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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000274

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000274

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGRANDHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier et 14 octobre 2020, Mme B C née A D, représentée par Me Grandhaye demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 24 juin 2019 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a ajourné sa demande et a maintenu un ajournement de sa demande de naturalisation à deux ans à compter du 24 juin 2019, ensemble la décision du 24 juin 2019 du préfet de Meurthe-et-Moselle ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui accorder la nationalité française ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision du préfet a été signée par une autorité compétente ;

- la décision du préfet est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne donne aucune indication quant au seuil des ressources permettant d'apprécier l'insertion professionnelle ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle a obtenu un doctorat de sociologie en France mais qu'elle a besoin de la nationalité française pour enseigner et que, dans l'attente, elle est salariée, désormais à temps plein, et que depuis sa demande, elle n'a jamais cessé de travailler et met tout en œuvre pour ne pas dépendre des prestations sociales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés et à titre subsidiaire qu'une injonction tendant à la reconnaissance de la nationalité française excède les compétences du juge administratif.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 avril 2022.

Des pièces présentées par Mme C ont été enregistrées le 27 septembre et le 3 octobre 2022, après la clôture de l'instruction.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 septembre 2019.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante libyenne, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de Meurthe-et-Moselle, qui, par une décision du 24 juin 2019, a ajourné sa demande pour une durée de deux ans. Mme C a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur, qui l'a rejeté et a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation par une décision du 3 décembre 2019. Mme C demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 24 juin 2019 :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision du 3 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur, saisi d'un recours hiérarchique contre la décision du préfet de Meurthe-et-Moselle du 24 juin 2019, a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme C, s'est substituée à cette décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale doivent être rejetées comme irrecevables, et que les moyens dirigés contre cette décision, tirés de l'incompétence de son auteur et de son insuffisante motivation, sont inopérants et doivent être écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 3 décembre 2019 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée mentionne les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé et évoque l'insertion professionnelle de la postulante non pleinement réalisée. Elle indique ainsi, de façon suffisamment précise, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que, quand bien même elle ne mentionne pas de barème précis d'appréciation des ressources, laquelle donnée n'est pas exclusive pour l'appréciation de l'insertion professionnelle, elle apparaît suffisamment motivée.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

6. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.

7. Le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de Mme C au motif qu'elle n'avait pas pleinement réalisé son insertion professionnelle à la date de sa décision.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C exerce les fonctions d'ouvrière polyvalente en couture dans le cadre de plusieurs contrats de travail à durée déterminée et à temps partiel lesquels, bien que renouvelés quatre fois à la date de la décision attaquée, revêtaient encore un caractère précaire. En outre, elle ne conteste pas avoir perçu 8 677 euros de revenus au titre de l'année 2018 et 1 328 euros au titre de l'année 2017 et aucun revenu en 2016 et 2015. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficie de prestations sociales de manière régulière et que sa formation " d'animatrice périscolaire a conduit à son indemnisation par Pôle emploi à raison de 750 euros par mois d'octobre 2019 à janvier 2020. Dans ces conditions, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de Mme C, quand bien même celle-ci a obtenu un doctorat en sociologie en France et souhaite à l'avenir pouvoir enseigner.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C née A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Grandhaye.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le rapporteur,

B. E

La présidente,

M. F

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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