mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2001420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 février 2020, M. B F, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 septembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit, dès lors que sa demande de naturalisation a été déposée en 2010, soit avant l'entrée en vigueur de la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 qui a instauré l'entretien d'assimilation, et qu'il n'aurait donc pas dû être soumis à un tel entretien ;
- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 21-24 du code civil ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a apporté au cours de son entretien des réponses démontrant des connaissances suffisantes concernant l'histoire, la culture et la société française.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A F ne sont pas fondés.
Par une décision du 4 décembre 2019, M. A F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de M. Simon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant marocain né le 31 décembre 1952, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une première décision du 24 janvier 2011, le ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration a rejeté sa demande, au motif de la bigamie du requérant. Par un jugement n° 1103059, le tribunal a annulé cette décision en raison d'une erreur de fait et a enjoint au ministre de statuer à nouveau sur la demande de l'intéressé. Par une décision du 24 février 2014, le ministre de l'intérieur a de nouveau rejeté la demande de M. A F, au motif qu'aucun élément de son dossier ne laissait apparaître une implication effective dans la société française. Par un jugement n° 1404771 du 16 juin 2016, le tribunal a rejeté son recours contre cette décision. Toutefois, par un arrêt n° 16NT03839 du 23 juillet 2018, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé cette décision et enjoint au ministre de réexaminer la demande de M. A F. Par une décision du 4 septembre 2018, le ministre de l'intérieur a de nouveau rejeté la demande de l'intéressé, en se fondant sur sa connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société. Par sa requête, M. A F demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre suivant, Mme C, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française le 29 septembre 2016, a accordé à Mme E G, attachée principale d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, selon l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. () ". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa version en vigueur : " () Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. / () ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".
4. Par un arrêt n° 16NT03839 du 23 juillet 2018, la cour administrative d'appel de Nantes a prononcé l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 24 février 2014 par laquelle le ministre de l'intérieur avait rejeté la demande de naturalisation de M. A F, au motif qu'en estimant qu'aucun élément du dossier du postulant ne laissait apparaître une implication effective dans la société française malgré une présence en France de quarante ans et qu'il n'adhérait pas aux valeurs essentielles de la société, le ministre avait commis une erreur manifeste d'appréciation. Le requérant fait valoir qu'en rejetant sa demande de naturalisation, le ministre a méconnu l'autorité absolue de chose jugée s'attachant à cet arrêt. Il ressort toutefois des termes de la décision attaquée que pour prononcer le refus litigieux à l'issue du réexamen de la situation de M. A F auquel il lui avait été enjoint de procéder par la cour, le ministre s'est fondé sur un motif de fait différent de celui de la décision du 24 février 2014, à savoir la connaissance insuffisante, par le requérant, des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société. Si M. A F fait par ailleurs valoir qu'il n'aurait pas dû être soumis à l'entretien individuel prévu par les dispositions précitées de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 modifié dès lors qu'il a déposé sa demande de naturalisation en 2010, soit avant l'instauration de cet entretien, il appartenait toutefois au ministre de réexaminer la situation du requérant au regard des règles de procédure applicables à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit, de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et de la méconnaissance de l'article 21-24 du code civil doivent être écartés.
5. En dernier lieu, il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation du requérant, daté du 24 août 2018, produit par le ministre en défense, que M. A F n'a pas été en mesure de citer le nom de l'hymne national, ni les dates des deux guerres mondiales, et qu'il n'a pas su expliquer l'origine historique de la fête nationale, ni les concepts de démocratie et de laïcité ; il n'a pas non plus pu citer les départements composant la région dans laquelle il réside. De telles lacunes révèlent une connaissance insuffisante, de la part du postulant, des éléments fondamentaux de la culture française. Par suite, le ministre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait, ni d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de naturalisation de M. A F.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A F doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F, à Me Le Bihan et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Degommier, président,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Martel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
La rapporteure,
L. D
Le président,
S. DEGOMMIER
La greffière,
F. MERLET
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026