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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000834

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000834

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMEGAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 janvier 2020 et le 20 juillet 2021, M. D C, représenté par Me Megam, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 novembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision a été prise par l'autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C demande au tribunal d'annuler la décision du 25 novembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme B a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française, Mme B a accordé à M. A, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". Aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision du ministre de l'intérieur du 25 novembre 2019 vise les articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et précise que l'examen du parcours professionnel de l'intéressé, apprécié dans sa globalité, ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables et, par ailleurs, que son comportement fiscal est sujet à critiques, dans la mesure où il n'a pas déclaré à l'administration fiscale l'intégralité des revenus qu'il a perçus au titre de l'année 2014. Ainsi, cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée et est, par suite, suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'autonomie matérielle et d'insertion professionnelle du postulant ainsi que les renseignements défavorables recueillis sur son comportement.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui exerce une activité de danseur et de chorégraphe, a déclaré avoir perçu, au titre de l'année 2018, des revenus salariés de 9 160 euros, auxquels se sont ajoutés 12 699 euros au titre de l'aide au retour à l'emploi. Il justifie par ailleurs avoir perçu, entre les mois de juin et novembre 2019, l'aide au retour à l'emploi à hauteur d'environ 1 300 euros mensuels et, entre les mois d'octobre et de décembre 2019, des revenus mensuels moyens d'activité d'environ 570 euros. Si le requérant fait état de la nature particulière de son activité et de son statut d'intermittent du spectacle et soutient qu'il participe au rayonnement de la culture française par la pratique de la danse, le ministre de l'intérieur a pu, dans ces conditions, compte tenu en particulier du caractère modeste des seules ressources issues de l'activité salariée exercée par M. C, se fonder sur le caractère perfectible de l'insertion professionnelle de l'intéressé, et l'absence de ressources suffisantes et durables dont il disposait, pour ajourner à deux ans sa demande de naturalisation, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation, quand bien même l'acquisition de la nationalité française lui permettrait d'effectuer des déplacements à l'étranger avec sa troupe de danse ou de parfaire son intégration sur le territoire.

7. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2014, M. C a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office en matière d'impôt sur le revenu, faute pour l'intéressé d'avoir déclaré ses revenus dans le délai qui lui était imparti pour le faire, y compris après s'être vu adresser une mise en demeure de régulariser sa situation. Le second motif ainsi retenu par le ministre de l'intérieur pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de l'intéressé, tiré de ce que son comportement fiscal au titre de l'année 2014 est sujet à critiques, n'est dans ces conditions entaché ni d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

V. E

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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