jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2000944 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 janvier 2020, 4 février 2021 et 12 juillet 2022, sous le numéro 2000944, Mme A Pinca demande au tribunal :
1°) d'annuler le courrier du 21 novembre 2019 du président du centre communal d'action sociale (CCAS) du Pouliguen ;
2°) d'annuler les arrêtés du 21 novembre 2019 par lesquels le président du CCAS du Pouliguen a prolongé son congé de maladie ordinaire et sa mise en disponibilité d'office pour raison de santé ;
3°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2019 par lequel le président du CCAS du Pouliguen a refusé de reconnaître comme imputable au service l'accident du 27 novembre 2018 ;
4°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de prendre une décision reconnaissant comme imputables au service ses congés de maladie à compter du 27 novembre 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de procéder à la reconstitution de sa carrière, à la rectification de ses bulletins de salaire et au calcul de ses droits à la retraite dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;
6°) de mettre à la charge du CCAS du Pouliguen le versement d'une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées, en ce qu'elles refusent implicitement de reconnaître comme imputable au service sa pathologie, ne sont pas motivées ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure à raison de l'absence de consultation du comité médical sur le fondement de l'article 4 du décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, sur le fondement de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que sa pathologie dépressive est imputable au service, compte tenu de l'absence de soutien de sa hiérarchie dans l'exercice difficile de ses missions d'encadrement d'une autre agente qui a également adopté à son égard un comportement inadapté ;
- l'arrêté du 9 décembre 2019 doit être annulé dans la mesure où il refuse de reconnaître comme imputable au service l'accident du 27 novembre 2018 ;
- cet arrêté a été pris dans un délai déraisonnable, plus de neuf mois après le premier avis de la commission de réforme et un mois et demi après le second avis de cette commission.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 juillet 2020 et 8 février 2022, le CCAS du Pouliguen, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier du 21 novembre 2019 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un simple courrier d'accompagnement ne faisant pas grief ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II- Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 juillet 2020, 9 mars 2021 et 12 juillet 2022, sous le numéro 2006806, Mme A Pinca demande au tribunal :
1°) d'annuler le courrier du 11 mai 2020 du président du CCAS du Pouliguen ;
2°) d'annuler les arrêtés du 5 mai 2020 par lesquels le président du CCAS du Pouliguen a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie et a prolongé son placement en disponibilité d'office ;
3°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de prendre une décision reconnaissant comme imputable au service les congés de maladie à compter du 27 novembre 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de procéder à la reconstitution de sa carrière, à la rectification de ses bulletins de salaire et au calcul de ses droits à la retraite dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge du CCAS du Pouliguen le versement d'une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées ne sont pas motivées dès lors que le président du CCAS ne précise pas le " fait personnel " qui ferait obstacle à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, évoqué dans le courrier du 5 mai 2020 ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation, sur le fondement de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que sa pathologie dépressive est imputable au service, compte tenu de l'absence de soutien de sa hiérarchie dans l'exercice difficile de ses missions d'encadrement d'une autre agente qui a également adopté à son égard un comportement inadapté.
Par des mémoires en défense enregistrés les 8 janvier 2021 et 8 février 2022, le CCAS du Pouliguen, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation dirigées contre le courrier du 11 mai 2020 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'un simple courrier d'accompagnement ne faisant pas grief ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III - Par une requête enregistrée le 21 août 2020, sous le numéro 2008516, Mme A Pinca demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2020 du président du CCAS du Pouliguen la plaçant en congé de maladie ordinaire toujours du 9 au 26 novembre 2019 ;
2°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de prendre une décision reconnaissant comme imputable au service ses congés de maladie à compter du 27 novembre 2018, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au président du CCAS du Pouliguen de procéder à la reconstitution de sa carrière, à la rectification de ses bulletins de salaire et au calcul de ses droits à la retraite dans un délai de 30 jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du CCAS du Pouliguen le versement d'une somme de 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée, en ce qu'elle refuse implicitement de reconnaitre l'imputabilité au service de sa pathologie, n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, sur le fondement de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dès lors que sa pathologie dépressive est imputable au service, compte tenu de l'absence de soutien de sa hiérarchie dans l'exercice difficile de ses missions d'encadrement d'une autre agente qui a également adopté à son égard un comportement inadapté.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2021, le CCAS du Pouliguen, représenté par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de Me Couëtoux du Tertre, substituant Me Marchand, représentant le centre communal d'action sociale du Pouliguen.
