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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000635

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000635

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2020, M. E D, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil de façon rétroactive ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à son conseil une somme de 1 700 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue à l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'a pas été procédé à l'examen de son degré de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait ;

- l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à l'examen de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 2 février 2022 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 octobre 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré présentée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistrée le 1er février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 9 septembre 1988, est entré en France courant septembre 2017 et y a sollicité l'asile. Sa demande d'asile a été enregistrée le 1er décembre 2017. Par un arrêté du 19 janvier 2018, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de le remettre aux autorités italiennes. Par un jugement rendu le 22 janvier 2018 sous le n° 1800607, le magistrat désigné du tribunal a rejeté le recours dirigé contre cette décision. Par un arrêt en date du le

22 mars 2019 sous le n 18NT01555, la cour administrative d'appel de Nantes a prononcé un non-lieu à statuer sur le recours dirigé contre ce jugement au motif que la France était à cette date devenue responsable de la demande d'asile de M. D. Le 13 septembre 2019, la demande d'asile de M. D a été enregistrée selon la procédure normale. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler la décision du 11 octobre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de le rétablir dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte la signature de son auteure et mentionne en caractères lisibles qu'elle a été prise par Mme A B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Nantes. Par une décision du 1er janvier 2016, publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur n°2016-2 du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné à cette dernière délégation à l'effet de signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué sera donc écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 744-1, L. 744-6 et L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que

M. D ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas fait procéder au renouvellement de son attestation de demande d'asile. Par ailleurs, la décision indique que l'évaluation de la situation personnelle et familiale ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article

L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. /Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. () ".

5. La décision attaquée étant relative à un refus de rétablissement dans les conditions matérielles d'accueil et non à un retrait ou un refus initial, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas reçu l'information préalable prévu par les dispositions citées ci-dessus de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. / Les informations attestant d'une situation particulière de vulnérabilité sont transmises, après accord du demandeur d'asile, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'évaluation de la vulnérabilité par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne préjuge pas de l'appréciation par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la vulnérabilité du demandeur en application de l'article L. 723-3 ou du bien-fondé de sa demande () ".

7. Il résulte des termes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen préalable du degré de vulnérabilité de M. D, au vu notamment des nouveaux éléments qu'il avait communiqués à cet établissement. Par ailleurs, le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il n'aurait pas bénéficié de l'entretien destiné à évaluer son degré de vulnérabilité à l'occasion de l'enregistrement de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure invoqué par le requérant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à l'examen personnalisé de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi invoqué doit être écarté comme manquant en fait.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : /1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 3° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. /La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. /Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

10. M. D ne conteste pas qu'il ne s'est pas présenté aux autorités pour faire procéder au renouvellement de son attestation de demandeur d'asile. Par ailleurs, s'il allègue souffrir de problèmes à la cheville nécessitant des soins, il n'établit pas, par les éléments qu'il produit, que ce problème de santé présenterait un degré de gravité tel qu'il le placerait dans une situation de particulière gravité, alors qu'il n'apporte par ailleurs aucun élément précis sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, sans commettre ni erreur de fait, ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de M. D pour le motif mentionné-ci-dessus.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Neraudau et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, président,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le rapporteur,

P-E. C

La présidente,

C. LOIRATLa greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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