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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000239

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000239

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2020 et le 23 février 2021 sous le n° 2000239, l'association Jacavie demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 4 juillet 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Estuaire et Sillon a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) partiel des communes de Cordemais, le Temple de Bretagne et Saint-Etienne-de-Montluc ;

2°) à titre subsidiaire d'annuler cette délibération en tant que le PLUi classe en zone 2AU le secteur des jardins des Boudinières à Saint-Etienne-de-Montluc et comporte une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sur ce secteur ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Estuaire et Sillon une somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'enquête publique s'est déroulée dans des conditions irrégulières ;

- le rapport de présentation est insuffisant, en l'absence d'analyse des incidences environnementales de l'ouverture à l'urbanisation du secteur des Boudinières ;

- l'évaluation environnementale est insuffisante en méconnaissance des articles L. 104-4, L. 104-5 et R. 151-3 du code de l'urbanisme ;

- les parti d'aménagement retenus par le rapport de présentation sont contradictoires entre eux ;

- l'OAP relative au secteur des Boudinières ne comprend pas l'ensemble des mentions prévues pour les autres orientations du PLUi, en méconnaissance des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme ;

- cette OAP est incohérente avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables et du rapport de présentation du PLUi qu'elle ne permettra pas d'atteindre ;

-le classement en zone 2AU du secteur des Boudinières et cette OAP sont incompatibles avec l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;

-ils méconnaissent l'article L. 621-30 du code du patrimoine, dès lors que le secteur est inclus dans un périmètre de protection d'un monument historique ;

-ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2020, la communauté de communes Estuaire et Sillon, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par l'association Jacavie ne sont pas fondés.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2020 et le 23 février 2021 sous le n° 2000243, M. D A demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 4 juillet 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Estuaire et Sillon a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) partiel des communes de Cordemais, le Temple de Bretagne et Saint-Etienne-de-Montluc ;

2°) à titre subsidiaire d'annuler cette délibération en tant que le PLUi classe en zone 2AU le secteur des jardins des Boudinières à Saint-Etienne-de-Montluc et comporte une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sur ce secteur ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Estuaire et Sillon une somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'enquête publique s'est déroulée dans des conditions irrégulières ;

- le rapport de présentation est insuffisant, en l'absence d'analyse des incidences environnementales de l'ouverture à l'urbanisation du secteur des Boudinières ;

- l'évaluation environnementale est insuffisante en méconnaissance des articles L. 104-4, L. 104-5 et R. 151-3 du code de l'urbanisme ;

- les partis d'aménagement retenus par le rapport de présentation sont contradictoires entre eux ;

- l'OAP relative au secteur des Boudinières ne comprend pas l'ensemble des mentions prévues pour les autres orientations du PLUi, en méconnaissance des articles L. 151-6 et L. 151-7 du code de l'urbanisme ;

- cette OAP est incohérente avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables et du rapport de présentation du PLUi qu'elle ne permettra pas d'atteindre ;

-le classement en zone 2AU du secteur des Boudinières et cette OAP sont incompatibles avec l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme ;

-ils méconnaissent l'article L. 621-30 du code du patrimoine, dès lors que le secteur est inclus dans un périmètre de protection d'un monument historique ;

-ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 octobre 2020 et le 26 mars 2021, la communauté de communes Estuaire et Sillon, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. A, représentant l'association Jacavie et en son nom propre ;

- et les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la communauté de communes Estuaire et Sillon.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 octobre 2015, la communauté de communes Cœur d'Estuaire, qui comprenait les communes de Saint-Etienne-de-Montluc, Cordemais et Le Temple-de-Bretagne, a prescrit l'élaboration d'un plan local d'urbanisme intercommunal couvrant l'intégralité du territoire communautaire. Une enquête publique s'est tenue du 18 mars au 19 avril 2019. Par une délibération du 4 juillet 2019, le conseil communautaire de la communauté de communes Estuaire et Sillon a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) partiel des communes de Saint-Etienne-de-Montluc, Cordemais et Le Temple de Bretagne. Ce plan classe en zone à urbaniser 2AU, " de développement à vocation d'habitat à long terme ", un secteur d'environ 2,5 ha de fonds de jardins, situés de part et d'autres du chemin des Boudinières, au centre est du bourg de Saint-Etienne-de-Montluc, secteur qui fait l'objet d'une orientation d'aménagement et de programmation. L'association Jacavie et M. A demandent l'annulation de cette délibération, et à titre subsidiaire son annulation en tant que le PLUi classe en zone 2AU le secteur des jardins des Boudinières à Saint-Etienne-de-Montluc et comporte une orientation d'aménagement et de programmation (OAP) sur ce secteur..

