jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | JACQUEZ DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2020, M. A C B, représenté par Me Bolaky, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2019 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire) l'a suspendu à titre conservatoire de ses fonctions hospitalières et thérapeutiques ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire d'Angers la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier le droit de consulter son dossier ni la faculté d'être assisté lors de l'entretien du 6 décembre 2019 ;
- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait dès lors qu'aucun signalement provenant du chef de service ne lui a été adressé, qu'il n'a obtenu aucune information sur les conclusions du bureau de médiation hospitalière, ni sur le rapport administratif du 2 décembre 2019 ; il n'est pas le seul praticien à ne plus participer aux réunions de service ou aux " staffs " ; il est inexact d'indiquer qu'il n'assure plus la formation des internes et ne dispenserait plus d'enseignement universitaire ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ; elle a été prise à la suite des plaintes pénales qu'il a déposées contre la directrice générale du centre hospitalier universitaire d'Angers et contre l'établissement de santé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique dès lors que ni la mésentente au sein du service ni aucun autre événement n'ont mis en péril la continuité du service ou eu une quelconque incidence sur la sécurité des patients.
Par deux mémoires, respectivement enregistrés le 12 mai 2020 et le 18 janvier 2023, le centre hospitalier universitaire d'Angers, représenté par Me Jacquez Dubois, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision et du vice de procédure sont inopérants ;
- aucun des autres moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 84-135 du 24 février 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baufumé,
- les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Jacquez Dubois, représentant le centre hospitalier universitaire d'Angers.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, médecin urologue au sein du centre hospitalier universitaire (CHU) d'Angers (Maine-et-Loire), y a exercé les fonctions de chef du service d'urologie à compter de l'année 2009 et a été renouvelé dans ses fonctions à compter du 1er novembre 2016 et pour une durée de quatre ans. Par une décision du 9 septembre 2019, la directrice générale de l'établissement de santé a mis fin à ses fonctions de chef de service à compter du 16 septembre 2019. Par une décision du 6 décembre 2019, elle l'a suspendu à titre conservatoire de ses fonctions hospitalières et thérapeutiques. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Le directeur d'un centre hospitalier qui, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, exerce son autorité sur l'ensemble du personnel de son établissement, peut légalement, dans des circonstances exceptionnelles où sont mises en péril la continuité du service et la sécurité des patients, décider de suspendre les activités cliniques et thérapeutiques d'un praticien hospitalier au sein de l'établissement, sous le contrôle du juge et à condition d'en référer immédiatement aux autorités compétentes pour prononcer la nomination du praticien concerné.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 2° infligent une sanction / () 4° retirent ou abrogent une décision créatrice de droit () ". La décision attaquée constitue une mesure conservatoire et non une sanction. Par suite, cette décision n'entre dans aucune catégorie des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort en outre, et en tout état de cause, des termes mêmes de cette décision, qu'elle comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905, dans sa rédaction applicable au litige : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ". En vertu de ces dispositions, un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier, en étant averti en temps utile de l'intention de l'autorité administrative de prendre la mesure en cause.
5. La décision attaquée constitue une mesure conservatoire et non une sanction disciplinaire. Par suite, elle n'est pas au nombre de celles pour lesquelles le fonctionnaire concerné doit être mis à même de consulter son dossier par application de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement, à supposer qu'il ait entendu le faire aux termes de sa requête, soulever la méconnaissance de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En troisième lieu, la décision attaquée du 6 décembre 2019 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire d'Angers (Maine-et-Loire) a suspendu à titre conservatoire M. B de ses fonctions hospitalières et thérapeutiques est fondée sur les motifs tirés de ce que la pratique et le comportement de l'intéressé dans le cadre de ses fonctions étaient susceptibles de porter atteinte à la continuité du service et à la sécurité des patients en raison notamment, d'une part, de la contestation par M. B de l'autorité du nouveau chef de service d'urologie, de son absence de participation aux réunions de service et aux " staffs ", de l'absence de communication avec les autres médecins du service et de rejet de toute forme de collégialité y compris s'agissant des patients relevant de réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), d'autre part, des menaces et accès de violence de l'intéressé, accroissant le stress des personnels et faisant peser un doute sur la capacité de M. B à disposer de la maîtrise de soi indispensable à l'exercice de ses fonctions et, enfin, des conflits éthiques résultant, au sein du service, de l'ensemble de ces circonstances.