mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier 2020 et 19 avril 2023, M. A B, représenté par la SELARL Teissonnière-Topaloff-Lafforgue-Andreu Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat (comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires - CIVEN) à lui verser la somme de 101 174 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 23 juillet 2018 et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices temporaires subis au cours de la période de juillet 2009 à mai 2019 du fait de son exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français en Polynésie française ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à demander le versement d'une somme de 12 346 euros au titre de ses préjudices patrimoniaux temporaires, comprenant des frais divers, une perte de revenus et l'assistance d'une tierce personne ;
- il est fondé à demander le versement d'une somme de 88 828 euros au titre de ses préjudices extrapatrimoniaux temporaires, comprenant un déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, un préjudice esthétique et un préjudice moral lié à sa pathologie évolutive.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 mars 2020 et 26 avril 2023, le CIVEN conclut, à titre principal, à la réévaluation du montant de son offre d'indemnisation seulement en ce qui concerne les frais d'entretien du jardin, pour un montant total de 35 230 euros et, à titre subsidiaire, à ce que le préjudice esthétique temporaire invoqué soit fixé à 5 000 euros. Il soutient qu'est seule justifiée la somme complémentaire de 1 208 euros au titre des frais divers.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delohen,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été affecté, en qualité d'appelé du contingent, sur le site d'expérimentations nucléaires en Polynésie française entre le 28 juin 1972 et le 26 février 1973. Il a développé un cancer du myélome, diagnostiqué en 2009. Par un jugement n° 1500734 du 23 juillet 2018, le tribunal administratif de Nantes a reconnu le lien de causalité entre cette pathologie et l'exposition de M. B aux rayonnements ionisants due aux essais nucléaires et condamné l'Etat (CIVEN) à indemniser les préjudices en résultant. Une expertise médicale a été réalisée sur la personne du requérant le 23 mai 2019. Le 19 novembre 2019, le CIVEN a adressé à M. B une proposition d'indemnisation des préjudices temporaires, pour la période de juillet 2009 à mai 2019, d'un montant de 34 022 euros, qui n'a pas été acceptée par l'intéressé. A la suite d'un nouvel examen médical de M. B réalisé le 19 décembre 2022 et de la consolidation de son état de santé au 5 octobre 2022, une nouvelle proposition d'indemnisation lui a été adressée, d'un montant total de 127 927 euros, portant sur les préjudices temporaires pour la période de juin 2019 à octobre 2022 et sur les préjudices permanents depuis la date de consolidation. M. B a accepté cette proposition le 15 mars 2023. Dans le dernier état de ses écritures, il demande la condamnation de l'Etat (CIVEN) à lui verser la somme de 101 174 euros en réparation des préjudices temporaires qu'il a subis au cours de la période de juillet 2009 à mai 2019.
Sur les préjudices patrimoniaux :
2. En premier lieu, il est constant que M. B a exposé des frais d'un montant total de 3 663 euros pour ses déplacements médicaux, pour le déplacement au rendez-vous d'expertise du 23 mai 2019 ainsi que pour deux séjours thérapeutiques post-cancer effectués en janvier 2015 et avril 2017. De plus, son état de santé ne lui permettant plus d'effectuer de gros travaux de jardinage, M. B a dû faire appel aux services d'un paysagiste pour aménager des espaces végétaux ne nécessitant plus d'entretien, pour un montant total de 2 724 euros. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que les frais liés à l'achat d'une tondeuse à gazon électrique seraient la conséquence directe et certaine de l'état de santé du requérant. Il sera fait une exacte appréciation des frais divers supportés par M. B en fixant à 6 388 euros la somme destinée à réparer ce chef de préjudice.
3. En deuxième lieu, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise médicale du 23 mai 2019, que l'état de santé de M. B a justifié une assistance par une tierce personne à raison de trois heures par jour au cours des périodes du 7 octobre au 5 novembre 2009, du 23 novembre au 22 décembre 2009 puis du 1er au 31 mai 2012, soit un total de 270 heures. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, l'aide nécessaire n'exigeant pas une technicité particulière, en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire de 13 euros, soit au total 3 510 euros.
