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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000271

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000271

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2020, M. G A E et Mme B I D, agissant également en qualité de représentants légaux du jeune J G A, représentés par Me Hamid Kaddouri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2019 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de M. A E tendant à la délivrance d'une autorisation de regroupement familial afin d'être rejoint en France par Mme I D, son épouse, et le jeune J G A, leur enfant ;

2°) d'annuler la décision du 23 décembre 2019 rejetant le recours gracieux formé contre la décision préfectorale du 10 octobre 2019

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer l'autorisation de regroupement familial sollicitée, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à défaut, d'enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de deux mois, sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kaddouri de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait et méconnait l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus attaqué procède d'un défaut d'examen de ses conséquences au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été opposé en méconnaissance de ces stipulations ; il est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur leur situation ;

- le refus attaqué procède d'un défaut d'examen au regard du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait ces stipulations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2020, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A E et Mme I D.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A E a été déclarée caduque par une décision du 25 mars 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. H a été entendu au cours de l'audience publique du 9 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. G A E est un ressortissant soudanais qui séjourne en France au moyen d'une carte de résident qui lui a été délivrée en qualité de réfugié le 8 avril 2013 et qui est valable jusqu'au 7 avril 2023. Il a sollicité, le 6 février 2019, le bénéfice du regroupement familial pour Mme B I D, ressortissante soudanaise qu'il a épousée en Egypte le 16 septembre 2017 et leur fils, le jeune J G A né le 22 janvier 2018 au Soudan. Le 10 octobre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande. Le 23 décembre 2019, cette autorité a rejeté le recours formé contre cette décision. M. A E et Mme I D, agissant également au nom de leur enfant, demandent l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () ".

3. Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Si l'autorité préfectorale peut légalement rejeter une demande de regroupement familial sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut, toutefois, prendre une telle décision qu'après avoir vérifié que, ce faisant, elle ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés, protégé, dans une certaine mesure, par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte des termes de la décision contestée que, pour refuser à M. A E le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse et de leur enfant, le préfet de Maine-et-Loire s'est exclusivement fondé sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé pour subvenir aux besoins de sa famille. Si le préfet de Maine-et-Loire pouvait légalement fonder cette décision sur ce motif, il n'était toutefois pas tenu de rejeter la demande car il lui appartenait de procéder à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment des incidences de son refus sur la situation de M. A E, de son épouse et de leur enfant au regard du droit au respect de la vie privée et familiale protégé, dans une certaine mesure, par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet de Maine-et-Loire a seulement apprécié la demande de l'intéressé au regard des dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article R. 411-4 de ce code relatif à l'appréciation du niveau des ressources. L'autorité préfectorale ne peut ainsi être regardée comme ayant vérifié si le rejet, pour le motif précité, de la demande de M. A E, portait une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale et ne méconnaissait pas ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer explicitement sur les autres moyens de la requête, que les décisions des 10 octobre et 23 décembre 2019 du préfet de Maine-et-Loire doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction () prescrit, par la même décision, cette mesure () ". Selon l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction () prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". L'article L. 911-3 de ce code dispose : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte (). ".

9. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, n'implique pas qu'il soit procédé à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial sollicitée par M. A E. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer cette autorisation ne peuvent qu'être rejetées. Il appartient seulement à cette autorité, qui se retrouve saisie de la demande de l'intéressé, compte tenu de l'annulation des décisions attaquées, de statuer de nouveau sur cette demande. En application des dispositions précitées de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, il y a lieu de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement le délai à l'issue duquel cette nouvelle décision devra intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

10. La demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A E au titre de cette instance a été déclarée caduque par une décision du 25 mars 2021 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes. M. A E n'étant pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle pour cette instance, les conclusions tendant au versement d'une somme à son avocat sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent être rejetées. La requête ne contient pas de conclusions tendant à ce qu'une somme soit versée aux requérants sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 10 octobre 2019 du préfet de Maine-et-Loire rejetant la demande tendant à la délivrance d'une autorisation de regroupement familial à M. A E et la décision du 23 décembre 2019 rejetant le recours gracieux formé contre cette décision du 10 octobre 2019 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de statuer de nouveau sur la demande de regroupement familial présentée par M. A E et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par M. A E et Mme I D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G A E et Mme B I D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le rapporteur,

D. H

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2000271

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