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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000134

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000134

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 janvier 2020, M. A B, représenté par Me Salquain demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé la décision du 11 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que l'erreur commise dans sa déclaration de revenus pour l'année 2017 n'était pas volontaire et a été aussitôt régularisée, la préfecture en ayant été informée, alors qu'il est parfaitement intégré professionnellement et socialement en France au terme d'une présence continue de onze années ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard au caractère mineur de l'erreur commise alors que son épouse et trois de leurs enfants ont la nationalité française, ce qui constitue une ingérence dans sa vie privée préjudiciable à la poursuite de son intégration personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juillet 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2021.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 avril 2022.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de la Loire-Atlantique, qui, par une décision du 11 juillet 2019, a ajourné sa demande pour une durée de deux ans. M. B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur, qui l'a implicitement rejeté. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

3. Le ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de M. B au motif que son comportement au regard de ses obligations fiscales a été sujet à critiques.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré, au titre de ses revenus de l'année 2017 ses trois enfants à charge, résidant chez leur mère, et a déduit simultanément une pension alimentaire concernant lesdits enfants. Si le requérant fait valoir qu'il s'est agi d'une erreur qu'il a rapidement corrigée ainsi qu'en atteste son courriel échangé avec les services fiscaux, daté du 11 février 2019, les mentions dudit courriel ne permettent pas d'identifier la démarche alléguée, seul le téléchargement effectué le 3 juin 2019 de l'avis de situation déclarative à l'impôt sur le revenu 2018 permettant d'attester de la rectification, alors que le dossier de demande de naturalisation avait été enregistré le 20 avril 2018 par les services de la préfecture. De plus, la rectification alléguée ne faisait pas obstacle à ce que le ministre prenne en compte l'existence de cette fausse déclaration, dans son appréciation de l'opportunité de faire droit à sa demande de naturalisation. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance qu'à la date tant de la décision du 11 juillet 2019 du préfet de la Loire-Atlantique que de la décision implicite du ministre de l'intérieur M. B était en règle avec l'administration fiscale, le ministre a pu, pour ce motif, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de l'intéressé, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En second lieu, si la nationalité que possède une personne est un élément constitutif de son identité, il n'en va pas de même de son sentiment d'appartenir à une communauté nationale l'amenant à présenter une demande de naturalisation. Eu égard à la nature des décisions ainsi prises pour la mise en œuvre de ce mode d'acquisition de la nationalité française qui ne constitue pas un droit pour le postulant, un refus opposé à une telle demande n'est pas susceptible d'affecter un élément constitutif de l'identité de la personne concernée et, à ce titre, de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. Une telle décision étant, en outre, dépourvue d'effet sur la présence sur le territoire français du demandeur comme sur ses liens avec les membres de sa famille, elle n'affecte pas davantage le droit au respect de sa vie familiale. M. B ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision contestée. Il ne peut davantage se prévaloir utilement de son intégration sociale et professionnelle en France et de ce que toute sa famille aurait la nationalité française, ces circonstances étant, eu égard au motif retenu, sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Salquain.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le rapporteur,

B. C

La présidente,

M. D

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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