Considérant ce qui suit :
1. Mme Pinca, adjointe administrative principale de 2ème classe en poste au centre communal d'action sociale (CCAS) du Pouliguen depuis le 1er janvier 2014, s'est vu prescrire un arrêt de travail pour maladie à partir du 27 novembre 2018. A cette même date, elle a effectué une demande d'accident lié au service. Par un courrier du 27 mars 2019, Mme Pinca a demandé la reconnaissance de sa pathologie comme imputable au service, puis, par un courrier du 17 juillet 2019, Mme Pinca a demandé le bénéfice d'un congé de longue maladie. Le 26 juillet 2019, le comité médical a été saisi de cette dernière demande mais a décidé d'attendre l'issue de la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie avant de rendre son avis. Par un avis du 31 octobre 2019, la commission de réforme s'est déclarée favorable à une telle reconnaissance. Par un courrier du 21 novembre 2019, le président du CCAS a informé Mme Pinca du sens de cet avis et a indiqué qu'il diligentait une seconde expertise médicale, sursoyait à statuer sur la demande et la plaçait en disponibilité d'office dans l'attente d'un second avis. Par deux arrêtés n° RH 2019/015 et n° RH 2019/016 du 21 novembre 2019, le président du CCAS a, respectivement, placé Mme Pinca en congé de maladie ordinaire du 9 novembre au 26 novembre 2019 avec maintien de son demi-traitement durant seulement une partie de cette période et l'a mise en disponibilité d'office à mi-traitement à titre conservatoire à compter du 27 novembre 2019. Mme Pinca a formé un recours gracieux contre l'arrêté n° RH 2019/015 qui a été retiré et remplacé par un arrêté n° RH 2020/023 du 16 mars 2020 la plaçant en congé de maladie ordinaire toujours du 9 au 26 novembre 2019 avec maintien de son demi-traitement durant toute cette période. Par un arrêté du 9 décembre 2019, le président du CCAS a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 27 novembre 2018. A la suite de la remise le 22 janvier 2020 du second rapport d'expertise médicale, le président du CCAS a, par un arrêté n° RH 2020/024 du 5 mai 2020, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca et a, par un arrêté n° RH 2020/025 du même jour, prolongé le placement en disponibilité d'office, à titre conservatoire de Madame Pinca à compter du 27 novembre 2019 dans l'attente de l'avis du comité médical saisi d'une demande de placement en congé de longue maladie. Par un courrier du 11 mai 2020, le président du CCAS a informé Mme Pinca de l'absence de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie et de l'édiction des deux arrêtés du 5 mai 2020 susmentionnés, qui étaient joints au courrier. Mme Pinca demande au tribunal d'annuler les courriers du président du CCAS du 21 novembre 2019 et du 11 mai 2020, ainsi que les arrêtés du 21 novembre 2019, du 16 mars 2020 et du 5 mai 2020.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense dans les instances 2000944 et 2008516 :
2. Il résulte de l'instruction que, par le courrier du 21 novembre 2019, le président du CCAS du Pouliguen s'est borné à transmettre à Mme Pinca le procès-verbal de la commission de réforme et l'arrêté n° RH 2019/016 et à l'informer de ce que, dans la mesure où il souhaitait diligenter une contre-expertise médicale, il avait décidé de surseoir à statuer sur sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle et de la placer, dans cette attente, en disponibilité d'office. Par le courrier du 11 mai 2020, le président du CCAS du Pouliguen s'est borné à informer Mme Pinca du contenu des deux arrêtés du 5 mai 2020 qui étaient joints à ce courrier. Par conséquent, les courriers du 21 novembre 2019 et du 11 mai 2020 sont dépourvus de toute portée décisoire, ne font pas grief à la requérante et ne font ainsi pas par eux-mêmes le caractère de décisions susceptibles de recours. Il suit de là que les fins de non-recevoir opposées en défense par le CCAS du Pouliguen, tenant à l'irrecevabilité des conclusions d'annulation dirigées contre ces deux courriers, doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés n°RH2019/015 et n°RH2019/016 du 21 novembre 2019 et de l'arrêté n°RH2019/017 du 9 décembre 2019 présentées dans la requête 2000944 :
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ".
