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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000281

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000281

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 janvier 2020 et le 2 mars 2022, les associations France Nature Environnement Pays-de-la-Loire, Bretagne Vivante- SEPNB, La ligue pour la protection des oiseaux, délégation Loire-Atlantique, Eau et Rivières de Bretagne et Le collectif sans pesticides demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2019 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a délivré à la SCEA de Saint-Yves une autorisation d'exploiter une installation classée d'élevage de porcs d'une capacité de 6 811 animaux équivalents ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'étude d'impact est insuffisante et erronée en méconnaissance de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, s'agissant des incidences du projet sur la qualité de l'eau, de l'état des terrains du plan d'épandage, des capacités exportatrices des cultures, des transports, des émissions d'ammoniac et des nuisances sonores et olfactives ;

- l'autorisation délivrée est incompatible avec le schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Vilaine ;

- elle entraîne une détérioration de l'état des masses d'eau en méconnaissance de l'article R. 212-13 du code de l'environnement ;

- elle a été délivrée en l'absence d'avis de l'Autorité environnementale, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les associations requérantes ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 11 février 2021 et le 3 janvier 2023, la SCEA de Saint-Yves, représentée par Me Barbier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 27 décembre 2013 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'autorisation au titre des rubriques n°s 2101, 2102, 2111 et 3660 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. C, représentant les associations requérantes,

- les observations de Me Boisset, substituant Me Barbier, avocat de la SCEA de Saint-Yves.

Une note en délibéré, enregistrée le 25 janvier 2023, a été présentée par la SCEA de Saint-Yves.

Une note en délibéré, enregistrée le 3 février 2023, a été présentée par le préfet de la Loire-Atlantique.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole (SCEA) de Saint-Yves exploite à Guémené-Penfao un élevage porcin de 4 486 animaux-équivalents. Le 21 décembre 2017, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique l'autorisation de porter la capacité de cette exploitation à 6 811 animaux-équivalents. Par l'arrêté du 9 septembre 2019 dont les associations requérantes demandent l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a, au titre des polices spéciales des installations classées pour la protection de l'environnement ainsi que de l'eau et des milieux aquatiques, délivré l'autorisation ainsi sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017 applicable aux autorisations délivrées à compter du 1er mars 2017 : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. ".

3. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de la délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond relatives à la protection de l'environnement régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce.

4. Aux termes de l'article R. 122-4 du code de l'environnement : " () / Dans sa demande, le maître d'ouvrage fournit au minimum les éléments dont il dispose sur les caractéristiques spécifiques du projet et, dans la zone qui est susceptible d'être affectée : / - les principaux enjeux environnementaux ; / - ses principaux impacts. / L'autorité compétente consulte sans délai les autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 et, pour ce qui concerne les aspects liés à la santé humaine, le ministre chargé de la santé pour les projets susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement et la santé humaine au-delà du territoire d'une seule région et le directeur général de l'agence régionale de santé pour les autres projets. Outre la ou les communes d'implantation du projet, l'autorité compétente peut également consulter les collectivités territoriales et leurs groupements qu'elle estime intéressés au regard des incidences environnementales notables du projet sur leur territoire. / Dans son avis, l'autorité compétente précise les éléments permettant au maître d'ouvrage d'ajuster le contenu de l'étude d'impact à la sensibilité des milieux et aux impacts potentiels du projet sur l'environnement ou la santé humaine, notamment le degré de précision des différentes thématiques abordées dans l'étude d'impact. Cet avis comporte tout autre renseignement ou élément qu'elle juge utile de porter à la connaissance du maître d'ouvrage, notamment sur les zonages applicables au projet, et peut également préciser le périmètre approprié pour l'étude de chacun des impacts du projet./ Elle indique notamment la nécessité d'étudier, le cas échéant, les incidences notables du projet sur l'environnement d'un autre Etat, membre de l'Union européenne ou partie à la convention du 25 février 1991 sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans un contexte transfrontière ". Aux termes de l'article R. 122-5 du même code: " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : / () / 2° Une description du projet, y compris en particulier : / () / - une description des caractéristiques physiques de l'ensemble du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition nécessaires, et des exigences en matière d'utilisation des terres lors des phases de construction et de fonctionnement ; / () / - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement. / () / 3° Une description des aspects pertinents de l'état initial de l'environnement, et de leur évolution en cas de mise en œuvre du projet ainsi qu'un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet, dans la mesure où les changements naturels par rapport à l'état initial de l'environnement peuvent être évalués moyennant un effort raisonnable sur la base des informations environnementales et des connaissances scientifiques disponibles ; / () / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / a) De la construction et de l'existence du projet, y compris, le cas échéant, des travaux de démolition ; / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; /d) Des risques pour la santé humaine, pour le patrimoine culturel ou pour l'environnement ; / () / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité () ".

