mardi 17 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MATTLER LAURE |
Vu la procédure suivante :
Par l'effet de la loi n° 2018-607 du 13 juillet 2018 relative à la programmation militaire pour les années 2019 à 2025 et portant diverses dispositions intéressant la défense, le tribunal des pension militaires d'invalidité de la Vienne a transmis au tribunal administratif de Poitiers le dossier de l'instance introduite par M. C D.
Par ordonnance du 6 janvier 2020, enregistrée le 8 janvier 2020 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Poitiers a transmis au tribunal la requête présentée par M. D.
Par une requête reçue le 27 décembre 2018 au greffe du tribunal des pensions de la Vienne et des mémoires, enregistrés les 18 mai 2020, le 19 janvier 2021, le 20 avril 2021, le 30 mai 2022, le 25 juillet 2022, le 23 septembre 2022 et le 24 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Mattler, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 11 juillet 2018 par laquelle la ministre des armées a refusé de réviser le taux d'invalidité de sa pension militaire d'invalidité ;
2°) de fixer son taux d'invalidité pour l'infirmité " lombalgies chroniques et invalidantes " à 15 % ;
3°) subsidiairement, d'ordonner une expertise médicale afin de déterminer le taux d'invalidité imputable au service à la date de la demande d'aggravation du 3 juin 2016 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;
- l'expertise sur laquelle se fonde la décision est irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié de l'agrément du médecin expert, de la communication à l'expert des pièces de l'instruction, et de ce que l'information quant à la possibilité de produire des pièces et de se faire assister par son médecin traitant lors de l'expertise lui a bien été donnée ;
- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié de la régularité de la composition de la commission médicale et de la commission de réforme, que les avis rendus par ces instances ne lui ont pas été communiquées, qu'il n'a été entendu ni par la commission consultative médicale ni par le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité ;
- elle méconnaît l'autorité de la chose décidée s'attachant à l'arrêté du 23 mai 1989 lui concédant une pension et reconnaissant l'imputabilité au service des séquelles de contusion vertébrale ;
- la décision attaquée a dénaturé les avis rendus par les instances médicales militaires, ainsi que le rapport d'expertise ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 octobre 2019, 3 juillet 2020, le 9 février 2021, le 25 juin 2021, le 13 juillet 2022, le 5 septembre 2022, le 7 octobre 2022 et le 28 octobre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré du vice de procédure, soulevé après l'expiration du délai contentieux, qui n'est pas un moyen d'ordre public et se rattache à une cause juridique nouvelle, est irrecevable ;
- les autres moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Jégard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, né le 10 avril 1947, a servi dans l'armée de terre du 1er novembre 1965 au 2 octobre 1987, date à laquelle il a été radié des cadres. Par arrêté du 23 mai 1989, lui a été concédée une pension militaire d'invalidité, à titre temporaire, pour la période du 20 mars 1987 au 19 mars 1990, au taux global de 50 % pour trois infirmités : une hypoacousie bilatérale au taux de 25 %, des séquelles de traumatisme cervical au taux de 10 % + 5 %, des séquelles de contusion vertébrale au taux de 10 % + 10. Par arrêté du 20 mars 1990, lui a été concédée, à titre définitif, un pension militaire d'invalidité au taux de 40 % pour une hypoacousie bilatérale au taux de 25%, et des séquelles de traumatisme cervical au taux de 10 % + 5, l'infirmité " séquelles de contusion vertébrale " n'étant plus indemnisée au motif que le taux d'invalidité imputable en résultant était inférieur au taux de 10 %. Par une demande enregistrée le 6 juin 2016, M. D a sollicité la révision de sa pension militaire d'invalidité pour une prise en compte de l'infirmité " lombalgies aigues et chroniques ". Par décision du 11 juillet 2018, la ministre des armées a rejeté sa demande. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur la régularité de la décision :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R.421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnées, ainsi que les voies et délais de recours, dans la notification de la décision. " Toutefois, la formation d'un recours juridictionnel tendant à l'annulation d'une décision administrative établit que l'auteur de ce recours a eu connaissance de cette décision au plus tard à la date à laquelle a été formé ce recours. Dans ce cas, les moyens qui ne sont pas d'ordre public, soulevés plus de deux mois après la date de saisine du tribunal et ressortissant d'une cause juridique différente de celle dont relevaient les moyens invoqués dans ce délai, ont le caractère d'une prétention nouvelle tardivement présentée et, par suite, irrecevable.