4. Il ressort sans ambiguïté des pièces du dossier, et notamment des différentes mentions portées sur les décisions attaquées, que le président du Pouliguen a, à la suite de l'avis de la commission de réforme du 31 octobre 2019 favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, souhaité obtenir une seconde expertise médicale sur la situation de l'intéressée et a ainsi sursis à statuer sur la demande de reconnaissance d'imputabilité au service dans l'attente des conclusions de cette seconde expertise. Il suit de là que les arrêtés du 21 novembre 2019 qui, pour l'un, prolonge le congé de maladie ordinaire de Mme Pinca du 6 au 27 novembre 2019 et, pour l'autre, place l'intéressée en disponibilité d'office à titre conservatoire à compter du 27 novembre 2019, n'ont eu ni pour objet, ni pour effet de refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, cette décision n'ayant été prise que par l'arrêté n° RH 2020/024 du 5 mai 2020 également attaqué, dans le cadre de l'instance n°2006806. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que les arrêtés du 21 novembre 2019 refusent implicitement de reconnaître comme imputable au service de sa pathologie et devaient comporter, en tant qu'ils lui refusaient alors un avantage constituant pour elle un droit, la motivation de ce refus de reconnaissance. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.
5. A supposer que la requérante ait entendu soutenir que l'arrêté du 9 décembre 2019, dont elle demande également l'annulation dans la requête n°2000944, est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que cet arrêté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté du 9 décembre 2019 doit ainsi être écarté.
6. Aux termes de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le comité médical est chargé de donner à l'autorité compétente, dans les conditions fixées par le présent décret, un avis sur les questions médicales soulevées par l'admission des candidats aux emplois publics, l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue de ces congés, lorsqu'il y a contestation. / Il est consulté obligatoirement pour : / a) La prolongation des congés de maladie au-delà de six mois consécutifs ; / () f) La mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement ; / (). ".
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis du 17 septembre 2020 versé à l'instance, que le comité médical départemental a été saisi d'une demande d'avis sur la prolongation du congé de maladie de Mme Pinca au-delà de six mois consécutifs et qu'il avait sursis à rendre cet avis dans l'attente de l'issue de la procédure de reconnaissance d'imputabilité au service d'une pathologie. S'agissant de l'arrêté n°RH2019/016 du 21 novembre 2019, cette mise en disponibilité d'office pour raison de santé a été prise à titre conservatoire, dans l'attente d'une seconde expertise médicale sur sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service d'une pathologie alors que Mme Pinca ne pouvait être légalement placée dans aucune autre position statutaire régulière à l'expiration de son droit à congé de maladie ordinaire, de sorte que l'autorité compétente n'était pas tenue, à ce stade, de saisir le comité médical pour avis. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les arrêtés attaqués seraient viciés à raison de l'absence de saisine du comité médical départemental.
8. Les arrêtés du 21 novembre 2019 n'ayant, comme il a été dit, ni pour objet, ni pour effet de statuer sur l'imputabilité au service de l'affection de Mme Pinca, le moyen tiré de ce que ces arrêtés seraient entachés d'une erreur dans l'appréciation du lien de son affection avec le service doit être écarté comme étant inopérant.
9. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, un ordre ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.
10. Si la requérante soutient que l'arrêté du 9 décembre 2019 refusant de reconnaître comme un accident de service l'accident du 27 novembre 2018, doit être annulé " car il [lui] refuse une imputabilité au service ", le moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé dès lors que Mme Pinca évoque seulement l'imputabilité au service de la pathologie dont elle atteinte et non de ce qu'elle qualifie d'accident. En tout état de cause, elle ne conteste pas que les faits relatés dans sa déclaration d'accident de travail du 10 décembre 2018, à savoir des reproches non-professionnels à son encontre, le développement depuis plusieurs mois d'un état de " stress, dépit, nervosité et mal-être " et l'invitation d'un élu auquel elle faisait état de sa situation à obtenir un arrêt de travail pour maladie, ne présentent pas le caractère d'un accident, alors qu'il ressort des déclarations mêmes de la requérante que celle-ci entendait en fait, à l'occasion de sa déclaration d'accident de travail, se voir reconnaître l'imputabilité au service de son état de santé et non d'un accident de travail.
