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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000500

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000500

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantEVENO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 janvier 2020 et 31 janvier 2023, sous le numéro 2000500, Mme A C demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a rejeté sa demande tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie reconnue d'origine professionnelle et a refusé la prise en charge des arrêts de travail du 24 juin au 9 août 2019, du 10 août au 6 septembre 2019, du 7 septembre au 11 octobre 2019 et du 12 octobre au 22 novembre 2019 au titre d'une maladie reconnue d'origine professionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2019 portant retrait des congés pour invalidité temporaire imputable au service accordés du 24 juin au 9 août 2019, du 10 août au 6 septembre 2019, du 7 septembre au 11 octobre 2019 et du 12 octobre au 22 novembre 2019 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de régulariser sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision du 16 décembre 2019 ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision du 16 décembre 2019 est insuffisamment motivée, faute de se prononcer sur la question de sa souffrance au travail ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il existe un lien direct entre sa maladie et les événements survenus à la suite de sa promotion au grade de secrétaire administrative, consistant en une campagne de calomnies et en une absence de soutien de sa hiérarchie, lien corroboré par divers rapports médicaux.

Par une intervention, enregistrée le 27 janvier 2020, le syndicat CGT Educ'action demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête n°2000500 de Mme C en annulant les décisions attaquées et en enjoignant à l'administration de régulariser la situation de Mme C.

Il se réfère aux moyens de la requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 août 2020, le recteur de l'académie de Nantes conclut :

1°) à l'irrecevabilité de l'intervention du syndicat CGT Educ'action qui n'est pas justifiée par un intérêt collectif ;

2°) au rejet de la requête ;

3°) au rejet des conclusions du syndicat intervenant fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction de la requête sont irrecevables dès lors que la requérante est placée dans une position statutaire légale ;

- l'intervention du syndicat CGT Educ'action est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas justifiée par un intérêt collectif ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la requérante doit justifier avoir exposé des frais qui ne sont pas compris dans les dépens.

Un mémoire a été enregistré pour la requérante le 14 novembre 2023.

II - Par une requête enregistrée le 19 septembre 2020, sous le numéro 2009414, Mme A C, représentée par Me Soltner, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du recteur de l'académie de Nantes en date du 21 juillet 2020 l'informant du prolongement de son congé de longue durée pour une durée de 6 mois à compter du 6 juillet 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2020 du recteur de l'académie de Nantes prolongeant son congé de longue durée non imputable au service du 6 juillet 2020 au 5 janvier 2021, arrêté qui annule et remplace l'arrêté en date du 15 juillet 2020 ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de réexaminer sa demande de réintégration sur un poste correspondant aux préconisations médicales ;

4°) de lui donner acte qu'elle se réserve la faculté d'introduire un recours indemnitaire contre l'Etat en raison du préjudice que la décision fautive de prolongement de son congé longue durée lui fait subir en l'exposant à une aggravation de son état de santé ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- les décisions méconnaissent l'article 57 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 dès lors que, n'étant pas atteinte d'une maladie mentale et n'étant pas dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, elle ne remplit pas les conditions de bénéfice d'un congé de longue durée ;

- en imposant une prolongation de son congé de longue durée, sans avis médical prescrivant cette mesure, le recteur de l'académie a entaché sa décision d'un défaut de base légale et méconnu le décret de 1986 et l'article 57 de la loi n°84-53 du 24 janvier 1984 ;

- les décisions méconnaissent le droit à la protection de la santé de tout agent public, reconnu et garanti par la Constitution, par l'article 118-A du Traité CEE, par la directive CE n° 89-391 du 12 juin 1989 et par la jurisprudence de la cour de justice de l'Union européenne dès lors qu'elles la privent de la possibilité de travailler, alors que les médecins ont estimé qu'une privation d'emploi était préjudiciable à sa santé ;

- aucune proposition de réintégration ne lui a été faite, alors même que les possibilités de lui offrir un poste correspondant à ses qualifications et à son grade existaient.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2022, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- la requérante doit justifier avoir exposé des frais qui ne sont pas compris dans les dépens.