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2000239 et 2000243 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de l'enquête publique :

3. Aux termes de l'article L. 123-1 du code de l'environnement : " L'enquête publique a pour objet d'assurer l'information et la participation du public ainsi que la prise en compte des intérêts des tiers lors de l'élaboration des décisions susceptibles d'affecter l'environnement mentionnées à l'article L. 123-2. Les observations et propositions parvenues pendant le délai de l'enquête sont prises en considération par le maître d'ouvrage et par l'autorité compétente pour prendre la décision ". Aux termes de l'article R. 123-19 de ce code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. Il transmet simultanément une copie du rapport et des conclusions motivées au président du tribunal administratif ". Le commissaire enquêteur n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées, mais il doit indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de son avis.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a visé les observations émises par l'association et le public durant l'enquête publique concernant le secteur des Boudinières sur lesquelles il a, sans en avoir eu l'obligation, formulé une réponse suffisamment étayée faisant état de ce que le projet répond à la réalisation des objectifs du projet d'aménagement et de développement durables et de ce que " seule une modification du document d'urbanisme permettra d'ouvrir à l'urbanisation le site ", " dans le respect des principes édictés au sein de l'OAP, c'est-à-dire en tenant compte de la qualité du cadre urbain et paysagé du site ". En outre, le rapport d'enquête publique auquel a été annexée l'intégralité des feuillets de observations portées par l'association et par suite leurs signataires, ne présente pas de façon erronée la " mobilisation " relative au secteur des Boudinières. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le commissaire enquêteur a formulé un avis personnel et circonstancié sur le projet de PLUi à l'issue d'une analyse suffisamment approfondie des enjeux de ce plan, qui n'ouvre pas à court terme l'urbanisation du secteur des Boudinières. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'enquête publique se serait tenue dans des conditions irrégulières.

En ce qui concerne le rapport de présentation :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ". Aux termes de l'article R. 151-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : () / 3° Analyse l'état initial de l'environnement, expose la manière dont le plan prend en compte le souci de la préservation et de la mise en valeur de l'environnement ainsi que les effets et incidences attendus de sa mise en œuvre sur celui-ci. ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 104-2 du code de l'urbanisme alors applicable : " Font () l'objet de l'évaluation environnementale prévue à l'article L. 104-1 les documents suivants qui déterminent l'usage de petites zones au niveau local : 1° Les plans locaux d'urbanisme : / a) Qui sont susceptibles d'avoir des effets notables sur l'environnement, au sens de l'annexe II à la directive 2001/42/CE du Parlement européen et du Conseil du 27 juin 2001, compte tenu notamment de la superficie du territoire auquel ils s'appliquent, de la nature et de l'importance des travaux et aménagements qu'ils autorisent et de la sensibilité du milieu dans lequel ceux-ci doivent être réalisés ; / () ". Aux termes de l'article L. 104-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation des documents d'urbanisme mentionnés aux articles L. 104-1 et L. 104-2 : / 1° Décrit et évalue les incidences notables que peut avoir le document sur l'environnement ; / 2° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, dans la mesure du possible, compenser ces incidences négatives ; / 3° Expose les raisons pour lesquelles, notamment du point de vue de la protection de l'environnement, parmi les partis d'aménagement envisagés, le projet a été retenu. ".