5. L'article R.122-5 du code de l'environnement définit le contenu de l'étude d'impact, qui est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, ouvrages et aménagements projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. Cette étude a pour objet, d'abord de donner la possibilité à la population de faire connaître utilement ses observations sur le projet à l'occasion de l'enquête publique, ensuite de mettre l'autorité administrative à même de porter une juste appréciation sur les effets de l'installation envisagée sur l'environnement ainsi que sur l'adéquation des mesures prévues par l'exploitant pour les supprimer, les limiter ou les compenser. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude lorsqu'elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

6. Les associations requérantes font valoir que l'évaluation environnementale produite par la SCEA de Saint-Yves rend insuffisamment compte de l'impact du projet sur la qualité de l'eau, s'agissant en particulier des risques de pollution par les nitrates. Il ressort des pièces du dossier que, compte tenu des caractéristiques du projet, la description de l'incidence du projet sur la qualité des eaux du bassin versant du Don, que l'étude d'impact se borne à qualifier de " notable ", sans s'employer à décrire ou mesurer davantage cette incidence spécifique, est succincte et lacunaire, alors que le projet conduit pourtant à une augmentation de la quantité totale d'azote produite, que le syndicat du bassin versant du Don décrit un état initial au moins médiocre de la qualité des eaux de ce bassin au regard du paramètre " nitrates ", eu égard aux études effectuées en 2016 et en 2017 par le département de la Loire-Atlantique, et qu'une partie du territoire concerné accueille un captage d'eau potable. La simple indication dans l'évaluation environnementale de difficultés méthodologiques, alors que le risque lié aux pertes et fuites d'azote y est analysé de façon très générale, et des éléments techniques prévus pour maîtriser le risque de fuite d'azote dans le milieu naturel, comme la description des mesures du plan d'épandage et la présentation d'un bilan de fertilisation excédentaire établi sur la base de rendements de cultures dont l'estimation n'est pas justifiée, ne décrivent ni par suite ne permettent d'apprécier concrètement les incidences réelles du projet sur la qualité des eaux du bassin versant du Don. Compte tenu de l'insuffisance de l'étude d'impact à décrire, de manière précise et mesurable, quand bien même ne serait-elle pas chiffrable, l'incidence du projet autorisé sur la qualité des eaux, en particulier sur les eaux superficielles de ce bassin versant, le caractère proportionné de cette étude ne peut être valablement apprécié. En outre, l'étude d'impact ne comporte pas un aperçu de l'évolution probable de l'environnement en l'absence de mise en œuvre du projet. Si la SCEA de Saint-Yves fait valoir que le plan d'épandage prévu rend nul l'impact du projet sur la qualité de l'eau, la circonstance ainsi alléguée, dont d'ailleurs l'étude d'impact ne fait pas mention, n'est, en tout état de cause, pas de nature à justifier la méconnaissance des exigences résultant du 5° du II de l'article R. 122-5 du code de l'environnement.

7. De ce fait, alors qu'il incombe au demandeur d'une autorisation délivrée au titre des polices de l'eau et des milieux aquatiques ainsi que des installations classées pour la protection de l'environnement de justifier de manière précise de l'incidence de l'exploitation sur les divers intérêts protégés par l'article L. 511-1 du code de l'environnement, il ressort de la lecture de l'étude d'impact produite que les incidences potentielles du projet quant à la pollution des eaux du bassin versant du Don par les nitrates ne sont pas suffisamment décrites, ce qui ne permet pas de vérifier l'exactitude des affirmations selon lesquelles le projet n'aurait pas d'effet ou des incidences faibles sur la qualité de l'eau.

8. Aussi, compte tenu de la nature et de l'importance du projet, comme de sa localisation dans le bassin versant du Don, dont il ressort des pièces du dossier que la qualité des eaux au regard du paramètre nitrates est médiocre, les omissions affectant l'étude d'impact ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population. Elles ont également été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative dans son appréciation de l'incidence du projet sur cette qualité. Il en résulte que les requérantes sont fondées à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

9. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 9 septembre 2019 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a autorisé le projet d'extension de la SCEA de Saint-Yves doit être annulé.

Sur les conséquences de l'annulation de l'arrêté attaqué :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement : " I.- () lorsque des installations ou ouvrages sont exploités () sans avoir fait l'objet de l'autorisation () requise en application du présent code, (), l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. / Elle peut, par le même acte ou par un acte distinct, suspendre le fonctionnement des installations ou ouvrages () jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la déclaration ou sur la demande d'autorisation () à moins que des motifs d'intérêt général et en particulier la préservation des intérêts protégés par le présent code ne s'y opposent. / L'autorité administrative peut, en toute hypothèse, édicter des mesures conservatoires aux frais de la personne mise en demeure. / () ".

11. Eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, et au regard de l'état de la qualité des eaux du bassin versant du Don à la date du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre, sur le fondement des dispositions précitées, au préfet de la Loire-Atlantique de mettre en œuvre, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 171-7 du code de l'environnement de prescrire des mesures tendant à la régularisation et, le cas échéant, à la suspension de l'installation autorisée par l'arrêté attaqué annulé, au besoin en édictant des mesures conservatoires.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés par les associations requérantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la SCEA de Saint-Yves au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 9 septembre 2019 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient de l'article L. 171-7 du code de l'environnement dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme globale de 1 000 euros aux associations France Nature Environnement Pays-de-Loire, Bretagne Vivante- SEPNB, La ligue pour la protection des oiseaux, délégation Loire-Atlantique, Eau et Rivières de Bretagne et Le collectif sans pesticides au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la SCEA de Saint-Yves au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association France Nature Environnement Pays-de-Loire, représentant unique des associations requérantes, au préfet de la Loire-Atlantique et à la SCEA de Saint-Yves.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

A. A DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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