III - Par une requête enregistrée le 19 mars 2021, sous le numéro 2103249, Mme A C, représentée par Me Soltner, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'éducation nationale du 20 janvier 2021 lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de prendre toutes les mesures appropriées afin que les préjudices résultant des propos et insinuations diffamatoires et outrageants dont elle a été victime à compter de la promotion professionnelle dont elle a bénéficié en juin 2019 soient réparés et, dans toute la mesure du possible, effacés, notamment par une condamnation publique de tels propos ;

3°) de lui donner acte de ce qu'elle a formé une demande indemnitaire le 16 mars 2021 tendant à la condamnation de la collectivité publique à lui verser une somme de 45 000 euros en réparation de ses préjudices matériels, moraux et psychiques que les faits en cause lui ont causés ;

4°) en tant que de besoin, d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes d'examiner cette demande indemnitaire à la lumière des motifs et du dispositif du jugement à intervenir, le cas échéant en retirant toute décision de refus qu'il aurait entre-temps opposée expressément ou tacitement à la requérante ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la matérialité des propos diffamatoires, outrageants et portant atteinte à sa dignité dont elle a été victime est établie par son témoignage, les témoignages de deux collègues, un courrier anonyme et les avis des médecins relatifs à sa situation, la décision attaquée est par conséquent entachée d'une erreur de fait ;

- le ministre a méconnu l'étendue de ses pouvoirs et du champ de sa saisine dès lors qu'il s'est borné à examiner la demande de protection fonctionnelle uniquement au titre du harcèlement moral et pas au titre des menaces, injures, diffamations et outrages dont elle aurait pu être victime, que ceux-ci relèvent, ou non, d'un harcèlement moral ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le ministre, pour rejeter la demande de protection fonctionnelle dont il était saisi, s'est cru lié par les conclusions du rapport d'enquête administrative et que la circonstance que les faits de harcèlement aient pris fin à la date de la décision ne faisait pas obstacle à ce que le bénéfice de la protection fonctionnelle lui soit accordé.

La requête a été communiquée le 1er avril 2021 au recteur de l'académie de Nantes qui, par un courrier du 3 juin 2021, a fait valoir qu'il n'appartenait qu'au ministre de l'éducation nationale de présenter des observations en défense.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2023, le ministre de l'éducation nationale conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.

Une note en délibéré a été enregistrée le 16 novembre 2023 pour la requérante dans l'instance n°2000500.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C était adjointe administrative de l'Education nationale depuis le 1er septembre 2002. Elle a demandé le 7 février 2019 son inscription sur la liste d'aptitude en vue de son accession au corps des secrétaires administratifs de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur. Par courrier du 23 avril 2019, elle a été informée qu'elle avait été retenue pour une inscription sur liste d'aptitude et affectée à compter de la rentrée 2019/2020 sur un poste au sein de la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN) de Maine-et-Loire, promotion qu'elle a acceptée le 18 juin 2019 et qui a donné lieu à un arrêté du 24 juin 2019 pour une prise de poste au 1er septembre 2019. Mme C a toutefois demandé, par courrier du 25 juin 2019, à être maintenue sur son ancien poste de catégorie C, et a formulé le même jour une demande de reconnaissance d'une maladie professionnelle à compter du 18 juin 2019. Le recteur de l'académie de Nantes a refusé, par une décision du 16 décembre 2019, de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie et la prise en charge des arrêts de travail et des soins au titre d'une maladie reconnue d'origine professionnelle pour la période du 24 juin 2019 au 22 novembre 2019 et, subséquemment, a annulé les congés pour invalidité temporaire imputable au service précédemment accordés. Mme C a ensuite été placée en congé de longue maladie, du 24 juin 2019 au 23 juin 2020, puis en congé de longue durée, du 24 juin au 7 juillet 2020. Par une décision du 21 juillet 2020, le recteur a décidé de prolonger le congé longue durée de Mme C pour une durée de 6 mois à compter du 6 juillet 2020. Il a pris, le même jour, un arrêté portant prolongation de congé de longue durée du 6 juillet 2020 au 5 janvier 2021. Le congé de longue durée a ensuite été de nouveau prolongé, jusqu'au 31 juillet 2021. Dans l'intervalle, par un courrier du 17 mars 2020, Mme C a sollicité du recteur le bénéfice de la protection fonctionnelle, bénéfice qui lui a été refusé par une décision du 21 août 2020. L'intéressée a formé contre cette décision un recours hiérarchique qui a été rejeté le 20 janvier 2021 par le ministre de l'éducation nationale. Par trois requêtes, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du recteur de l'académie de Nantes du 16 décembre 2019, les décisions du recteur du 21 juillet 2020 ainsi que la décision du ministre de l'éducation nationale du 20 janvier 2021.