11. Si la requérante soutient également que l'arrêté du 9 décembre 2019 est illégal compte tenu du délai dans lequel il est intervenu après l'avis de la commission de réforme, aucune disposition législative ou réglementaire ne fixait, à peine d'illégalité, à la date à laquelle Mme Pinca a sollicité la reconnaissance d'un accident de service, un délai à l'administration pour statuer sur un telle demande.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 11 que les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2000944 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés n°RH 2020/024 et n°RH 2020/025 du 5 mai 2020 présentées dans la requête n°2006806 :
13. Si la requérante soutient que les décisions attaquées ne sont pas motivées dès lors que le président du CCAS ne précise pas le " fait personnel " qui ferait obstacle à la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, ce moyen n'est opérant qu'à l'égard de l'arrêté n° RH 2020/024 du 5 mai 2020 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et précise notamment que le " fait personnel " faisant obstacle à l'imputabilité au service de la pathologie réside dans la circonstance que Mme Pinca n'est pas étrangère aux difficultés relationnelles rencontrées dans le service, le président du CCAS n'étant pas tenu de motiver davantage cette décision. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
14. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. / () "
15. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
16. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, le président du CCAS s'est fondé sur l'existence d'un fait personnel de l'agent conduisant à détacher la survenance de la maladie du service, à savoir que Mme Pinca n'était pas étrangère aux difficultés relationnelles rencontrées dans le service.
17. Il ressort des pièces du dossier que le premier psychiatre agréé ayant examiné Mme Pinca dans la perspective de la commission de réforme a, après avoir relevé que la requérante ne présentait pas de pathologie antérieure, émis un avis favorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle, en qualifiant sa maladie de syndrome anxio-dépressif réactionnel à un facteur de stress et en estimant que Mme Pinca avait décompensé en raison de " la dégradation du rapport subjectif au travail avec les dimensions émotionnelles, l'indifférence et la déshumanisation ainsi que la diminution de l'accomplissement personnel au travail ". La commission de réforme, consultée le 31 octobre 2019, a à son tour émis un avis favorable à la reconnaissance d'une maladie professionnelle. Un second expert psychiatre a pour sa part estimé que la pathologie de Mme Pinca n'était pas imputable au service.
18. Pour établir que son affection psychique est imputable au service, Mme Pinca soutient que la collègue qu'elle était chargée d'encadrer adoptait à son égard un comportement inadapté et que sa hiérarchie ne la soutenait pas dans ses missions d'encadrement.
19. Il ressort des pièces du dossier que, à partir de l'année 2016, les relations entre Mme Pinca et la fonctionnaire de catégorie C qu'elle était chargée d'encadrer se sont dégradées, au point que la communication entre les deux agentes a cessé. Si Mme Pinca soutient que sa collaboratrice se montrait grossière à son égard, ses allégations, peu circonstanciées, ne sont pas étayées et ne sont pas corroborées par les pièces du dossier, la requérante n'ayant d'ailleurs pas fait état d'un tel comportement à l'occasion de ses entretiens professionnels, lesquels ont pourtant été l'occasion d'évoquer la dégradation de ses relations avec sa collaboratrice. En revanche, il ressort des pièces du dossier que Mme Pinca a, à au moins deux reprises, adressé à sa collaboratrice des reproches en des termes peu amènes, et qu'elle lui a d'ailleurs présenté des excuses à une occasion. Mme Pinca a également déclaré à sa responsable hiérarchique qu'elle considérait que sa collaboratrice et elle-même formaient " deux entités différentes " du CCAS et ne devaient ainsi pas être amenées à collaborer, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les deux agentes, formant à elles seules l'équipe administrative du CCAS, étaient nécessairement amenées à travailler ensemble et que Mme Pinca était explicitement chargée d'encadrer sa collègue. Si la requérante évoque une tentative de contournement de son autorité par sa collègue, qui se serait directement adressée à la directrice générale des services pour obtenir des congés, il n'est pas établi par les pièces du dossier que cette attitude aurait présenté un caractère systématique en vue d'éviter d'essuyer un refus de la part de Mme Pinca. Il ressort enfin des pièces du dossier que la requérante a décidé unilatéralement, après que les deux agentes ont été installées dans deux bureaux séparés à sa demande, qu'elle et sa collaboratrice communiqueraient désormais uniquement par l'intermédiaire de bannettes afin de ne plus avoir à s'adresser la parole, une telle