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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000402

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000402

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2020, Mme A B, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire du 22 novembre 2019 lui refusant la délivrance d'une carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer ce titre de séjour dans un délai de quinze jours, à défaut, de prescrire à cette même autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Kaddouri en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle a été opposée en méconnaissance des articles L. 314-8 et R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 314-2 du même code ;

- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2020, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme B.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

L'aide juridictionnelle partielle au taux de 55% a été accordée à Mme B par une décision du 23 décembre 2020 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2013-1190 du 19 décembre 2013 ;

- le décret n° 2014-1569 du 22 décembre 2014 ;

- le décret n° 2015-1688 du 17 décembre 2015 ;

- le décret n° 2016-1818 du 22 décembre 2016 ;

- le décret n° 2017-1719 du 20 décembre 2017 ;

- le décret n° 2018-1173 du 19 décembre 2018 ;

- l'arrêté du 21 février 2018 fixant la liste des diplômes et certifications attestant le niveau de maîtrise du français requis, pour l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention "résident de longue durée - UE";

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 2 mars 2023 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est une ressortissante de nationalité surinamienne qui est née le 3 décembre 1980. Elle séjourne régulièrement en France depuis plusieurs années. Le 6 novembre 2019, veille de l'expiration de la durée de validité de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale", elle a saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". Cette demande a été rejetée par une décision du 22 novembre 2019, mais le préfet de Maine-et-Loire a décidé de délivrer à l'intéressée une nouvelle carte de séjour pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale" pour une durée de deux ans. L'intéressée demande au tribunal l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'une carte de résident.

2. Aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : () 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. () ".

3. En vertu de l'article L. 314-10 de ce code alors en vigueur, la décision d'accorder à une personne de nationalité étrangère la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" mentionnée à l'article L. 314-8 du code est subordonnée au respect des conditions prévues à l'article L. 314-2. L'intégration républicaine de la personne de nationalité étrangère dans la société française figure au nombre de ces conditions. L'article L. 314-2 du même code dispose que l'intégration républicaine est " appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat ".

4. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'une carte de résident doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. Mme B se borne à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors que "les éléments de fait en sont totalement absents". Or, le courrier formalisant la décision attaquée expose que les ressources de l'intéressée sont insuffisantes et que l'attestation de son test de connaissance du français pour l'accès à la nationalité française, expirée le 27 novembre 2015, n'est pas éligible pour l'obtention de la carte de résident dès lors que l'intéressée n'a pas passé les épreuves d'expression écrite. La décision attaquée comporte ainsi des éléments de faits de sorte que le moyen, tel qu'il est soulevé, de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, selon les dispositions figurant alors à l'article R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de résident portant la mention "carte de résident longue durée-UE" doit justifier qu'il remplit les conditions prévues aux articles L. 314-8 () en présentant () les pièces suivantes : () 2° La justification qu'il dispose de ressources propres, stables et régulières, suffisant à son entretien, indépendamment des prestations et des allocations mentionnées au 2° de l'article L. 314-8, appréciées sur la période des cinq années précédant sa demande, par référence au montant du salaire minimum de croissance ; () ".