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2000500, 2009414 et 2103249 ont été présentées par la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur l'intervention du syndicat CGT Educ'action :

3. Un syndicat de fonctionnaires est recevable à intervenir à l'appui d'une demande d'annulation d'une décision individuelle " négative " concernant un fonctionnaire présentée devant le juge administratif par le fonctionnaire intéressé. Par conséquent, l'intervention du syndicat CGT Educ'action est recevable et la fin de non-recevoir opposée par le recteur de l'académie de Nantes en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées dans la requête n°2000500 :

4. Par une décision du 1er septembre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 4 octobre 2019, le recteur de l'académie de Nantes a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement, à M. Pierre Jaunin, secrétaire général de l'académie de Nantes, à l'effet de signer " tous actes et décisions mentionnés dans les textes susvisés ", ainsi que, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Pierre Jaunin, à M. Marc Vauleon, secrétaire général adjoint, directeur des ressources humaines, signataire de la décision attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le recteur et le secrétaire général de l'académie de Nantes n'auraient pas été absents ou empêchés.

5. La décision du 16 décembre 2019, qui se réfère aux dispositions législatives applicables, qui cite l'avis favorable du comité médical et qui fait des motifs pour lesquels le recteur n'a pas entendu s'approprier cet avis, précise ainsi les motifs de droit et de fait sur lesquels le recteur de l'académie de Nantes a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au quatrième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

7. Il résulte des dispositions précitées du IV l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 que, dans l'hypothèse où le mécanisme de présomption prévu par le premier alinéa ne peut être retenu, dans le cas prévu par le troisième alinéa, peut être regardée comme imputable au service une maladie lorsqu'il est démontré qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions, et donc, si elle présente un lien direct avec l'exercice de ces fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de cette maladie du service.

8. Le 25 juin 2019, Mme C a adressé au recteur de l'académie de Nantes un formulaire de déclaration de maladie professionnelle ou de maladie contractée en service, en raison d'un mal être psychique réactionnel. Il est constant que cette pathologie, compte tenu de sa nature, ne figure pas au nombre de celles pour lesquelles joue le mécanisme de présomption prévu par les dispositions citées au point 6. Pour soutenir que sa pathologie est directement et essentiellement à mettre en relation avec son environnement professionnel, Mme C se prévaut de plusieurs certificats du médecin de prévention et du rapport d'un expert psychiatre agréé du 19 septembre 2019. Selon les conclusions de ce dernier, " la lésion indiquée dans le courrier du docteur B D du 24.06.2019 constitue une maladie susceptible d'être reconnue hors tableau comme une maladie reconnues d'origine professionnelle ". Si ce courrier n'est pas produit, il ressort d'un certificat de ce même docteur D, du 6 janvier 2020, que Mme C est suivie par ses soins pour un syndrome anxio-dépressif.

9. Pour expliquer que son affection psychique est imputable au service, Mme C soutient avoir fait l'objet, du mois d'avril 2019 au mois de juin 2019, d'une campagne de dénigrement de la part de certains de ses collègues, à la suite de sa promotion par inscription sur liste d'aptitude au grade de secrétaire administrative, promotion attribuée par ses détracteurs à sa relation de concubinage avec son supérieur hiérarchique direct.