S'agissant du diagnostic et des justifications du rapport de présentation :

7. Le rapport de présentation, qui est distinct tant du projet d'aménagement et de développement durables que du règlement et des orientations d'aménagement et de programmation, ne fixe pas de mesures réglementaires et, par suite, ne présente pas un caractère normatif. Le moyen tiré de ce que le contenu du rapport de présentation ne comporte pas des indications répondant aux prescriptions des articles L. 151-4 et R. 151-2 du code de l'urbanisme, moyen relatif à la légalité externe du plan local d'urbanisme, se rapporte à sa régularité mais non à l'appréciation de son bien-fondé.

8. Le rapport de présentation rappelle l'état existant et justifie, par la description des objectifs de densification du bourg, le nouveau zonage et les règles applicables au secteur des Boudinières. Il justifie ainsi de façon suffisamment précise et étayée les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables et les orientations d'aménagement et de programmation. Si les requérants font valoir que la cohérence entre l'orientation d'aménagement et de programmation relative au secteur des Boudinières avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables qui tiennent notamment à " se donner les moyens de mobiliser les gisements fonciers du tissu urbain via le réinvestissement urbain notamment sur les fonds de jardins du centre-bourg ", ne serait pas justifiée par le rapport de présentation, cet argument manque, toutefois, en fait. En tout état de cause, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que ce rapport de présentation, qui traduit s'agissant des jardins cultivés des partis d'aménagement différents selon leur localisation, exposerait des partis d'aménagement contradictoires. Il s'ensuit que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport de présentation méconnaît les dispositions citées aux points 5 et 6 ci-dessus.

S'agissant de l'évaluation environnementale :

9. Le rapport de présentation comporte une description suffisamment précise du diagnostic territorial du secteur des Boudinières, présenté comme un espace interstitiel au sein du tissu urbain du centre bourg de Saint-Etienne-de-Montluc et dont l'environnement ne fait alors l'objet d'aucune protection particulière. Si la description par le rapport de présentation au titre des dispositions précitées des articles L. 104-4 et L. 104-5 du code de l'urbanisme, des incidences négatives sur l'environnement des effets du plan sur le secteur des Boudinières est relativement succincte et peu détaillée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone 2AU de ce secteur et l'OAP correspondante qui prévoit au demeurant la préservation d'un cœur d'îlot, du chemin piétonnier bordé de murets, et des éléments patrimoniaux typiques qui s'y trouvent, auraient à elles-seules et par elles-mêmes des incidences notables sur l'environnement et en particulier sur la biodiversité, dès lors que l'ouverture à l'urbanisation de ce secteur n'est autorisée qu'à long terme, sous réserve d'une procédure de modification du PLUi en cause. Par suite, les mentions du rapport de présentation sont suffisantes et proportionnées quant aux effets de ce plan sur le secteur des Boudinières. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation et de l'évaluation environnementale du plan local d'urbanisme au regard des dispositions législatives et réglementaires précitées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la cohérence entre les différents documents du PLUi :

10. En application de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ". Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles ". Aux termes de l'article L. 151-7 de ce code : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ; () 3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, restructurer ou aménager ; 5° Prendre la forme de schémas d'aménagement et préciser les principales caractéristiques des voies et espaces publics ; () ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ".

11. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables retient, au titre de l'objectif de " permettre un développement de chaque polarité en fonction de leurs composantes intrinsèques ", de " se donner les moyens de mobiliser les gisements fonciers du tissu urbain via le réinvestissement urbain notamment sur les fonds de jardins du ccentre-bourg ", ainsi qu'afin de " préserver le cadre de vie du territoire ", " d'ancrer la trame naturelle en ville au sein des projets d'aménagement ", notamment par une mise en valeur des parcs et jardins via les circulations douces et " l'identification et le recensement des éléments de nature existant pour tisser une trame de nature en ville ". Ainsi, le classement en zone 2AU du secteur des Boudinières, et l'OAP relative à ce secteur, qui prévoit la préservation d'un îlot de jardins au nord-ouest, ainsi que le chemin piétonnier bordé de murets et ses éléments patrimoniaux, et identifie au sud-est des arbres et haies à protéger, répondent à l'objectif des auteurs du PLUi de densification de l'enveloppe urbaine du bourg de Saint-Etienne-de-Montluc dans le respect d'espaces verts à protéger. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les règles applicables au secteur des Boudinières ne seraient pas cohérentes avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, ni en tout état de cause avec les mentions du rapport de présentation.