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une demande de protection fonctionnelle adressée par le nouveau chef du service d'urologie à la direction du CHU le 26 juin 2019, mais également d'un courrier adressé le 2 novembre 2019 par ce dernier à la directrice générale du CHU, au président de la commission médicale d'établissement (CME) et au chef de pôle, que M. B s'est montré menaçant à plusieurs reprises à l'encontre de l'intéressé, verbalement mais également par écrit, remettant en cause son autorité de chef de service, notamment le 14 mai 2019 devant des étudiants et en présence du personnel médical et paramédical. Il en ressort par ailleurs, et notamment de deux courriels adressés par le nouveau chef de service à la direction du CHU les 27 août et 9 octobre 2019 mais également d'un courriel émanant d'un médecin interne du service, que les dossiers des patients de M. B ne passaient plus en RCP et que ce dernier prenait ses décisions seul et souvent contre l'avis de ses collègues. Il en ressort, en outre, et notamment du courriel d'un autre médecin du service en date du 20 août 2019 mais également d'un courriel adressé par le nouveau chef de service à la direction, ce même jour, que M. B, au cours d'une astreinte du 10 au 12 août 2019, a refusé d'intervenir pour repositionner la sonde d'un patient opéré la veille, contraignant un de ses collègues, qui n'était pas d'astreinte, à intervenir à sa place et a insulté un patient opéré en anesthésie locale le 11 août 2019, ces faits étant corroborés par les témoignages du médecin interne et de l'infirmier de bloc opératoire qui étaient alors de garde et qui ont participé à l'intervention, ainsi que par le courrier de plainte adressé par la famille du patient à la direction du CHU. Il ressort, enfin, d'un mail adressé par un médecin du service à la direction du CHU le 20 août 2019 mais également d'un courriel émanant du nouveau chef de service le 26 novembre 2019, que le manque de communication de M. B avec ses collègues s'est traduit à plusieurs reprises par des déprogrammations ou des programmations d'interventions chirurgicales non prévues, entrainant la désorganisation du service.
8. Il ressort, d'autre part, des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision attaquée du 6 décembre 2019, la direction du CHU d'Angers, afin de dresser un état des lieux du fonctionnement du service, a saisi la cellule de gestion des conflits, devenu bureau de médiation hospitalière et a diligenté une enquête administrative. Tant la note préliminaire du bureau de médiation hospitalière, en date du 8 novembre 2019, que le rapport de l'enquête administrative, du 2 décembre 2019, ont relevé, notamment sur le fondement des éléments mentionnés au point précédent mais également à la faveur d'entretiens menés auprès des personnels du service d'urologie, d'une part, l'existence d'un conflit ouvert entre le requérant et le nouveau chef de service, se traduisant notamment par des menaces proférées par le premier à l'encontre du second, d'autre part, une souffrance au travail, notamment des internes, mis en difficulté, lors des astreintes, par le comportement du requérant, des conflits éthiques, notamment lors des choix thérapeutiques ou des décisions prises de manière isolée par ce dernier et, enfin, un comportement déplacé de M. B vis-à-vis de ses collègues, notamment à l'occasion des astreintes, des programmations ou déprogrammations d'interventions chirurgicales ainsi qu'un non-respect par le requérant de ses obligations, notamment s'agissant du passage de ses dossiers d'oncologie en RCP.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le conflit ouvert entre le requérant et plusieurs de ses collègues médecins, le manque de communication et la pratique isolée de M. B, notamment sa réticence à faire passer ses dossiers en RCP ou son opposition quasi systématique aux décisions prises par ses collègues, les conflits éthiques, la souffrance au travail de certains médecins, notamment internes, ainsi que la désorganisation entrainée par tous ces éléments ont constitué, à la date de la décision attaquée, des circonstances exceptionnelles mettant en péril la continuité du service et la sécurité des patients. Par suite, la directrice générale du CHU d'Angers n'a pas commis d'erreur de droit en décidant, par la décision attaquée, de suspendre à titre conservatoire M. B de ses fonctions hospitalières et thérapeutiques.
10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 du présent jugement, et notamment des signalements adressés à la direction générale du CHU d'Angers par le nouveau chef de service, des conclusions de la note préliminaire du bureau de médiation hospitalière du 8 novembre 2019 et du rapport d'enquête administrative du 2 décembre 2019, qui mettent en exergue la pratique isolée de M. B, son manque de communication, ses sautes d'humeur, notamment auprès d'un patient le 11 août 2019, la souffrance de ses collègues, notamment des médecins internes, qui, à supposer même qu'il ait continué à les accompagner, ont souffert de son comportement, et des conflits éthiques au sein du service d'urologie, que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait. Il s'ensuit que le moyen tiré des erreurs de faits doit être écarté.
11. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 du présent jugement que la décision attaquée a été prise afin d'assurer la continuité du service et la sécurité des patients. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'un détournement de pouvoir.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 6 décembre 2019 par laquelle la directrice générale du CHU d'Angers l'a suspendu à titre conservatoire de ses fonctions hospitalières et thérapeutiques doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
14. Ces dispositions font obstacle à ce que le CHU d'Angers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B la somme demandée au même titre par le CHU d'Angers.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire d'Angers au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au centre hospitalier universitaire d'Angers.
Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.
La rapporteure,
A. BAUFUME
La présidente,
M. BERIA-GUILLAUMIE
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention
en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis
en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026