10. S'il ressort des pièces du dossier qu'au moins un syndicat a été destinataire d'un courrier anonyme attribuant, en des termes dénigrants, la promotion d'une personne pouvant être identifiée comme étant Mme C, non à ses mérites professionnels, mais à sa relation avec son supérieur hiérarchique, et que ce courrier a été porté à la connaissance de l'intéressée, la réalité des faits de violences verbales et physiques allégués par la requérante, et partant, le caractère pathogène de son environnement de travail, ne sont pas établis par les pièces du dossier. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a pas déclaré les mêmes faits aux autorités de police, dans son audition du 6 décembre 2019 consécutive à son dépôt de plainte, que dans ses témoignages écrits et oraux des 26 et 28 octobre 2020 dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par le rectorat, le caractère fluctuant de ses déclarations étant de nature à porter atteinte à leur crédibilité. En outre, il n'y a pas de témoins des faits de " bousculades " et de " claquages de porte à la tête " allégués par Mme C dans son témoignage écrit du 26 octobre 2020, mais non évoqués dans son procès-verbal d'audition du 6 décembre 2019, alors qu'ils sont supposés s'être déroulés sur son lieu de travail. Mme C n'a par ailleurs pas conservé les courriers ou post-it, selon ses déclarations changeantes, anonymes malveillants déposés, selon elle, sur son bureau, et ne les a pas davantage montrés à des tiers. Par ailleurs, Mme C, en dépit de la gravité de ces faits s'ils étaient avérés, ne les a pas signalés à ses responsables hiérarchiques, comme il ressort d'une attestation de la secrétaire générale de la DSDEN et ce, alors qu'à la période à laquelle ils sont supposés s'être déroulés, Mme C avait des échanges réguliers avec ces responsables dans le cadre de son affectation sur un poste de catégorie B à la suite de sa promotion. Si une collègue de Mme C, et une ancienne de ses collègues, retraitée à la date des faits, ont fait état, à deux reprises, de critiques diffamatoires proférées par des collègues de Mme C, relatives à la promotion de celle-ci, il n'est pas établi par les pièces du dossier que ces critiques, certes regrettables, auraient été prononcées devant l'intéressée et auraient ainsi été susceptibles de porter atteinte à son état psychique. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que ces critiques, quand bien même Mme C n'en aurait pas été témoin, auraient dégradé les conditions de travail au sein des services de circonscription où se trouvait affectée la requérante, trois inspecteurs de circonscription faisant au contraire état dans des attestations datées du mois de février 2020 d'un climat de travail serein et témoignant de l'absence, à leur connaissance, de critiques proférées à l'encontre de Mme C, en ou en dehors de la présence de celle-ci, à l'époque où elle travaillait dans les locaux affectés aux circonscriptions. Enfin, si l'inspecteur de la circonscription de Chalonnes-bords de Loire-Layon dont Mme C assurait le secrétariat a évoqué dans un rapport du 26 août 2019 le dénigrement dont la requérante a fait l'objet, ce rapport, rédigé par le concubin de Mme C, non seulement ne précise pas que son rédacteur aurait été témoin des faits évoqués mais attribue en outre les difficultés de l'intéressée davantage à son affectation dans un autre service que celui dévolu aux circonscriptions qu'à ce dénigrement. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'exercice des fonctions de Mme C, ou ses conditions de travail, auraient été de nature à susciter chez elle le développement d'un syndrome anxio-dépressif.

11. En revanche, il ressort des pièces du dossier que la requérante a difficilement vécu son affectation, par un arrêté du 24 juin 2019, à compter du 1er septembre 2019, sur un poste de secrétaire administrative au sein de la DSDEN, dans ses locaux situés rue Dupetit-Thouars, distinct des locaux affectés aux circonscriptions, situés boulevard du roi René à Angers, l'arrêt de travail de Mme C pour maladie ayant d'ailleurs débuté le jour où l'intéressée a pris connaissance de cet arrêté. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, sans critiquer la qualité intrinsèque de ce poste, a reproché au recteur de ne pas l'avoir affectée sur un poste, qui lui aurait été proposé, de gestionnaire d'un futur " pôle rural " créé dans le cadre d'une restructuration des circonscriptions, ou de ne pas l'avoir maintenue sur son poste de secrétaire de la circonscription de Chalonnes-bords de Loire-Layon, en requalifiant éventuellement ce poste de catégorie C en poste de catégorie B. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C, informée du projet de l'affecter à la DSDEN, a accepté cette affectation, certes en informant le service DRH d'un futur recours contre cette affectation. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, comme il a été dit, que le poste d'affectation de Mme C ne correspondrait pas à son nouveau grade de secrétaire administrative, ni à ses compétences, aucune critique n'étant formulé à son endroit, la DSDEN étant en outre située à quelques centaines de mètres des locaux affectés aux circonscriptions, dans le centre-ville d'Angers. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un poste de catégorie B permettant à Mme C de se maintenir dans un service chargé des circonscriptions lui aurait été promis, il ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier, ni de l'annuaire ou de l'organigramme de la DSDEN de Maine-et-Loire et des circonscriptions disponibles en ligne, librement accessibles aux parties, qu'un tel poste aurait été créé. De surcroît, l'absence de transformation du poste de catégorie C jusque-là occupé par Mme C en poste de catégorie B, sans autre objet que le souhait de la requérante de s'y maintenir, relève d'un exercice normal du pouvoir hiérarchique et d'organisation du service, tout comme la décision de ne pas maintenir Mme C, promue secrétaire administrative, sur ce poste de catégorie C, dépourvu de missions d'encadrement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le DASEN a reçu Mme C en entretien, le 28 mai 2019, en présence de la secrétaire générale, afin de lui expliquer qu'il n'existait pas de poste de catégorie B vacant au sein des services chargés des circonscriptions, et qu'elle ne pouvait rester, en qualité de secrétaire administrative de catégorie B, sur un poste d'adjointe administrative de catégorie C, de sorte que la demande de Mme C a bien été prise en compte et que le refus d'y donner une suite favorable lui a été expliqué. Par suite, quand bien même la requérante a contesté sa nouvelle affectation, qu'elle dit avoir vécu comme une mesure injuste ne visant qu'à mettre fin aux récriminations suscitées par sa promotion, cette affectation, compte tenu des conditions dans lesquelles elle s'est déroulée, n'a pas été de nature à susciter le développement d'un syndrome anxio-dépressif de Mme C.