7. Mme B a déposé son dossier de demande de carte de résident au cours du mois de novembre de l'année 2019. Dès lors, la période de référence pour apprécier le caractère suffisant du niveau de ses ressources s'étend, en application des dispositions précitées de l'article R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du mois de novembre de l'année 2014 au mois d'octobre de l'année 2019 inclus. En application des décrets visés ci-dessus, le montant mensuel brut du salaire minimum de croissance (SMIC) s'élevait à 1 445,38 euros pour l'année 2014, à 1 457,50 euros pour l'année 2015, à 1 466,62 euros pour l'année 2016, à 1 480,27 euros pour l'année 2017, à 1 498,47 euros pour l'année 2018 et à 1 521,22 euros pour l'année 2019. Or, il ressort des indications précises fournies par le préfet de Maine-et-Loire en défense, qui ne sont pas contestées par la requérante, que le montant annuel de ses ressources, déclarées à l'impôt sur le revenu, s'établit à 7 106 euros pour l'année 2014, à 10 799 euros pour l'année 2015, à 11 943 euros pour l'année 2016, à 10 906 euros pour l'année 2017 et à 9 580 euros pour l'année 2018, soit une moyenne mensuelle de ressources sur ces quatre années égale à 719 euros. Dans ces conditions, et alors qu'au cours de la période de l'année 2019 précédant la date de sa demande, Mme B ne justifie que d'une activité professionnelle rémunérée sur quatre mois à hauteur de 1 375,24 euros bruts, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 314-8 et R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, aux termes des dispositions alors inscrites à l'article R. 314-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () lorsque les ressources du demandeur ne sont pas suffisantes ou ne sont pas stables et régulières pour la période des cinq années précédant la demande, une décision favorable peut être prise, soit si le demandeur justifie être propriétaire de son logement ou en jouir à titre gratuit, soit en tenant compte de l'évolution favorable de sa situation quant à la stabilité et à la régularité de ses revenus, y compris après le dépôt de la demande ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B serait propriétaire de son logement ou en jouirait à titre gratuit, ni que sa situation professionnelle aurait évolué, postérieurement à sa demande, laquelle n'est antérieure que de seize jours par rapport à la décision attaquée, de telle manière qu'elle percevrait des revenus réguliers et stables. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, l'article R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable, dispose que, pour l'application de l'article L. 314-8, " () l'étranger présente à l'appui de sa demande () de carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" () pour l'appréciation de la condition d'intégration prévue à l'article L. 314-2, () b) Les diplômes ou certifications permettant d'attester de sa maitrise du français à un niveau égal ou supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008, dont la liste est définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration ; () ".

11. Les diplômes ou certifications permettant d'attester de la maitrise du français à un niveau égal ou supérieur à ce niveau A2 sont, comme l'indiquent les dispositions précitées de l'article R. 314-1 du code, inscrits au sein d'une liste définie par un arrêté du ministre chargé de l'accueil et de l'intégration. Aux termes de l'article 1er de cet arrêté pris par le ministre de l'intérieur le 21 février 2018 : " Les diplômes ou certifications nécessaires à l'obtention d'une carte de résident ou d'une carte de résident portant la mention " résident de longue durée - UE " sont les suivants : 1° Diplômes attestant un niveau de connaissance du français au moins équivalent au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe ; 2° Diplômes délivrés par une autorité française, en France ou à l'étranger, sanctionnant un enseignement suivi en langue française ; 3° Tests ou attestations linguistiques sécurisés, délivrés par un organisme certificateur reconnu au niveau national ou international, qui constatent et valident la maîtrise des compétences écrites et orales visées par le niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe. () ".

12. Mme B a seulement produit, pour justifier de son niveau de connaissance de la langue française, une attestation de résultat à un test pour l'accès à la nationalité française réalisé au sein du centre international d'études pédagogiques, établissement public du ministère de l'éducation nationale, laquelle démontre que l'intéressée a atteint un niveau supérieur au niveau A2 du cadre européen commun de référence pour les langues du Conseil de l'Europe tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) 7 du 2 juillet 2008 en ce qui concerne uniquement les épreuves orales. Elle ne justifie pas, à la date de la décision attaquée, avoir atteint au moins le niveau A2 en compréhension et expression écrites. Par suite, Mme B n'est, en tout état de cause, pas fondée à soutenir que la décision attaquée a été opposée en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 314-2 et R. 314-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

13. En dernier lieu, Mme B soutient que la décision litigieuse méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors notamment que tous les membres de sa famille vivent régulièrement en France. Toutefois, la décision contestée du 22 novembre 2019 n'a, ni pour objet, ni pour effet de les séparer dès lors que le préfet de Maine-et-Loire a, le même jour, renouvelé, pour une durée de deux ans expirant au 21 novembre 2021, la carte de séjour pluriannuelle de la requérante portant la mention "vie privée et familiale". Par suite, quand bien même Mme B fait valoir des éléments de sa situation qui sont dignes d'intérêt, le refus de lui délivrer une carte de résident n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 22 novembre 2019 rejetant la demande de carte de résident présentée par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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