avis de classement à auteur qui lui a été communiqué par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Meaux,

6. La circonstance que l'administration a pris connaissance des faits reprochés à la requérante après la consultation du fichier de " traitement des antécédents judiciaires " est en tout état de cause sans incidence sur la décision dès lors que le ministre de l'intérieur s'est fondé sur ces mêmes faits révélés après saisine du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Meaux. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que l'agente de la

sous-préfecture de Torcy qui a effectué ce traitement, dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale et de l'article 17-1 de la loi

n° 95-73 du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité, était régulièrement habilité pour ce faire. Ainsi, le ministre de l'intérieur a pu se fonder sur ces renseignements défavorables sans méconnaître le principe de présomption d'innocence ni commettre d'erreur de droit. Eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de naturalisation de Mme C pour le motif mentionné ci-dessus.

7. En dernier lieu, les circonstances que Mme C remplirait les autres conditions pour se voir accorder la nationalité française sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard à son motif.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instances doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

P-E. A

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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