12. Au vu des éléments évoqués aux points 10 et 11, et quand bien même Mme C ne présentait pas d'antécédents anxio-dépressifs, il n'apparaît pas que les conditions de travail de l'intéressée seraient essentiellement et directement à l'origine du développement de son affection.

13. Dans ces conditions, le recteur de l'académie de Nantes n'a, dès lors, pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en refusant de reconnaître l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif développé par Mme C.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 13 que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 décembre 2019 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a rejeté sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête n°2000500 n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions présentées dans la requête n°2009414 :

15. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 21 juillet 2020 de prolongation du congé de longue durée de Mme C vise la loi du 13 juillet 1983, et notamment son article 34, 4°, le décret du 14 mars 1986 et l'avis du comité médical départemental du 7 juillet 2020. Il fait donc état des considérations de droit qui en constituent le fondement. S'agissant des éléments de fait qui le fondent, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté était joint, quand il a été notifié à Mme C, à un courrier du recteur, également daté du 21 juillet 2020, qui faisait état du contenu de l'avis du comité médical départemental et dont il ressortait des mentions que le recteur avait entendu s'approprier le contenu de cet avis. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

16. Aux termes de l'article 34 de la loi n° 84-53 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'Etat, dans sa version en vigueur du 8 août 2019 au 27 novembre 2020 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. (). ". Un état anxio-dépressif chronique revêt le caractère d'une maladie mentale au sens des dispositions du 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984. En outre, la condition posée par les dispositions du 3° de cet article selon laquelle le fonctionnaire n'a droit à des congés de maladie que dans le cas où la maladie dûment constatée le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions s'applique au congé de longue durée prévu par le 4° de ce même article.

17. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment des différents certificats établis par son médecin traitant, le médecin de prévention et le médecin expert agréé, que Mme C souffre d'un trouble anxio-dépressif depuis le 24 juin 2019, date de son premier arrêt de travail pour maladie et fait l'objet d'un traitement médicamenteux et d'un suivi médical. Par conséquent, quand bien même l'état de santé de la requérante présentait, à la date des décisions attaquées, et par rapport au 24 juin 2019, une amélioration, Mme C se trouvait atteinte à cette date d'une pathologie revêtant le caractère d'une " maladie mentale " ouvrant droit à un congé de longue durée.

18. D'autre part, il ressort du procès-verbal initial et du procès-verbal rectificatif de la séance du comité médical ayant examiné le 7 juillet 2020 la situation de Mme C que le trouble anxio-dépressif de celle-ci la met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions de secrétaire administrative au sein de la DSDEN sur lequel elle est affectée depuis le 1er septembre 2019. Si la requérante soutient qu'elle n'est pas dans l'impossibilité d'exercer les fonctions de secrétaire de la circonscription de Chalonnes - bords de Loire - Layon, ce poste d'adjointe administrative, de catégorie C, sur lequel Mme C a été affectée jusqu'au 31 août 2019, ne peut être regardé comme correspondant à " ses fonctions " au sens et pour l'application du 3° de l'article 34 de la loi n° 84-53 du 11 janvier 1984, également applicable, comme il a été dit, au 4° de ce même article.

19. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les conditions d'octroi d'un congé de longue durée posées au 4° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984.

20. Enfin, il ressort du procès-verbal initial et du procès-verbal rectificatif de la séance du comité médical du 7 juillet 2020 que ce comité s'est montré favorable à un " renouvellement du congé de longue durée [] à compter du 6 juillet 2020, jusqu'à réintégration ", préconisant, dans le procès-verbal rectificatif une réintégration " à temps plein sur le poste d'origine de secrétaire de circonscription de Chalonnes-sur-Loire et à l'exclusion de toute reprise dans le lieu d'affectation actuelle au sein de la DSDEN ". Par suite, et en tout état de cause, dans la mesure où le recteur n'était pas lié par le sens de cet avis, contrairement à ce que soutient la requérante, les décisions attaquées ont été prises sur le fondement d'un avis médical préconisant la prolongation du congé de longue durée de Mme C, à défaut d'une affectation sur son ancien poste de secrétaire de la circonscription de Chalonnes-bords de Loire-Layon.

21. Il ressort des pièces du dossier que, depuis le 24 juin 2019, ont été prescrits à Mme C des arrêts de travail pour maladie successifs, en raison du trouble anxio-dépressif dont elle est atteinte. Il ressort également des pièces du dossier que le médecin de prévention et le comité médical, s'ils ont estimé que Mme C était dans l'impossibilité d'occuper les fonctions correspondant à son affectation, au sein de la DSDEN, ont préconisé une affectation sur le poste qu'elle occupait précédemment. Toutefois, ce poste était, à la date des décisions attaquées, occupé par un agent de catégorie C titulaire. Au demeurant, si Mme C soutient que ce poste aurait pu être requalifié en poste de catégorie B, pour lui permettre de s'y maintenir, comme cela aurait été fait s'agissant du poste de secrétaire de la circonscription d'Angers-Est, elle n'établit pas, en tout état de cause, que ce dernier poste aurait été requalifié uniquement pour permettre à l'agent l'occupant de s'y maintenir en dépit d'un changement de grade. Mme C n'établit pas davantage, en faisant valoir que son maintien sur le poste de secrétaire de la circonscription de Chalonnes-bords de Loire-Layon lui permettrait de reprendre une activité professionnelle, que l'occupation de ce poste de catégorie C par un agent de catégorie B serait justifié par l'intérêt du service, notamment dans la mesure où ce poste n'était pas vacant à la date de la décision attaquée. La requérante soutient également qu'elle aurait pu être affectée sur le poste non-vacant de secrétaire de la circonscription de Durtal, de catégorie B, dans l'attente de la vacance de ce poste. Toutefois, non seulement les avis suscités du comité médical préconisaient une reprise d'activité, à défaut de prolongation du congé de longue durée, uniquement sur le poste de secrétaire de la circonscription de Chalonnes - bords de Loire - Layon, mais en outre il ne ressort pas des pièces du dossier que ce poste de catégorie B était, à la date des décisions attaquées, susceptible d'être vacant, à brève ou même moyenne échéance. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées, en tant qu'elles prolongent son congé de longue durée et ne la réaffectent par conséquent pas sur son ancien poste de secrétaire de la circonscription de Chalonnes-bords de Loire-Layon, ni ne l'affectent sur le poste de secrétaire de la circonscription de Angers-Est, méconnaissent son droit à la protection de la santé.

22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 14 à 21 que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision et de l'arrêté du 21 juillet 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a prolongé son congé de longue durée. Le rejet des conclusions à fin d'annulation de la requête n°2009414 n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme C. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante sur le fondement de ces dispositions.

Sur les conclusions présentées dans la requête n°2103249 :

23. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux ou hiérarchique et de ne former un recours contentieux que lorsque ce recours gracieux ou hiérarchique a été rejeté. L'exercice de tels recours administratifs n'ayant d'autre objet que d'inviter l'administration à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux ou hiérarchique doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet des recours administratifs dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, il appartient au juge administratif, s'il est saisi de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet d'un ou des recours administratifs dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux ou hiérarchique, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

24. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision du ministre de l'éducation nationale, qui rejette le recours hiérarchique formé par la requérante contre la décision du recteur de l'académie de Nantes du 21 août 2020, serait entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une incompétence négative, doivent être écartés comme inopérants. Il y a lieu, toutefois, de regarder ces moyens comme dirigés contre la décision initiale du 21 août 2020.

25. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable à la date de la décision du maire portant refus d'octroyer à Mme C le bénéfice de la protection fonctionnelle : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions, d'une protection organisée par la collectivité publique dont ils dépendent, conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales. () / La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () / La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées au fonctionnaire intéressé. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale. Les dispositions du présent article sont applicables aux agents publics non titulaires. ".

26. Ces dispositions établissement à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.

27. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de faire droit à la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme C, le recteur de l'académie de Nantes s'est fondé sur les termes d'une ordonnance du juge des référés de ce tribunal selon laquelle les documents versés à l'instance ne permettaient pas de présumer de faits de harcèlement moral de l'administration à l'encontre de la requérante, et a opposé les motifs tirés de ce que l'affectation de Mme C à la DSDEN ne la mettait pas en contact avec ses persécutrices présumées, ni avec aucun agent susceptible de porter atteinte à sa dignité, et que son retour de congé de maladie s'accompagnerait d'un protocole d'accueil et d'un suivi psychologique.

28. Toutefois, Mme C, pour solliciter le bénéfice de la protection fonctionnelle, a fait valoir dans sa demande du 17 mars 2020 qu'elle subissait dans le cadre de ses fonctions des insultes et des propos diffamatoires, injurieux et calomnieux de la part de trois collègues nommément désignées, des courriers anonymes et des appels téléphoniques émanant de la DSDEN, reçus sur sa ligne téléphonique professionnelle. Ce faisant, Mme C a invoqué des " attaques " pour certaines d'entre elles précises, et dont la matérialité et la qualification n'avaient pas encore été appréciées par le recteur de l'académie de Nantes, le rapport d'enquête diligenté par lui en exécution de l'ordonnance n°2008064 du 7 octobre 2020 étant postérieur de plusieurs mois à la décision en litige. Par conséquent, la requérante est fondée à soutenir que le recteur n'a pas procédé à un examen suffisant de sa demande de protection fonctionnelle en se bornant à examiner celle-ci au titre d'un éventuel harcèlement moral de la part de l'administration et non au titre des menaces, injures, diffamations et outrages dont Mme C se déclarait victime.

29. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du recteur de l'académie de Nantes du 21 août 2020 ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du ministre de l'éducation nationale du 20 janvier 2021.

30. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement que le recteur de l'académie de Nantes réexamine la demande de protection fonctionnelle de Mme C sur le fondement de l'ensemble des menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont Mme C s'est déclarée victime à l'occasion de ses fonctions dans sa demande du 17 mars 2020, et de prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires à la réparation des conséquences de ces faits, s'ils sont établis. Il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

31. Il n'appartient pas au juge administratif de prononcer des injonctions à titre principal à l'encontre de l'administration. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au recteur de l'académie de Nantes d'examiner la demande indemnitaire préalable de Mme C ou de retirer une éventuelle décision de refus d'indemnisation sont irrecevables et doivent être rejetées.

32. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Mme C dans le cadre de l'instance n°2103249.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention du syndicat CGT Educ'action dans l'instance n°2000500 est admise.

Article 2 : Les requêtes n°s 2000500 et 2009414 de Mme C sont rejetées.

Article 3 : La décision du 21 août 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a refusé d'accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme C et la décision du 20 janvier 2021 du ministre de l'éducation nationale rejetant le recours hiérarchique formé par Mme C contre la décision du 21 août 2020 sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Nantes de réexaminer la demande de protection fonctionnelle de Mme C sur le fondement de l'ensemble des menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont Mme C s'est déclarée victime à l'occasion de ses fonctions dans sa demande du 17 mars 2020, et de prendre, le cas échéant, les mesures nécessaires à la réparation des conséquences de ces faits, s'ils sont établis. Il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : L'Etat versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cadre de l'instance n°2103249.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n°2103249 est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse et au syndicat CGT Educ'action.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nantes.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2000500, 2009414, 2103249

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