3. Il résulte de l'instruction que M. D a saisi le tribunal des pensions de la Vienne d'une requête enregistrée le 27 décembre 2018, par laquelle il ne contestait que le bien-fondé de la décision du 11 juillet 2018. Dès lors, les moyens tenant à la régularité de la décision, à l'exception du moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui ont été soulevés pour la première fois par un mémoire enregistré le 18 mai 2020, sont, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, irrecevables car tardifs.
4. En deuxième lieu, la décision du 11 juillet 2019 a été signée par M. E A, administrateur civil hors classe, adjoint au sous-directeur des pensions, qui a reçu, par décision du 4 juin 2018 publiée le 7 juin suivant au journal officiel de la République française, délégation à l'effet de signer au nom du ministre des armées, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions de la sous-direction des pensions du service de l'accompagnement professionnel et des pensions, parmi lesquelles figurent les décisions relatives au pensions militaires d'invalidité. La directrice des ressources humaines du ministère de la défense avait elle-même compétence pour déléguer ainsi sa signature, en application de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement. Conformément à l'article 1er du même décret, la circonstance qu'à la date de la signature de la fiche descriptive des infirmités, la dénomination de " ministre de la défense " a été remplacée par celle " ministre des armées " est sans incidence sur la validité desdites délégation et subdélégation. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
Sur le bien-fondé de la décision :
5. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : "Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / () / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée ()".
6. Il résulte de ces dispositions que le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère, telle qu'une affection distincte de l'affection pensionnée, ne vienne, pour sa part, aggraver l'état de l'intéressé. Ainsi l'aggravation de l'infirmité initiale, si elle est seulement due au vieillissement, peut justifier une révision du taux de la pension. En revanche, si le vieillissement cause une nouvelle infirmité, distincte de l'infirmité pensionnée, qui contribue à l'aggravation de celle-ci, les dispositions précitées de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre font obstacle à cette révision, dès lors que l'aggravation est due à une cause étrangère à l'infirmité pensionnée.
7. Pour refuser d'indemniser, au titre d'une pension militaire d'invalidité, les lombalgies chroniques et invalidantes dont souffre M. D, le ministre de l'intérieur a retenu que l'infirmité invoquée résulte d'une affection d'origine étrangère au service dont l'évolution est indépendante de celui-ci et qui n'a pas été aggravé par lui, et qu'elle est sans relation médicale avec les sauts en parachute indemnisés par arrêté du 23 mai 1989.
8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. D, l'infirmité examinée par l'administration, à savoir les " lombalgies chroniques ", correspondent bien à la demande de révision qu'il a formulée pour des " lombalgies aigues et chroniques ".
9. En deuxième lieu, M. D fait valoir que la décision attaquée a méconnu l'autorité de la chose décidée attachée à la décision du 23 mai 1989 ayant retenu l'existence de contusions vertébrales imputables au service, estimant que la décision du 3 mai 1990 n'avait pas remis en cause l'imputabilité au service de ces contusions vertébrales. Toutefois, contrairement à ce que soutient M. D, la décision attaquée, ne remet pas en cause l'existence de séquelles de contusion vertébrale, mais estime que les lombalgies dont il souffre sont essentiellement dues à une pathologie étrangère au service, laquelle avait été retenue par les décisions antérieures.
