mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000261 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | UZAN-KAUFFMANN |
Vu la procédure suivante :
Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pensions militaires d'invalidité de Poitiers a transmis au tribunal administratif de Poitiers le dossier de l'instance introduite par Mme B A par requête du 30 juillet 2018.
Par une ordonnance du 6 janvier 2020, le président du tribunal administratif de Poitiers a transmis au tribunal administratif de Nantes la requête présentée par Mme A.
Par une requête enregistrée le 30 juillet 2018 au greffe du tribunal des pensions militaires d'invalidité de Poitiers, suivie de deux mémoires en date des 23 janvier 2019 et 3 octobre 2019, ainsi que des mémoires, enregistrés les 23 novembre 2021, 22 août 2022 et 27 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Uzan-Kauffmann, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2018 par laquelle le ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité ;
2°) de dire que l'infirmité nouvelle ouvre droit à pension au taux de 10 % ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale afin de déterminer l'origine de ses troubles et les taux d'invalidité en découlant ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les troubles de la mémoire et de la concentration dont elle souffre sont la conséquence directe de l'accident de la circulation dont elle a été victime le 8 novembre 2003, et qui a été reconnu imputable au service.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 décembre 2018, 24 août 2019, 9 novembre 2021, 19 juillet 2022, 6 septembre 2022 et le 12 octobre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public,
- et les observations de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, née le 17 août 1981, a souscrit un contrat d'engagement au sein de l'armée de terre le 5 décembre 2000. Après renouvellements successifs de son contrat, elle a été promue caporal-chef de 1ère classe le 6 décembre 2011, puis radiée des cadres le 5 juin 2020. Le 8 novembre 2003, elle a été victime d'un accident de la circulation, ayant entraîné une perte de connaissance initiale avec un traumatisme crânio-facial, thoraco-pulmonaire et du membre supérieur droit. Cet accident a été reconnu imputable au service, et par arrêté du 23 juillet 2007, Mme A s'est vue concéder une pension militaire d'invalidité définitive au taux de 30 % à compter du 23 mai 2007 pour baisse d'acuité visuelle de l'œil droit avec correction 8/10ème, mal occlusion de la paupière supérieure droite, défiguration avec cicatrices inesthétiques toujours visibles - persistance d'une hypoesthésie sur tout le front. Par une demande enregistrée le 17 septembre 2015, Mme A a sollicité la révision de sa pension pour prise en considération d'une infirmité nouvelle, à savoir des " troubles de la mémoire et de la concentration ". Par décision du 12 avril 2018, le ministre des armées a rejeté sa demande. Par sa requête, Mme A sollicite l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; / 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ". En vertu de l'article L. 121-2 de ce code dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes mentionnées à l'article L. 121-1 ne peut être apportée, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : / 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée : / a) Soit avant la date du renvoi du militaire dans ses foyers ; / b) Soit, s'il a participé à une des opérations extérieures mentionnées à l'article L. 4123-4 du code de la défense, avant la date de son retour sur son lieu d'affectation habituelle () / Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. "
3. Il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans leur rédaction applicable au litige, que si le demandeur d'une pension ne peut, comme en l'espèce, prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service, il doit rapporter la preuve de l'existence d'un fait précis ou de circonstances particulières de service à l'origine de l'affection qu'il invoque. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A, alors qu'elle circulait sur l'autoroute, a été victime, le 8 novembre 2003, d'un grave accident de la circulation qui lui a occasionné, ainsi que cela ressort du certificat médical du 8 décembre 2003, une perte de connaissance avec un traumatisme cranio-facial, un traumatisme thoraco-pulmonaire ainsi que du membre supérieur droit. Suite à cet accident, reconnu imputable au service, Mme A a subi, entre 2003 et octobre 2015, vingt-une interventions chirurgicales consistant notamment en des interventions au niveau du visage. Il ressort en outre des différents éléments médicaux produits au dossier qu'elle souffre de troubles de l'attention et de la mémoire. Pour écarter l'imputabilité des troubles de la mémoire et de la concentration à l'accident du 8 novembre 2003, le ministre des armées se fonde notamment sur la sur-expertise réalisée le 30 novembre 2017 par un médecin neurologue, qui relève que les troubles de la mémoire et de la concentration dont se plaint Mme A n'existaient pas entre 2003 et 2013 et sont apparus après trois ans d'exercice en Guadeloupe et qui conclut à l'absence d'atteinte des régions hippocampiques, responsable des troubles de mémoires, estimant qu'il n'y a pas eu de traumatisme crânien avec lésion cérébrale. Il ajoute que Mme A ne souffre pas de véritables troubles cognitifs, mais de troubles attentionnels à mettre en lien avec un état dépressif. En outre, dans un avis du 26 juillet 2019, le médecin conseiller technique auprès de l'administration centrale estime qu'il ne peut être retenu l'existence d'un syndrome post-commotionnel chez Mme A dans la mesure où les premiers symptômes, à savoir céphalées, fatigue, irritabilité, insomnie, difficulté de concentration et de mémorisation, intolérance au stress, sont apparus plus de trois mois après l'accident. Toutefois, il ressort des éléments médicaux produits par la requérante, et notamment d'un certificat médical établi le 4 juin 2004 par un médecin des armées, d'une expertise réalisée en décembre 2004, d'un certificat médical établi par le médecin chef du 3ème régiment de parachutistes d'infanterie de marine (RPIMA), que des troubles de l'humeur, de l'affectivités et des troubles de mémoires ont été rapportés dans les mois qui suivent l'accident. De plus, l'expert mandaté par l'assureur de Mme A, conclut dans un rapport du 28 mai 2009 qu'elle conserve, directement en lien avec l'accident, un syndrome post-commotionnel des traumatisés crâniens. Ces éléments médicaux viennent ainsi contester de manière sérieuse les éléments retenus tant par l'expert neurologue quant à la date d'apparition des troubles de la concentration et de la mémoire, que par le médecin conseiller technique auprès de l'administration centrale qui exclut l'existence d'un syndrome post-commotionnel. En outre, l'expert psychiatre mandaté par le ministre des armées conclut, dans un rapport du 27 juillet 2016, à la présence de troubles de l'attention et de la mémoire qu'il évalue à 10 % et qu'il estime imputables au service. Enfin, si l'expert neurologue évoque la possibilité que les troubles de la concentration et de la mémoire puissent être en lien avec un état dépressif, l'expert psychiatre mandaté par le ministre des armées relève qu'il n'existe pas d'élément dépressif ou d'élément en faveur d'un stress post-traumatique, bien qu'un résumé d'observation clinique en date du 9 octobre 2018 établi par un médecin spécialiste des hôpitaux des armées ait relevé que Mme A a présenté, en fin d'année 2015, un syndrome dépressif franc. Au vu tant de la contestation sérieuse des conclusions de l'expert neurologue que de ces éléments divergents, le tribunal n'est pas en mesure d'apprécier l'imputabilité au service des troubles de la mémoire et de la concentration présentés par Mme A.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une expertise médicale permettant de déterminer l'imputabilité au service des troubles de la mémoire et de concentration présentés par la requérante et le taux d'invalidité en résultant.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme A, procédé par un médecin expert spécialisé en neurologie, désigné par le président du tribunal administratif, assisté de tout sapiteur qu'il jugera utile, à une expertise avec mission pour l'expert :
1°) de convoquer les parties ;
2°) de prendre connaissance du dossier médical de A et de toute pièce qui lui paraîtra utile pour sa mission ;
3°) d'examiner Mme A et de décrire son état de santé en rappelant le cas échéant son état antérieur ;
4°) d'évaluer l'imputabilité, totale ou partielle, à l'accident du 8 novembre 2003 des troubles de la mémoire et de la concentration présentés par Mme A ;
5°) d'évaluer le taux d'invalidité afférent à ces troubles à la date du 17 septembre 2015 ;
6°) de fournir au tribunal tous éléments utiles à la solution du litige.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision de désignation.
Article 3 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 4 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
C. C
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026