5. En dernier lieu, il n'est pas contesté que M. B a interrompu son activité professionnelle du 1er juin 2009 au 30 septembre 2011 et justifie, eu égard aux conditions de versement de ses indemnités journalières, d'un manque à gagner de 499 euros, qu'il y a lieu de retenir parmi les préjudices indemnisables.
Sur les préjudices extrapatrimoniaux :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expert judicaire, qu'à compter du 24 juillet 2009 et jusqu'au 23 mai 2019, M. B a subi 51 jours de déficit fonctionnel temporaire avec une incapacité totale, 105 jours avec une incapacité de 50%, et non 183 jours comme l'a retenu à tort le CIVEN dans son offre, 106 jours avec une incapacité de 25% et 3 327 jours avec une incapacité de 10%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur la base d'un taux journalier de 25 euros, en fixant à 11 234,80 euros la somme destinée à le réparer.
7. En deuxième lieu, il ne résulte pas du rapport du 23 mai 2019 que l'expert aurait évalué globalement les souffrances physiques et morales endurées par M. B en conséquence de son myélome. Si le CIVEN a retenu, selon les périodes, des cotations entre
1 et 3 sur une échelle de 7, ce qui correspond à des souffrances évaluées au maximum comme " modérées ", il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que l'intéressé a subi des douleurs engendrées par la maladie elle-même, à savoir notamment des lésions osseuses, une asthénie et des douleurs rachidiennes, ainsi que les nombreuses conséquences des différents traitements suivis pour y remédier, en particulier une toxidermie médicamenteuse, une thrombose veineuse, des difficultés gastriques et un zona. Dans son rapport du 18 janvier 2023, l'expert qui a examiné M. B en décembre 2022 a évalué les souffrances endurées par l'intéressé à 5,5 sur une échelle de 7. Dans ces conditions, eu égard aux douleurs physiques inhérentes au myélome et aux effets secondaires des traitements qui lui étaient administrés, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par M. B en retenant une indemnité de 15 000 euros à ce titre.
8. En troisième lieu, M. B fait valoir, sans être contesté, avoir subi un préjudice esthétique temporaire résultant de la perte de cheveux, des réactions cutanées allergiques et d'un zona, conséquences des traitements par chimiothérapie. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice fixant à 5 000 euros la somme destinée à le réparer.
9. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. B, atteint d'une pathologie évolutive pour laquelle il a connu plusieurs rechutes au cours de la période considérée, a nécessairement vécu dans l'inquiétude de récidives. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral lié à cette pathologie évolutive en fixant à 7 000 euros la somme destinée à le réparer.
10. Il résulte de ce qui précède que l'Etat (CIVEN) doit être condamné à verser à M. B la somme de 48 631,80 euros, sous déduction de la somme de 34 022 euros versée à titre de provision en exécution de l'ordonnance n° 2004821 en date du 9 juin 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Nantes.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
11. M. B a droit, sur la somme précitée, aux intérêts au taux légal à compter du 10 septembre 2014, date de réception par le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires de sa demande d'indemnisation. Les intérêts courront sur la somme de 34 022 euros du 10 septembre 2014 jusqu'à la date de versement de cette provision et, pour le surplus, soit 14 609,80 euros, du 10 septembre 2014 jusqu'à la date de l'exécution du présent jugement.
12. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois le 27 janvier 2015, date d'introduction de la requête en annulation de la décision du ministre de la défense du 1er décembre 2014 citée au point 1. En application de l'article 1343-2 du code civil, les intérêts échus à la date du 10 septembre 2015, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser, à ce titre, à M. B.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat (CIVEN) est condamné à verser à M. B la somme de 48 631,80 euros, sous déduction de la somme de 34 022 euros versée à titre de provision.
Article 2 : M. B a droit aux intérêts sur le montant mentionné à l'article 1er ci-dessus et à la capitalisation des intérêts échus, dans les conditions énoncées aux points 11 et 12 du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
Le rapporteur,
D. DELOHENLe président,
C. CANTIÉ
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026