mesure présentant à l'égard de sa collaboratrice un caractère vexatoire, en l'absence de tout élément au dossier justifiant pareille organisation. Ainsi, il n'est pas établi par les pièces du dossier que la collaboratrice de Mme Pinca aurait eu à l'égard de celle-ci un comportement inadapté susceptible de porter atteinte à l'intégrité psychique de la requérante, ni même qu'elle serait à l'origine des difficultés relationnelles des deux agentes. En revanche, par son comportement, Mme Pinca, en refusant d'adopter une posture permettant de faire cesser le conflit d'avec l'agente qu'elle encadrait, est à l'origine des conditions de travail dégradées dont elle se plaint. Si la requérante soutient également que ses supérieurs ne l'ont pas soutenue dans l'exercice de ses missions d'encadrement, il ressort des pièces du dossier que l'évaluateur de la requérante a identifié les difficultés interpersonnelles susmentionnées et a demandé à Mme Pinca de rétablir la communication entre elle et sa collaboratrice. Par ailleurs, le CCAS du Pouliguen a diligenté un audit aux fins d'identification et de prise en compte des risques psycho-sociaux et a mis en œuvre l'une des deux actions de priorité 1 préconisées au terme de cet audit, à savoir la séparation des deux agentes par leur installation dans des bureaux séparés, souhaitée par Mme Pinca, et n'a pas mis en œuvre la seconde action de priorité 1 préconisée, à savoir l'accompagnement par un psychologue du travail, dans la mesure où Mme Pinca y était opposée. S'il ressort des pièces du dossier que Mme Pinca a exprimé son souhait de ne plus encadrer sa collègue, cette mission figurait expressément dans sa fiche de poste et le dimensionnement de l'équipe du CCAS ne permettait pas de confier cette mission à un autre agent, de sorte que le maintien de cette mission n'est pas de nature à caractériser un manquement du CCAS dans l'organisation du service. Dans ces conditions, si le syndrome anxio-dépressif de Mme Pinca présente un lien avec son activité professionnelle, la requérante doit être regardée comme se trouvant à l'origine des conditions de travail dégradées dont elle se plaint, de sorte que le président du CCAS était fondé à refuser de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie au motif d'un fait personnel de l'agent.
20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 13 à 19 que les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2006806 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête, doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 mars 2020 présentées dans la requête n°2008516 :
21. Il ressort sans ambiguïté des pièces du dossier, et notamment des mentions portées sur la décision attaquée que le président du CCAS du Pouliguen a, à la suite de l'avis de la commission de réforme du 31 octobre 2019 favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, souhaité obtenir une seconde expertise médicale sur la situation de l'intéressée et a ainsi sursis à statuer sur la demande de reconnaissance d'imputabilité au service dans l'attente des conclusions de cette seconde expertise. Il suit de là que l'arrêté du 16 mars 2020 qui prolonge le congé de maladie ordinaire de Mme Pinca du 6 au 27 novembre 2019 n'a eu, ni pour objet, ni pour effet de refuser la reconnaissance de l'imputabilité au service de la pathologie de Mme Pinca, cette décision relevant, ainsi qu'il a été dit au point 4, de l'arrêté n° RH 2020/024 du 5 mai 2020 également attaqué dans l'instance n°2006806. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 16 mars 2020 refuse implicitement de reconnaître comme imputable au service de sa pathologie et devaient comporter, en tant qu'il lui refuse alors un avantage constituant pour elle un droit, la motivation de ce refus de reconnaissance. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.
22. L'arrêté du 16 mars 2020 n'ayant, comme il a été dit, ni pour objet, ni pour effet de statuer sur l'imputabilité au service de l'affection de Mme Pinca, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur dans l'appréciation du lien de son affection avec le service doit être écarté comme étant inopérant.
23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 21 et 22 que les conclusions à fin d'annulation de la requête n°2008516 et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de cette même requête, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du CCAS du Pouliguen, qui n'est pas la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante les sommes demandées par le CCAS du Pouliguen sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2000944, 2006806 et 2008516 de Mme Pinca sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions du CCAS du Pouliguen présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Pinca et au centre communal d'action sociale du Pouliguen.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2000944, 2006806, 2008516
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026