10. En troisième lieu, M. D soutient que l'administration a commis une erreur de droit en retenant que la gêne fonctionnelle ne peut apparaître 26 années après la radiation des cadres, alors qu'une demande de pension militaire d'invalidité peut être présentée sans condition de délai. Toutefois, le ministre des armées n'a pas opposé une fin de non-recevoir à la demande de révision de sa pension d'invalidité ni opposé de prescription, mais a tenu compte, parmi d'autres éléments, du temps écoulé depuis sa radiation des cadres pour apprécier l'imputabilité au service de l'invalidité liée aux lombalgies chroniques. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
11. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que par arrêté du 2 mai 1989, a été accordée à M. D, à titre temporaire pour la période du 20 mars 1987 au 19 mars 1990, une pension militaire d'invalidité au taux global de 50 % pour une hypoacousie bilatérale au taux de 25 %, des séquelles de traumatisme cervical au taux de 10 % + 5 % et des séquelles de contusion vertébrale au de 10 % + 10. Toutefois, l'arrêté du 23 mai 1990 lui a concédé une pension d'invalidité à titre définitif, à compter du 20 mars 1990, au taux global de 40 % pour l'hypoacousie bilatérale et les séquelles de traumatisme cervical, cette pension n'indemnisant pas en revanche des contusions vertébrales, le ministre estimant qu'elles entraînaient un taux d'invalidité imputable au service inférieur à 10 % et donc non indemnisable. Il résulte de l'arrêté du 23 mai 1989, de l'avis de la commission consultative médicale du 17 avril 1989 et de l'expertise réalisée en 1989, que M. D souffrait alors de séquelles dorsales de maladie de Scheuermann et d'antélisthésis L5 sur S1, évaluées au taux de 10 % mais dont l'origine était étrangère au service, et que ce taux était aggravé à hauteur de 10 % par des traumatismes vertébraux répétitifs au cours de 190 sauts en parachute effectués durant le service. Lors de l'expertise réalisée le 22 février 2018 par l'expert mandaté par l'administration, l'expert a relevé que M. D souffrait d'une lombalgie chronique peu invalidante sur spondylo listhésis, et que les symptômes dont il faisait état étaient en rapport avec les constatations morphologiques des imageries. L'expert a précisé qu'il n'est pas possible de ventiler le taux de 15 % d'invalidité en lien avec cette infirmité, entre la part imputable au service et la part non imputable au service. Il résulte ainsi de ces éléments que les pathologies étrangères au service, constatées dès la première demande de pension d'invalidité, sont toujours présentes à la date de la demande de révision de la pension. En outre, si l'expert n'exclut pas qu'une part de l'invalidité liée aux lombalgies chroniques soit imputable au service, il n'en demeure pas moins, qu'alors que M. D a été radié des cadres le 2 octobre 1987, l'arrêté précité du 23 mai 1990 non contesté a retenu que l'infirmité imputable au service n'était plus indemnisable, étant inférieure à 10 % suite à une amélioration de son état. Aucun élément du dossier ne permet d'établir, contrairement à ce que soutient le requérant, que la part imputable au service des lombalgies chroniques dont il souffre se serait aggravée pour atteindre un taux au moins égal à 10 %, alors que l'expert propose de retenir un taux global de 15 %, et que de façon constante depuis 1989 il a été retenu que les lombalgies dont il souffre étaient, à hauteur de 10 %, imputables à une pathologie étrangère au service. Enfin, les éléments médicaux que produit M. D ne se prononcent pas sur le lien entre les lombalgies chroniques dont il souffre et les nombreux sauts en parachute effectués durant son service. Ainsi, au vu de l'ensemble des éléments du dossier, les lombalgies chroniques doivent être regardées comme étant essentiellement dus à une cause étrangère au service, et ne peuvent dès lors ouvrir droit à pension militaire d'invalidité.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 juillet 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au ministre des Armées.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.
La rapporteure,
C. B
Le président,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026