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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2000962

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2000962

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2000962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTASSEV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 janvier et le 19 février 2020,

M. D C A, représenté par Me Bogdan Tassev, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2019, par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné sa demande de naturalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le motif de rejet retenu par le ministre de l'intérieur est disproportionné eu égard à la nature des faits reprochés et leur ancienneté, les fait ayant été classés sans suite ;

- la décision de la préfecture devra être annulée par voie de conséquence de son absence de fondement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, modifié ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant bangladais, né le 21 mars 1976, a sollicité la nationalité française auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a ajourné sa demande pour une durée de deux ans par une décision du 19 mars 2019. M. C A, pour contester cette décision, a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours préalable, lequel a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande par une décision du 13 décembre 2019. Par la présente requête, l'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à celle du préfet de Seine-Saint-Denis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Par ailleurs, aux termes de l'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, l'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, des renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. Eu égard au large pouvoir dont le ministre de l'intérieur dispose pour accorder la naturalisation, l'appréciation qu'il porte sur l'intérêt de l'accorder ne peut être censurée par le juge de l'excès de pouvoir qu'en cas d'erreur manifeste.

3. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. C A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que ce dernier a fait l'objet de plusieurs rappels à la loi par le procureur de la République, pour des procédures pour achat ou vente sans facture les 9 janvier et 9 juillet 2011 et le 28 avril 2012.

4. Les faits reprochés, dont M. C A ne conteste pas la matérialité et fait valoir qu'ils sont anciens et s'expliquent par la situation de vulnérabilité dans laquelle il se trouvait en tant que demandeur d'asile privé de revenu, ne sont toutefois pas dépourvus de gravité et ne présentaient pas un caractère exagérément ancien à la date de la décision attaquée de sorte que le ministre a pu, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. C A pour le motif indiqué ci-dessus sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C A doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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