En ce qui concerne la cohérence avec l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : 1° L'équilibre entre : a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; b) Le renouvellement urbain, le développement urbain et rural maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel () ". Le juge administratif exerce un contrôle de compatibilité entre les règles fixées par les documents d'urbanisme et les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

14. Il ressort des pièces du dossier qu'en prévoyant l'urbanisation à long terme du secteur des Boudinières, tout en préservant un espace vert au centre ainsi que les éléments patrimoniaux caractéristiques du bourg de Saint-Etienne-de-Montluc, le PLUi contesté n'est pas incompatible avec les dispositions précitées de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dont les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de la méconnaissance.

En ce qui concerne les autres moyens :

15. En premier lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.

16. Il ressort des pièces du dossier que compte tenu de la forte croissance démographique de la commune de Saint-Etienne-de-Montluc, les auteurs du PLUi ont retenu dans le projet d'aménagement et de développement durables un objectif de création de 120 logements par an sur la période du PLUi. Afin de limiter le mitage de l'espace agricole et naturel, ils ont identifié " les espaces interstitiels au sein du tissé urbanisé " des bourgs, catégorie à laquelle répond le secteur des Boudinières, d'environ 2,5 ha, situé au centre du bourg de Saint-Etienne-de-Montluc, sur lequel la construction de 100 à 120 logements est envisagée à long terme. Il ressort des documents du PLUi que l'OAP en cause, qui vise un habitat diversifié notamment des logements pour seniors, prévoit la conservation d'un " cœur d'îlot, constitué de jardins " au nord-ouest, comme d'un espace vert constitué de haies et d'arbres au sud-est, ainsi que le maintien en l'état du chemin piétonnier bordé de murets et la conservation de ses éléments patrimoniaux caractéristiques de l'identité du bourg de Saint-Etienne-de-Montluc, qui devront faire l'objet d'une identification et d'un recensement. Dans ces conditions, le classement en zone 2AU de ce secteur et l'OAP y afférente ne sont pas entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles ". Aux termes de l'article L. 151-7 de ce code dans sa version alors applicable : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : / 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine, lutter contre l'insalubrité, permettre le renouvellement urbain, favoriser la densification et assurer le développement de la commune ;/ () /3° Comporter un échéancier prévisionnel de l'ouverture à l'urbanisation des zones à urbaniser et de la réalisation des équipements correspondants ; / () ".

18. Si les requérants font valoir que l'orientation d'aménagement et de programmation relative au secteur des Boudinières, classé en zone 2AU, ne comporte pas, contrairement à d'autres OAP, d'échéancier prévisionnel de son ouverture à l'urbanisation ou de densité minimale à respecter, les auteurs du PLUi n'étaient pas tenus de fixer un tel échéancier ou de prescrire une telle densité. Compte tenu de ce qui précède, dès lors que le classement en zone 2AU du secteur des Boudinières n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la configuration des lieux et aux partis d'urbanisme retenus par les auteurs du plan local d'urbanisme, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité entre les différents propriétaires de ce secteur ne peut être qu'écarté.

19. Si les requérants se prévalent de la proximité d'un monument historique et de l'existence, à la supposer avérée d'un périmètre de protection au titre de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, ces circonstances sont toutefois sans incidence sur la légalité des dispositions du PLUi contesté relatives au secteur des Boudinières.

20. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération attaquée.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge à ce titre de la communauté de communes Estuaire et Sillon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des requérants une somme à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de l'association Jacavie et de M. A sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Estuaire et Sillon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Jacavie, à M. D A et à la communauté de communes Estuaire et Sillon.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

S. C

Le président,

A. B DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

N°s 2000239 et 2000243

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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